L’horreur homophobe tchétchène

Avec la Syrie, la Tchétchénie pourrait être l’autre théâtre où se joue l’enfer du monde. Ceux qui pensent encore que le nationalisme poutinien sert à combattre l’islamisme devraient méditer le cas de la Tchétchénie, où son protégé applique la charia en treillis. Avec son visage poupin et sa longue barbe rousse, Ramzan Kadyrov peut se vanter d’avoir organisé la plus grande manifestation contre Charlie Hebdo… après l’attentat ! Mais l’homme peut se montrer plus mondain. Il adore les selfies, son ami Gérard Depardieu, et les concours de Miss Univers. Autant dire qu’il réunit dans un même corps toutes les qualités du parfait voyou et de l’islamiste sanguinaire.

Son territoire est devenu un laboratoire où l’on cultive toutes les maladies du pouvoir : infantilisme tyrannique, putréfaction mafieuse et propagande fanatique. En un mot, l’islamo-fascisme. Après avoir commencé par exterminer une partie de son peuple sans discrimination, deux catégories de «sous-êtres» se savent plus particulièrement menacées : les femmes et les homosexuels. Comme les femmes peuvent servir, c’est aux homosexuels d’être massacrés… Une forme de purification homophobe est en cours.

En mars, le courageux Novaïa Gazeta (menacé depuis par un ministre de Kadyrov) a publié une enquête effarante. Une centaine d’hommes gays, âgés de 16 à 50 ans, ont disparu. D’autres refont surface dans un état terrible. Interviewés à visage caché, ils confirment avoir été humiliés, battus et torturés à l’électricité dans une prison «non officielle». Au moins trois ont été assassinés, au nom d’un «nettoyage préventif». Parfois, les forces de sécurité vont trouver leurs parents et leur demandent de «tuer leur enfant» ou ils s’en chargeront eux-mêmes. Ils appellent ça «laver l’honneur par le sang».

Le «nettoyage» devrait même s’accélérer. D’après Alan Duncan, un député britannique qui s’est penché sur ces témoignages, «Kadyrov veut que la communauté gay soit éliminée d’ici au début du ramadan». Il est convaincu que «ces campagnes antigays et ces meurtres sont orchestrés par la tête de la république tchétchène». Des diplomates canadiens et européens ont réagi. Pas Trump… Angela Merkel a dû demander au président russe d’user de son influence pour éviter ce massacre annoncé. Sans succès. Moscou couvre son turbulent protégé, en niant avoir connaissance de la moindre «confirmation concrète».

Poutine s’est même mis en scène à la télévision avec Kadyrov, lors d’un entretien où le président tchétchène a dénoncé des «accusations infondées». Son porte-parole, Alvi Karimov, est allé plus loin, jusqu’à expliquer qu’il était impossible de «détenir ou persécuter quelqu’un qui n’existe tout simplement pas dans la république». A l’en croire, en effet, les hommes de son pays auraient un «mode de vie sain» (du sport et une seule orientation sexuelle). Et si, par malheur, des déviants existaient, leurs proches se seraient déjà chargés de les envoyer dans des endroits dont on ne revient pas… C’est dire si l’existence de pogroms antigays paraît plausible.

La Tchétchénie pratique la vendetta d’Etat depuis que Moscou a confié les rênes du Caucase à son mercenaire islamiste. Bien sûr, chacun conserve ses petites spécificités locales. En Russie, on enferme ces «chiennes» de Pussy Riots, on interdit la propagande homosexuelle et on rétablit le droit de battre sa femme au nom du nationalisme chrétien orthodoxe. En Tchétchénie, terre musulmane, le président encourage la polygamie, le port obligatoire du voile dans les lieux publics et les crimes d’honneur contre les femmes ayant un «comportement dissolu».

Pas de quoi choquer le Kremlin. En tout cas pas au point de se passer de ses bons et loyaux services. A l’origine, le «calife» du Caucase devait servir à mater les indépendantistes. A l’époque, Kadyrov déclarait : «Je suis un fantassin de Poutine et j’exécuterai n’importe lequel de ses ordres.» Depuis, la créature a pris goût au sang et échappe parfois à son maître. C’est le problème quand on place un enfant psychopathe au pouvoir, sur une planète qui en compte déjà tant. Qui pourra leur faire entendre que les humains ne sont pas des jouets ?

L’horreur homophobe tchétchène
Par Caroline Fourest
10 mai 2017