Ah, si François Fillon était membre du Front national… Son affaire serait passée comme une lettre à la poste. Il n’y a qu’aux gens sérieux qu’on en veut de mépriser à ce point la démocratie. Les autoritaires peuvent tout se permettre. Leurs électeurs se fichent comme d’une guigne qu’ils soient tricheurs et roublards, ou qu’ils se comportent plus mal dans l’opposition que n’importe quel politicien au pouvoir. On ne vote pas FN pour améliorer la démocratie. On vote FN pour lui cracher au visage et crier «On est chez nous». Et quand on est «chez nous», on peut tout se permettre.

Marine Le Pen dit défendre la police, mais cache des preuves (en l’occurrence son téléphone) dans son soutien-gorge quand elle est perquisitionnée ? Ses électeurs s’en fichent. Le respect de la police, c’est pour les autres. «On est chez nous.»

Marine Le Pen risque dix ans d’inéligibilité pour avoir sous-déclaré son patrimoine ? Ses électeurs s’en cognent. La transparence, c’est pour les autres. «On est chez nous.»

Le FN est soupçonné d’avoir détourné de l’argent destiné à rémunérer des assistants parlementaires européens pour salarier un garde du corps et des compagnons ? Ses électeurs s’en tapent. C’est toujours ça de pris à l’Europe… Et tant pis s’ils ont élu des députés un peu fake, qui font le service minimum pour toucher leur chèque et ne votent même pas le renforcement des frontières de l’Union européenne. Plus ça va mal, plus le FN capte des voix et peut payer ses salaires. «On est chez nous !»

Si le «Fillongate» trahit une immoralité personnelle, le FNgate révèle un fonctionnement de parti totalement amoral. Il est cité dans de multiples procédures, dont l’une pour enrichissement frauduleux aux frais de l’Etat. Son trésorier est poursuivi pour recel d’abus de biens sociaux et son vice-président, pour escroquerie et abus de confiance. La fameuse histoire des kits de campagne législative réalisés par la société Riwal, dirigée par l’infréquentable Frédéric Chatillon… Les juges soupçonnent ces kits remboursés par l’Etat d’avoir été surfacturés. Au profit de qui ? Du microparti de Marine Le Pen ? Le FN s’en défend. Et ça suffit.

Ne parlons pas des procédures que le FN a déjà connues pour «tentative d’extorsion de fonds». A l’époque, Marine Le Pen et l’ancien gudard Philippe Péninque (l’homme qui a aidé Jérôme Cahuzac à ouvrir un compte en Suisse) sont allés très loin pour ne pas avoir à rembourser l’argent que le Front devait à son imprimeur. C’est raconté partout. Ses électeurs s’en contrefichent.

Les journaux ont beau révéler des tentatives de triche presque systématiques, encouragées par le sommet d’un parti qui s’en cache à peine… Ses électeurs préfèrent vomir les journalistes qui les alertent.

Il faut voir la tempête qui s’est abattue sur Guy Konopnicki, notre ami et confrère, lorsqu’il a publié les Filières noires en 1996. Une enquête implacable, bordereaux de banque à l’appui, où il racontait comment Jean-Marie Le Pen planquait sa fortune en Suisse pour ne pas payer ses impôts en France.

Chaque fois qu’il est en difficulté, le FN attaque. Ses avocats, qui sont aussi des élus locaux FN, passent plus de temps à faire des procès qui embouteillent les tribunaux qu’à siéger dans leur circonscription. Ça passe. Et, au passage, ça dissuade certains confrères de trop insister.

Nous l’avons vécu quand nous avons publié Marine Le Pen démasquée. Un livre où Jean-Claude Martinez, ancien député européen frontiste, nous confie avoir dû embaucher Huguette Fatna, la marraine des enfants de Marine Le Pen, comme assistante parlementaire… Elle ne semble pas l’avoir beaucoup aidé dans sa tâche : «Le Parlement européen, elle ne savait pas où ça se trouvait, elle n’y venait jamais… Par contre, elle passait son temps à garder les enfants de Marine !» Traîné en justice, il a gagné. Il a même produit une copie du contrat de travail prévoyant que son «assistante parlementaire» travaillerait à Saint-Cloud, la résidence privée des Le Pen ! Rien dans la presse. Pourtant, c’est un peu comme si le suppléant de François Fillon révélait que son parti l’avait forcé à embaucher Penelope Fillon pour garder en fait ses enfants dans son manoir de Beaucé… Avec de tels éléments à charge, le candidat LR aurait déjà dû renoncer. Au minimum, il s’embourbe et plonge dans les sondages. Pas Marine Le Pen.

 

Les bonnes affaires du FN
24 février 2017

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