L’esprit du 11 janvier résiste

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Selon un sondage BVA-Orange-iTELE, 76% des Français continuent à se dire « Je suis Charlie ». 90% lorsqu’ils sont de gauche. Un peu moins à droite et à l’extrême droite… C’est le signe que l’esprit du 11 janvier tient bon. Mieux que ne le prédisaient certains.

Les médias partisans de salir ce slogan, les intellos zombies et leurs observateurs dévoués, les prophètes de malheur et leurs idiots utiles, les diviseurs, les démobilisateurs, ont échoué.

Depuis un an, alors que ce pays tente de cicatriser ses plaies entre deux menaces, ils ont tout essayé pour briser les genoux de ceux qui se sont levés le 11 janvier.

Nous dire que la plus grande mobilisation qu’ait connue la France depuis la libération n’avait pas compté. Que ses slogans, doux et fraternels, suintaient la haine. Ou que ses chants républicains, pour le droit au blasphème, émanaient d’une foule de zombies, catholiques et blancs. Tout était faux. Leur prophétie, leur méthodologie, leur posture. Celle du faux rebelle, briseur de communion nationale.

La réalité, c’est que le 11 janvier, toute la France, métissée et mélangée, était représentée. Il suffit de revoir ces visages, et ces pancartes, « je suis musulman et je suis Charlie », pour ne pas l’oublier.

Bien sûr, il manque toujours certains. Ceux qui ne sentent plus citoyens, ni au moment de pleurer ni au moment de voter. Bien sûr, il y a eu des sifflets au moment de la minute de silence après le 7 janvier. Inquiétants. Terrifiants. Mais il y a eu aussi beaucoup d’anonymes, de tous les quartiers, de toutes les confessions, qui ont pleuré discrètement, respecté ce silence, qui ont marché ou allumé une bougie. Sauf qu’une bougie qui s’allume, cela fait toujours moins de bruit qu’une balle ou un sifflet.

Des bougies contre des sifflets

Ces sifflets, moquant l’esprit du 11 janvier, on ne les a pas seulement entendus dans les écoles, mais dans les médias, chez certains intellectuels surtout… Au titre du débat et du goût, bien français, pour la polémique.

Au point de nous faire croire à une opinion très divisée. Pourtant, combien sont-ils, parmi les Français, à ne pas se dire « Charlie »? À ne pas soutenir le droit de rire des fanatiques sans être tués ? Très peu en réalité. À peine 8% à gauche. Un chiffre qui fait aussi écho aux scores de la gauche radicale quand elle s’aveugle sur ces sujets. Même pas dix pourcent. Voilà ce qu’elle pèse dans l’opinion. Et pourtant, quel bruit elle fait.

Car si elle est de moins en moins présente dans l’opinion, cette gauche est en revanche très présente dans les appareils politiques, dans le monde universitaire et chez les éditorialistes. Elle est portée par certains médias. Chez qui, la notion même d’intellectuel semble réservée à cette petite catégorie de prophètes aigris, dont la caractéristique est de s’être toujours trompés face au danger totalitaire.

Mais il y a une autre raison. La complaisance de certains élus de gauche envers l’islamisme. Non pas que ces errements n’existent pas aussi à droite (ils existent), ils font plus de bruit quand ils viennent de la gauche.

Parce qu’ils font écho à une dérive idéologique et pas seulement électoraliste. Et parce que cette dérive aurait pu réussir, sans le barrage intellectuel de l’autre gauche, laïque, qui les dénonce.

L’immense majorité de la gauche est laïque et Charlie

Des politiques et des éditorialistes conservateurs dénoncent aussi ces dérives. Bruyamment. Parfois dans l’espoir de réduire toute la gauche à cette portion congrue et incongrue de « non Charlie ».

Pour eux, le sondage de ce week-end est lourd de responsabilité. Car désormais, le vrai danger, celui de voir émerger un camp politique allié aux intégristes anti-laïques, est dans leur camp. Dans le risque de voir une France épuisée par les attentats se jeter dans les bras d’une droite religieuse à la française, identitaire et chrétienne.

Les « Je ne suis pas Charlie » sont 8% à gauche, mais 37% chez les Républicains et 34% au Front national.

Pour tenir tête à cette tentation non Charlie et non laïque, il n’y a pas meilleur mantra que les « Je suis Charlie » ou l’esprit du 11 janvier.

À Charlie en 2006, au beau milieu de la tempête de l’affaire des caricatures, nous pressentions un risque. Sans pouvoir imaginer l’horreur. Mais ce que nous n’avions pas imaginé, c’est qu’à l’horreur d’un 11 septembre français répondrait la force et la beauté d’un 11 janvier.

Après une telle semaine de commémorations et de communion, on ne doute pas une seconde qu’il y aura, comme toujours, un retour de bâton. On va à nouveau entendre le chant des dépeceurs d’unité, des polémiques aussi violentes que stériles, bêtement partisanes, et le grand bal des mesquineries va recommencer… Jusqu’au prochain attentat.

En attendant, 76% de Français se disent « toujours Charlie ». Loin des polémiques mesquines sur la place de la République plutôt vide le 10 janvier (à cause de la peur et du casting, d’une cérémonie trop officielle et réservée, à laquelle nul ne savait s’il pouvait vraiment y assister malgré l’état d’urgence), l’esprit du 11 janvier tient bon. C’est la plus belle des bougies que pouvait allumer ce pays. Pour réchauffer l’espoir qu’il peut tout surmonter.

Caroline Fourest

Chronique à retrouver tous les lundis sur France Culture à 7h18.

Une réflexion sur “L’esprit du 11 janvier résiste

  1. heureusement que vous etiez présente lors du journal sur arte face à eric fassin qui en était presque à dire que les hommes qui avaient agressé les femmes à Cologne l’avaient fait pour des raisons politiques dans une logique de lutte contre la domination des femmes blanches – quel aveuglement que de ne pas admettre que ces hommes sont confrontés à des sociétés ou les femmes ont obtenu des droits et peuvent disposer de leurs corps et qu’elles sont vécues comme disponibles et acceptante. il faut connaitre la frustration sexuelle de ces pays ou l’islam est religion d’état – il faut aller voir les statistiques au maroc sur les femmes qui subissent les violences conjugales et les agressions sexuelles – aujourd’hui, défendre ces femmes va faire partie du stigmate d’islamophobe bientôt – rester sourd et aveugle sur les violences dans les quartiers en raison du retour de la religion qui relègue les femmes à la maison ou assignées au voile pour être qualifié de pure et d’honnête. La pudeur et le sérieux est devenu l’étendard des femmes voilées dans nos quartiers quand elles ne se mettent pas en marche pour donner des leçons de maintien aux autres femmes des quartiers. Mais les intellectuelles ou féministe de gauche ne veulent pas l’entendre accrochées à l’idée que ces hommes ne sont que des victimes et que ces femmes voilées sont des personnes en danger qu’il faut défendre alors que pour certaines, elles ont fait leur choix et se comportent en police des mœurs et en militantes intransigeantes – d’ailleurs, l’islamisme est plus répandu depuis que les femmes voilées et les militantes se sont mises sur ce créneau politique.

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