Protégeons les réfugié/es du trafic sexuel


On s’est ému, à juste titre, que des hommes puissent se jeter, en mode chasse, sur le corps des femmes à Cologne. Plusieurs agresseurs étaient peut-être demandeurs d’asile mais surtout des voyous, membres de ces petites mafias qui savent profiter de tout: des foules, de la liberté comme du drame, pour opérer. Quelques uns ont pointé du doigt les réfugiés syriens. Ils sont d’abord et avant tout les premières victimes de ces voyous et de ces trafics.

Ils doivent payer des passeurs pour quitter leur pays en guerre ou occupé par l’Etat islamique. Franchir les barbelés. Manquer de se noyer. Et quand ils sont arrivés, quand on ne leur tire pas dessus comme récemment à la frontière turque, le pire guette encore. Les femmes et les enfants, qui parfois fuient l’esclavage sexuel de Daech, sont cernés jusque dans l’exil, par des trafiquants cherchant à les prostituer. Ce n’est pas nouveau. Des rapports de l’ONU dénoncent le trafic sexuel de réfugiés depuis des années. Mais rarement, le cauchemar avait pris une telle ampleur.

Un réseau démantelé au Liban

Au Liban, qui accueille près d’un million et demi de réfugiés, la police libanaise vient de démanteler le plus important réseau de trafic sexuel découvert depuis le début de la guerre en Syrie. 75 femmes, pour la plupart syriennes, viennent d’être libérées de leurs geôliers. Elles étaient violées, battues, et torturées, pour certaines mutilées, dans des appartements gardés par dix hommes et huit femmes.

Ce n’est qu’un aperçu du cauchemar vécu par les réfugiées. Un rapport d’Amnesty -intitulé « Je veux un endroit sûr « – dénonce les harcèlements et risques de viol dont elles sont victimes. L’ONG en a rencontré 80, notamment au Liban. Beaucoup se disent constamment harcelées. À l’intérieur des camps de réfugiés, par d’autres réfugiés, ou en dehors. À leur travail, en échange d’un logement, partout, on leur propose de se prostituer. Des policiers réclament aussi des passes pour les laisser tranquilles et ne pas contrôler leur permis de résidence. Certaines mères ne veulent plus laisser leurs filles adolescentes se balader seules. Par peur de les voir violées ou enlevées. Et de fait, il commence à se dire que de nombreux réfugiés mineurs disparaissent.

10.000 mineurs disparus

Selon Europol, 10.000 mineurs non accompagnés, ceux qu’on appelle les MNA, auraient disparu en l’espace d’un an et demi. Les mineurs sont une part importante des nouveaux flux de réfugiés. 27% sur un million de demandeurs d’asile arrivés dans l’Union européenne en 2015. Soit 300.000 enfants, souvent des adolescents, dont 26 000 non accompagnés. Or pour eux, emprunter la « route des Balkans » est doublement risqué.

Tous n’ont pas été enlevés. Certains sont en fuite, par peur des contrôles, de ne pas obtenir l’asile et de devoir repartir. Mais en entrant en clandestinité, ces adolescents se mettent en danger et à la merci de réseaux mafieux. Brian Donald, l’un des dirigeants de l’office de coordination policière de l’Union européenne, explique qu’on aurait perdu la trace de milliers de ces mineurs après leur enregistrement en Italie. Pour lui, nous avons affaire à une « infrastructure criminelle de grande envergure ».

Que fait l’Union européenne?

Elle s’en inquiète. Bien qu’en partie paralysée par une forte présence de députés d’extrême droite ne pensant qu’à exploiter le drame des réfugiés au lieu d’agir. Le 8 mars dernier, le Parlement européen a adopté une résolution appelant à la mise en œuvre de mesures spécifiques pour lutter contre les violences commises à l’encontre des réfugiées. Ce n’était pas gagné. Jusqu’au bout, la députée socialiste britannique, Mary Honeyball, a craint que la politisation de ce dossier ne fasse échouer l’adoption de son rapport et de sa résolution.

Adoptée dans un parlement clairsemé, elle souligne le besoin de logements et d’installations sanitaires séparées pour les hommes et les femmes. Pour éviter la promiscuité, le harcèlement et les viols. De nouvelles mesures devraient aussi permettre aux demandeuses d’asile d’avoir accès à une assistance juridique adaptée aux femmes, à une formation et le droit de parler à une enquêtrice pour dénoncer d’éventuelles violences.

De son côté, le GRETA, le Groupe d’experts sur la lutte contre la traite des êtres humains du Conseil de l’Europe, appelle à mettre en place des mécanismes de détection permettant d’identifier les victimes de traite. Le secrétaire général du Conseil a écrit à l’ensemble des 47 Etats membres pour leur transmettre une série de propositions visant à protéger les enfants réfugiés. Comme nommer rapidement des tuteurs et leur offrir au plus vite un logement sûr, au lieu de les placer dans des centres de détention.

Loin des tensions politiques inutiles, il existe un embryon d’Europe humaniste qui tente, timidement, de résister aux extrémistes comme aux profiteurs de drames en restant fidèle à ses valeurs.

Caroline Fourest

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