Personne ne sait encore si François Hollande prolongera son calvaire – et celui de son camp – en retournant au charbon de la présidentielle. Aucun être «normal» n’y songerait. Un «Homo politicus» se dit qu’en politique personne ne meurt jamais. Preuve que Hollande est plus politique que normal, il y songe. Malgré la courbe du chômage qui persiste, les sondages records d’impopularité, malgré l’évidence.

Si l’affiche électorale devait ressembler à la précédente, coincé entre Sarkozy et Le Pen, le candidat Hollande garde une chance d’apparaître comme un moindre mal et de l’emporter. Mais cette affiche s’éloigne. Les Français ne veulent plus ni de Sarkozy, ni de son antithèse. Ce pays ne supporte pas qu’on veuille lui servir les mêmes têtes que la dernière fois.

Imaginons que Hollande s’en moque, qu’il y aille et qu’il repasse quand même, presque par effraction. Dès le lendemain de l’élection, quel enfer… Un président de gauche dans une France de droite n’est jamais jugé assez présidentiel. Un président de gauche impopulaire, réélu à ce point par défaut, connaîtrait un quinquennat frappé du sceau de l’illégitimité, doté d’une marge de manœuvre impossible, empoisonné par le parfum de la sédition : le conflit permanent. Comment peut-on désirer pareil supplice ? Pour la France et soi-même ?

Hollande croit en sa bonne étoile, depuis toujours, et risque de forcer sa chance. Mais, s’il y a une chose qu’il redoute, qui le paralyse même, un défaut qui est parfois sa qualité, c’est sa hantise du conflit inutile. Il a toujours rêvé d’épargner à ce pays le trop-plein de passions. C’est peut-être ce qui le retiendra, au tout dernier moment, de mener ce combat de trop.

Imaginons ce scénario. A la minute où il annoncera ne pas se représenter, les Français lui sauront gré de faire passer le destin du pays avant le sien. Un vrai geste d’homme d’Etat, comme après le 7 janvier. Ce jour-là, on lui en sera peut-être enfin reconnaissant.

Qui sait, les éditorialistes s’autoriseront peut-être à écrire ce qu’ils disent en privé mais jamais à la télévision. Que ce président-là n’était pas si mauvais. Qu’il bavarde trop, certes, sans jamais se faire entendre dans une démocratie médiatique où la mise en scène est préférable au déluge de confidences. Qu’il confond Etat avec ENA et ne nomme presque jamais les bonnes personnes pour des raisons de tambouille. Qu’il aurait dû transformer ce projet inique de déchéance en «peine d’indignité nationale» et penser autrement la loi Travail… Mais qu’il a plutôt maintenu le pays à flot dans une période de tempête, contre vents, pluies et marées.

Après tout, il a réduit les déficits tout en embauchant des professeurs et des policiers, réussi la COP21, fait voter le mariage pour tous, œuvré à sécuriser le pays sans trop nuire à la démocratie, contenu la contagion islamiste au Mali, poussé la Russie à reconnaître le président ukrainien, tenté – mais échoué à cause de l’indécision d’Obama – de faire ce qu’il fallait en Syrie, relogé les migrants de Calais, soutenu l’effort de guerre pour reprendre Mossoul et, surtout, il n’a pas choisi entre la peste et le choléra, entre Poutine et Daech… Ce n’est pas si mal, comme bilan. Encore faut-il s’intéresser au fond plutôt qu’à la forme.

En «médiocratie», entre les confidences sur un canapé, les interviews grinçantes et les blagues forcées, il n’existe plus tellement d’espace pour parler de l’essentiel. Le jour où Hollande s’en ira, on l’entendra peut-être.

La cote de popularité du futur ancien président pourrait même remonter. Sa voix portera pour adouber celui ou celle qui sera le mieux placé pour rassurer et donc faire gagner la gauche.

Le calvaire de Hollande sera plus doux et la France soufflera. Cette élection s’annonçait terrible, jouée d’avance, et voilà que les Français auront vraiment le choix. A droite comme à gauche. Grâce au concept de primaire, qui permet de bousculer les logiques d’appareil et de revitaliser notre vie publique.

Surtout si ces primaires désignent malgré tout des candidats solides, capables de gouverner, et non des candidats de télé-réalité. Aux citoyens d’en décider. La médiocratie n’est pas la seule faute des politiques. Elle est aussi, bien souvent, la nôtre.

 

Une candidature pas si normale
Par Caroline Fourest
754 mots
28 octobre 2016

capture-decran-2016-11-07-a-15-27-12

Une candidature pas si normale