Spectacle affligeant que de voir Donald Trump s’installer à la Maison-Blanche. Comment en est-on arrivé là ? Il y a d’abord la force du tsunami «sortons les sortants». Toute personne ayant de près ou de loin gouverné, quel que soit le bilan, semble devoir «dégager». Ce ménage de printemps enthousiasme lorsqu’il s’agit de mettre en fuite les dictateurs. Moins quand il voue aux gémonies toute personne ayant assumé ses responsabilités, avec un peu de courage et de sens de l’Etat.

L’autre facteur expliquant l’élection de Trump est lié au premier : la confusion mentale de notre temps. Nos démocraties sont en train de devenir des «idiocraties», thème qui a inspiré le film Idiocracy, de Mike Judge. Nous n’avons pas mesuré l’impact de la mondialisation des fausses nouvelles sur nos démocraties fondées sur la confiance dans l’information. Le temps de développer un nouvel esprit critique et de remettre les faits en perspective, les plus manipulateurs ont vite fait de prendre le dessus. En matière de déstabilisation, les régimes les plus autoritaires ont souvent une longueur d’avance. Le FSB a su réactualiser le bon vieux savoir-faire du KGB. Valéri Guérassimov, chef d’état-major des armées de la Fédération de Russie, a très bien compris comment faire avancer ses objectifs grâce à des moyens «non militaires», en l’occurrence grâce à la cyberinfluence. Il suffit de noyer les opinions des démocraties sous de fausses nouvelles, dites «alternatives», au nom de la «réinformation», afin de les désorienter, de saper leur confiance dans la presse et leurs institutions, pour les jeter dans les bras d’extrémistes… par ailleurs financés par des Russes.

Trump est à la fois la victime idéale et le grand gagnant de ce type de propagande, désormais ânonnée depuis le Bureau ovale. Effrayant.

On espérait un sursaut, le réveil de la gauche américaine. Malheureusement, celle qui a permis l’installation de la droite la plus bête au monde n’est pas la plus affûtée. C’est bien parce que Hillary Clinton incarne à la fois la gauche la plus libérale et la plus naïve envers l’islamisme que Trump a pu percer dans ce monde menacé par la mondialisation et le terrorisme. L’opposition à Trump allait-elle en tirer la moindre leçon ?

La façon dont s’est déroulée la Women’s March n’est pas rassurante. Belle initiative, souvent drôle et nécessaire, mais précipitée. Ces 4 millions de manifestants auraient eu plus de sens après que Trump eut signé l’arrêt de mort des subventions pour le planning familial à l’étranger. Avant, elle a pu donner le sentiment de marcher contre l’élection. Mais, surtout, fallait-il vraiment appeler, comme l’a fait une comédienne, à se voiler pour s’opposer au racisme de Trump ? Dans la foule, on a vu de jeunes wasp toutes excitées à l’idée de revêtir un voile aux couleurs de l’Amérique. D’autres tenaient le poster d’une femme en hijab pour dire «Nous sommes le peuple». Belle façon d’exclure du peuple féministe celles qui pensent encore qu’on peut être musulmane et ne pas porter le voile. Mona Eltahawy, une écrivaine féministe qui se présente comme «musulmane égypto-américaine ayant combattu pendant huit ans pour arrêter de porter le hijab», s’est dissociée de ce poster.

Les organisateurs ont choisi leur camp : celui des voilées. C’est elles qui ont parlé au nom des «femmes musulmanes» sur la scène de la Marche des femmes contre Trump. A l’image de Zahra Billoo, directrice exécutive du Cair (Council On American-Islamic Relations), placé sur la liste des organisations terroristes par les Emirats arabes unis. Son message tenait en quelques mots : dénoncer, comme étant sur le même plan, la «surveillance de musulmans par le FBI» (même suspects de terrorisme ?) et les crimes envers les gays ou les Noirs… Un message voulu par l’une des quatre organisatrices de la Marche des femmes et sa nouvelle égérie : Linda Sarsour. Egalement voilée, elle a pris la parole comme «musulmane et Palestinienne décomplexée», pour parler au nom de «[s]a communauté» et de sa famille, exilée aux Etats-Unis à cause de son engagement pour le Hamas. La plupart des figures majeures de la gauche américaine l’ont publiquement remerciée «pour avoir organisé la marche». Le hashtag de ralliement est devenu #JeMarcheAvecLinda. Belle récupération. Continuez comme ça et Trump est là pour huit ans.

 

Trump face à la gauche la plus bête du monde
27 janvier 2017

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Trump face à la gauche la plus bête du monde