On a le droit d’être antipathique. L’ennui, c’est quand on en fait un projet de société. Anelka cumule. En plus d’être odieux, il peut se vanter d’être l’une des célébrités qui œuvrent le plus – avec Dieudonné, les Le Pen et quelques autres – à monter les Français les uns contre les autres. Même presque retraité, il parvient à pourrir ce qui reste du «vivre-ensemble» français !

Son dernier post est un modèle du genre. «Vous avez perdu la tête en France… Donc burkini pour protéger son corps et respecter la femme, non, mais nudiste dans Paris, oui. Bravo.» Voilà pour l’introduction, tout en subtilité, d’un post destiné à soutenir à «200 %» Serge Aurier, un joueur du PSG condamné pour violences envers des policiers. La suite est pire : «Serge je suis avec toi… On soutient les vrais ici… (les indésirables, les interdits de plateaux) Exemples : Kémi Séba, Dieudo ou Tariq Ramadan, oui. Eux qui disent la vérité et non pas les magiciens qui pratiquent devant les caméras pour défendre la cause « noire » et qui aiment tellement cette France qu’ils ont même oublié le rôle de la France au Mali, en Côte-d’Ivoire, en Centrafrique, aux Antilles ou encore en Algérie !»

Pour quelqu’un qui doit préférer le sport à la philo, Anelka a quand même le sens de la synthèse. Il ne lui faut pas 10 lignes pour défendre l’oppression des femmes et la bigoterie, faire croire à un complot médiatique visant à interdire des Noirs et des Arabes des plateaux (alors qu’il s’agit de ne pas offrir des tribunes à des extrémistes) et appeler à détester la France parce qu’elle combat le djihadisme (colonialiste et esclavagiste) en partenariat avec des pays qui le subissent de plein fouet.

Venant d’un garçon qui fait la quenelle à tour de bras, tout s’explique. La vraie surprise eût été de le voir citer Descartes ou Baudelaire, ou des vers pour vanter la laïcité et la fraternité. Du coup, vous vous dites : mais pourquoi s’infliger un tel commentaire de texte ? N’est-il pas déjà assez pénible d’avoir à commenter les bulles de Nicolas Sarkozy sur Astérix le Gaulois ? Si, si, c’est déjà très pénible. Entre ceux qui voudraient limiter l’histoire de France au chapitre sur les Gaulois ou Clovis et ceux qui s’arrêtent à la colonisation, on se demande sans arrêt qui va nous ramener le plus vite à l’âge de la pierre. Il faut dire que les deux récits se complètent à merveille pour faire détester la France à ceux qui doivent d’urgence apprendre à l’aimer.

Anelka n’est pas encore candidat à la présidentielle. C’est déjà ça. Mais son post a tout de même récolté 17 000 like. Il a un public, 2 millions de fans et une parole qui porte. Ce sont ces stars du vide et de la haine, bien plus que les mosquées, qui fabriquent les non-citoyens, enragés et parfois furieux.

Tous les enfants n’apprennent pas à se sentir «gaulois» de la même manière. Certains deviennent français en ouvrant des livres, d’autres en portant un maillot de foot. L’école de la République doit transformer l’essai en les faisant passer de cette vibration footballistique à une vibration plus citoyenne. Elle rame déjà assez pour que des footballeurs célèbres ne viennent pas tirer contre son camp. Anelka fait partie de ceux qui jouent contre la République.

Quand il daigne enlever ses écouteurs, ses lunettes branchées et sa capuche chic pour parler aux autres, c’est pour faire perdre la France. En 2010, lorsque le pays ne demandait qu’à apaiser ses déchirures à l’occasion du Mondial, il a réussi à gâcher la fête et à retourner le pays contre son équipe. Quand Lilian Thuram regrette ce gâchis et l’attitude de certains joueurs dans le documentaire les Bleus, une autre histoire de France, Anelka le compare à l’esclave collabo du film Django Unchained. L’«esclavage» moderne, selon le rebelle, étant de respecter les autres, son public, son entraîneur et son maillot !

C’est normal qu’Anelka déteste Thuram. Quand Lilian Thuram jouait avec les Bleus, il réconciliait la France. Quand il parle dans les médias, le racisme recule. Quand il va dans les écoles, la citoyenneté progresse. Anelka fait tout le contraire.

Il gagne des millions en jouant au ballon, utilise sa notoriété pour semer la haine, et il voudrait en prime passer pour maudit. Non, vraiment, la jeunesse mérite mieux comme modèle. Tête à claques, ce n’est ni un métier ni un avenir.

 

ANELKA LE GAULOIS
Par Caroline Fourest
783 mots
30 septembre 2016

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Anelka le gaulois