Halte à la surenchère sur le dos des réfugiés

Guillaume Erner : Ce lundi, Caroline, vous revenez sur cet afflux d’exagération qui nous submerge à propos des réfugiés. Comme l’attrait des prestations sociales qui les attireraient en France ou sur le fait qu’accorder l’asile augmenterait le risque d’attentats terroristes.

Caroline Fourest : S’il n’y avait que les rumeurs courant sur Internet, on s’en sortirait peut-être. Mais les politiques ne sont pas les derniers à raconter n’importe quoi sur les réfugiés.

À en croire Nicolas Sarkozy, nous serions bientôt submergés à cause de l’espace Schengen. Car tôt ou tard, a-t-il expliqué, ces réfugiés réaliseront que les prestations sociales sont bien plus avantageuses en France. Remarquez qu’il ne propose quand même pas de couper les aides sociales pour se protéger de façon plus certaine, simplement de revoir Schengen. C’est plus porteur. Sauf que c’est en Allemagne que l’immense majorité de ces migrants politiques veulent aller. C’est donc en Allemagne que l’immense majorité de ces réfugiés vont obtenir l’asile et donc en Allemagne qu’ils vont bénéficier d’aides sociales. Les aides sociales ne sont pas des bonbons que l’on reçoit lorsque l’on voyage…

C’est un peu comme si l’on proposait de suspendre Schengen ou les prestations sociales pour éviter que les pauvres d’Europe ne prennent des vacances en France. Mensonger et dangereux.

Guillaume Erner : Néanmoins, Caroline, on vous dira, on entend beaucoup, et pas seulement chez Nicolas Sarkozy, que la situation économique en France étant moins bonne, les quelques milliers de réfugiés qui vont demander l’asile en France vont peser sur les finances publiques et risquent d’être perçus négativement par ceux qui en ont le plus besoin…

Caroline Fourest : Surtout si on leur explique ainsi. La réalité, c’est que contrairement aux dictatures, un pays défendant les droits de l’homme possède logiquement un budget pour l’accueil de réfugiés politiques. Cette aide publique ne peut pas être mise en concurrence avec d’autres dépenses. À moins de considérer que notre pays est une île, qui peut gagner de l’argent en faisant l’économie du monde.

La crise financière de 2008, aussi, nous a coûté cher. Les incendies de forêt aussi ça coûte cher. Mais ça existe. Il ne viendrait à l’idée de personne d’expliquer qu’on ne devrait pas payer de pompiers puisque cet argent pourrait servir à construire des piscines municipales dans toutes nos villes. La guerre en Syrie, c’est pareil. Tant que l’incendie ne sera pas éteint en Syrie ou en Érythrée, il faudra accueillir des réfugiés.

Comme nous l’avons déjà fait maintes fois dans notre histoire. Pour les boat people ou pour les réfugiés espagnols qui fuyaient la guerre civile et le franquisme. Les flux étaient autrement plus importants, jusqu’à 450 000 réfugiés arrivés en France en une seule journée.

La France, qui n’était pas dans Schengen, n’a pas réussi à les renvoyer et les a parqués dans des camps. Est-ce ce que l’on propose ? Ou va-t-on se décider à dire que l’Europe nous aide à mieux gérer ces crises que par le passé. C’est grâce à elle que nous ne sommes pas en concurrence avec nos voisins pour faire face. Grâce à elle que nous pouvons coordonner l’accueil des réfugiés et recevoir des aides européennes pour le faire.

Guillaume Erner : L’autre fantasme, Caroline, c’est que contrairement aux réfugiés espagnols, où ce risque n’existait pas, certains redoutent que ces mouvements permettent à des terroristes de s’infiltrer. C’est un risque zéro, qui n’existe pas selon vous ?

Caroline Fourest : Bien sûr que non. Le risque qu’al Qaïda ou Daesch cherche à envoyer des terroristes se faire passer pour un réfugié existe. Ce serait même très malin de leur part. Et ce serait évidemment une aubaine pour l’extrême droite. Mais les terroristes n’ont pas besoin de ces filières pour venir frapper en Europe. Ils sont européens et ils ont des papiers. Il est même bien plus dangereux et périlleux d’envoyer un terroriste par ces filières. Car ils peuvent faire naufrage ou être démasqués par les autres réfugiés. Ces Syriens qui fuient les islamistes et savent les reconnaître.

C’est le cas d’un demandeur d’asile arrivé dans un foyer de Brandebourg. Il se serait vanté d’avoir combattu avec l’État islamique. Les réfugiés ont filmé ses confidences à l’aide d’un téléphone portable et l’ont dénoncé à la police.

Voilà ce qu’il faut dire au lieu de mentir aux Français. Fermer nos portes aux réfugiés n’empêchera pas d’autres attentats. Trahir tous nos principes ne nous protégera pas. Au contraire. Cela nous rendra plus haïssable et donc plus vulnérable à la propagande islamiste. Nous nous renierions deux fois. En n’étant plus le pays des droits de l’homme et abandonnant à leur sort ceux qui fuient l’État islamique.

France Culture, 21 septembre 2015.

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