Lire Charb, à voix haute

Les attentats ont bien réveillé les esprits. Certains cèdent à la haine et trahissent l’esprit Charlie. Mais beaucoup sont simplement plus vigilants, allergiques aux censures et aux escrocs du mot «islamophobie». Ils ne supportent plus de voir le même aveuglement se répéter, encore et encore… Sans qu’aucune leçon soit tirée.

Le pire n’est pas de voir le spectacle posthume de Charb non programmé à Avignon et déprogrammé à Lille. Le pire, c’est d’entendre des militants du Mrap et de la LDH cautionner cette censure. Ils ont refusé de montrer ce spectacle à la Maison régionale de l’environnement et des solidarités. Pour ne pas cautionner la «ligne politique mise en avant par Charlie depuis Val», dixit le secrétaire du comité lillois de la ligue, qui n’est pas loin de présenter cette «ligne» comme antimusulmane.

Ils ne changeront donc jamais. Ou plutôt si, qu’est-ce qu’ils ont changé depuis leur création ! La LDH, cette vieille dame qui soutenait jadis les libertés, se range du côté de la censure depuis qu’elle confond les musulmans avec les islamistes et les islamistes avec le capitaine Dreyfus. Ses principaux militants parisiens ne sont plus des professeurs laïques, mais des avocats orientalistes. Ils ont adoré défendre les islamistes algériens du FIS, soutiennent Tariq Ramadan, militent contre les lois antiterroristes avec le Collectif contre l’islamophobie et parrainent la commission Islam et laïcité, ce rendez-vous branché des sociologues ayant hurlé avec les chiens contre Kamel Daoud.

Ne parlons pas du Mrap. Des années que cette institution de l’antiracisme se déchire entre militants universalistes (souvent d’origine algérienne et du Sud) et militants parisiens ayant sombré dans la posture victimaire communautariste. Son ancien président, Mouloud Aounit, est allé très loin – jusqu’à parler de «blasphème», mener une campagne très douteuse contre Charlie Hebdo et vouloir porter plainte contre la publication de dessins représentant Mahomet.

Pendant toute l’affaire des caricatures, en tête de ceux qui ont conforté les fanatiques dans leur rage contre Charlie, on trouvait déjà le Mrap-Paris, la LDH et la presse anglaise. Aucune excuse n’est jamais venue. Et, visiblement, aucun attentat ne pourra jamais les réveiller. Pas même celui de Londres.

Oh, bien sûr, ils sont un peu moins nombreux à nous expliquer que le terrorisme djihadiste est né en France, à cause de sa laïcité. On les entend un peu moins fanfaronner sur les vertus du «modèle anglais». La réalité, celle qui les rattrape, c’est que tolérer les fanatiques au nom du multiculturalisme ne protège pas du terrorisme.

Si l’on compte effectivement plus de Français, de Belges ou de Tunisiens partis faire le djihad en Syrie, ce n’est pas à cause de la laïcité ou de la francophonie, comme l’ont écrit deux chercheurs américains dans Foreign Affairs, mais parce que la France compte bien plus d’enfants d’immigrés pouvant s’identifier à l’organisation arabe de Daech que la Grande-Bretagne, où l’immigration musulmane est principalement indo-pakistanaise. Elle n’est pas mieux intégrée qu’en France, bien au contraire.

Au plan de l’intégrisme, le modèle multiculturaliste produit davantage de radicalité communautaire et moins de mélange que le modèle républicain laïque. Au plan du terrorisme, rien ne peut dissuader les plus monstrueux de tuer.

Avant d’être à nouveau frappée, la capitale anglaise venait d’élire Sadiq Khan, un maire particulièrement «cool» avec les organisations islamistes, dans la lignée de ses prédécesseurs travaillistes. Cette naïveté clientéliste est très répandue en Angleterre. Après une légère parenthèse sous Cameron, la plupart des conservateurs britanniques caressent eux aussi les Frères musulmans dans le sens de la barbe.

A Londres, personne ne songe à interdire le voile à l’école ni même le voile intégral dans la rue. Les intégristes pakistanaises comme les princesses du Golfe peuvent faire leurs courses entièrement couvertes, en toute quiétude mercantile et différentialiste. Qu’est-ce que cela change ? Rien. Les djihadistes trouveront toujours des prétextes pour attaquer les démocraties occidentales, comme ils le font depuis des années en terres musulmanes. Qu’en déduire ? Qu’il est temps d’arrêter de se plaindre d’être détestés par des tueurs totalitaires. Soyons-en fiers. Et lisons Charb à voix haute.

LIRE CHARB, ET À VOIX HAUTE
Caroline Fourest
31 mars 2017