Croatie : un nouveau gouvernement de droite extrême en Europe

 

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On en parle peu. Pourtant ce qui se passe en Croatie est assez inquiétant. Tant du point de vue démocratique qu’européen. On connaissait Viktor Orban en Hongrie, le très catholique Parti Droit et Justice en Pologne… Un nouveau pays membre de l’Union européenne vient de basculer dans la droite extrême.

Le nouveau gouvernement croate est proche de l’Opus Dei, compte des ministres révisionnistes et intégristes. Et il est arrivé au pouvoir un peu par effraction, il y a trois semaines. Les élections législatives à la proportionnelle ont débouché sur une quasi égalité entre la droite et la gauche. Après des semaines de négociations, la droite l’a emporté en formant une coalition avec un tout jeune mouvement: Most. « Pont » en croate. Un joli nom, mais cette jeune formation que l’on pensait plutôt centriste, s’avère proche des milieux intégristes.

Un ministre de la Culture en costume oustachi

L’un des membres de ce nouveau gouvernement, le ministre de la Culture, fait beaucoup parler de lui. Il vient du principal parti de la droite croate, mais incarne parfaitement cette coalition radicale. Zlatko Hasanbegovic est un jeune historien, tendance révisionniste. Pour qui l’histoire de la Seconde guerre mondiale est une « hypothèse », essentiellement dictée par les vainqueurs. Il se situe visiblement plutôt du côté des vaincus.

Depuis plusieurs jours, la presse croate s’émeut d’une photo de lui jeune, posant dans un costume embarrassant: l’uniforme oustachi. Ce parti pro-nazi croate qui a mené une politique génocidaire, contre les Juifs, les Serbes et les Tziganes pendant la Seconde guerre mondiale.

Le nouveau ministre de la Culture est bien sûr trop jeune pour y avoir participé. En revanche, il a milité au sein d’un groupe néo-Oustachi. La photo de lui en uniforme, parue dans un magazine d’extrême droite dans les années 90, vient de refaire surface et fait polémique. Le ministre a d’abord nié puis plaidé l’erreur de jeunesse, sans convaincre tout à fait.

Comme chercheur, Hasanbegovic a beaucoup écrit, avec passion, sur un aspect du projet Oustachi. Celui consistant à vouloir unir les Musulmans et les Catholiques pro-nazis contre leurs ennemis communs. Une alliance vert-brun revenue au goût du jour.

Il est arrivé au ministre de la Culture de dénoncer, dans la presse, « ceux qui sous couvert de s’en prendre à l’islamo-fascisme » seraient en fait des « relais de l’opinion publique juive internationale ». Un puissant lobby dont le but serait de nuire à l’image des musulmans…

Précisons que le nouveau ministre de la culture est d’origine bosniaque et musulman. Ce qui ne l’empêche pas, bien au contraire, de partager quelques obsessions avec ses camarades catholiques intégristes. Comme par exemple le mariage pour tous.

En 2013, il a monté un collectif, « Au nom de la Famille », avec les réseaux les plus intransigeants de l’Église croate. Ensemble, ils ont organisé et gagné un référendum exigeant de limiter le mariage aux hétérosexuels dans la Constitution.

Le gouvernement social-démocrate de l’époque a répliqué en faisant voter l’équivalent du PaCS. Ce droit est aujourd’hui clairement menacé par ce nouveau gouvernement. Qui pourrait aussi modifier la loi sur l’avortement. Et reprendre en mains les médias.

Un risque d’évolution à la hongroise

Le nouveau Premier ministre soutient son ministre de la Culture. Son propre conseiller aux relations internationales est ouvertement membre de l’Opus Dei et a mené campagne, comme le ministre de la Culture, contre le mariage pour tous.

Mais le plus fou dans cette affaire, c’est encore le parcours du Premier ministre. Car il sort de nulle part. Il n’appartient officiellement à aucun parti, il n’a pas fait la campagne des législatives. Mieux, il parle à peine Croate, ou très mal, avec un gros accent canadien. Il vient de la diaspora canadienne et il était négociant en produits pharmaceutiques avant de devenir, soudainement, cet homme providentiellement neutre mais fervent catholique placé à la tête de ce gouvernement. Du moins en apparence.

Car le véritable chef de cette étrange coalition au pouvoir n’est autre que le vice-premier ministre: Tomislav Karamarko. Impopulaire et radical, il soutient le ministre de la Culture, son protégé, et se félicite d’avoir un gouvernement composé de ministres sachant « enfin faire le signe de croix correctement ». Un clin d’œil à une terminologie utilisée à l’époque oustachi, pour stigmatiser les convertis (orthodoxes ou juifs) ayant émigré pour fuir les pogroms et les persécutions.

Voilà qui promet pour la suite. Ce tournant croate démontre la fragilité tragique d’une démocratie basée sur un scrutin trop proportionnel. Alors que l’immense majorité des Croates n’a pas voté pour ce gouvernement et s’en méfient, ce pays membre de l’Union européenne pourrait faire une immense pas en arrière, et un peu du rêve européen avec lui.

Cet article a été traduit et publié dans la presse croate.

Chronique à retrouver tous les lundis sur France Culture à 7h18.

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