La faute égyptienne

proces

La justice Égyptienne vient de rendre un jugement odieux. Le tribunal d’Al Minya a condamné à mort 529 sympathisants des Frères musulmans pour le meurtre d’un policier. On leur reproche d’avoir contribué, tous ensemble, à cette mort intervenue dans le cadre des manifestations de soutien au président islamiste déchu, Mohammed Morsi, en août dernier.

Ce crime collectif, matériellement impossible, débouche sur une sentence monstrueuse. La peine de mort n’est jamais justifiable. Elle déshumanise toute la société qui l’applique. Mais une peine de mort collective, à l’issue d’un procès collectif et politique, trahit une justice tout simplement sauvage… Au service d’un processus politique inquiétant.

Après le procès absurde contre des journalistes d’Al Jazira, c’est une preuve supplémentaire que ce régime de transition, issu d’un « coup populaire » (soutenu pas des millions de manifestants) et non d’un coup d’État, vire à l’État répressif. Il doit rendre, au plus vite, les clefs au peuple, avant de trahir l’espoir de restauration démocratique qu’il a su incarner.

Menace islamiste et démocratie

Quoi que l’on pense des Frères musulmans, sans doute l’internationale la plus dangereuse qui soit à l’échelle du monde, rien ne peut justifier d’utiliser à leur encontre des méthodes qui bafouent aussi grossièrement l’État de droit.

C’est une erreur que trop de gouvernements arabes ont faite et que leurs peuples leur demandent de ne plus faire depuis le printemps démocratique. Le général Sissi, si populaire, devrait entendre le message du peuple qui l’a porté. Avant que sa transition ne transforme une fois de plus les extrémistes des Frères musulmans en martyrs…

Avant de refaire toutes les erreurs que Nasser, en son temps, a commises face aux Frères.

Nasser et les Frères « martyrs »

Menacé par la confrérie (qui lui avait intimé l’ordre d’établir la charia), il a cru qu’on pouvait éradiquer ce danger, bien réel, en violant les droits de l’homme. Procès arbitraires, tortures, sentences collectives… Toute la sauvagerie de la police et de la justice Égyptienne a été mobilisée pour les briser. Elle n’a fait que les renforcer.

Les scènes de centaines de cadres des Frères musulmans mis en cage, puis relâchés (plus radicaux que jamais) ont donné lieu au cercle infernal que l’on sait. C’est en prison que Sayyed Qutb, l’un des cadres des Frères, a théorisé le droit de tuer les tyrans apostats et de passer au jihadisme. D’autres récits de tortures en prison, souvent à base de chiens, ont hanté des générations de jeunes Égyptiens au point de les faire basculer dans l’islamisme le plus radical, par refus du régime autoritaire de Nasser… Pendant que l’opposition démocrate et laïque, sans mosquées pour se réunir ni soutiens financiers étrangers, subissait le double fouet de la répression et de l’isolement.

La suite, nous la connaissons tous. Les cadres radicalisés des Frères musulmans ont essaimé en exil, dans les autres pays arabes et en Europe, où ils ont semé leur poison et lever des troupes pour préparer la revanche.

Dommages collatéraux algériens… et tunisiens ?

Les Algériens ont payé le plus lourd tribut. Tout juste sortis de leur guerre pour l’indépendance, alors que le FLN cherchait à « arabiser » les écoles, le pays manquait de cadres et de professeurs. Le grand frère Nasser s’est fait un plaisir de leur envoyer en priorité des enseignants issus de la confrérie des Frères musulmans, pour s’en débarrasser.

Une génération plus tard, des jeunes algériens formés à apprendre à réciter le Coran par cœur, dans un arabe qui n’était pas le leur, sont devenus non seulement aculturés mais fanatiques et ont ravagé l’Algérie. Des années noires qui ont fait plus de 100 000 morts.

Est-ce le destin funeste que l’Égypte actuelle souhaite à la Tunisie ? Sur les 529 condamnés à mort, seuls 153 sont en état d’arrestation. Les autres sont dans la nature et pourraient bien trouver refuge en Tunisie. Du moins si le président Moncef Marzouki, l’allié historique des islamistes tunisiens, saisit le prétexte des droits de l’homme pour les accueillir à bras ouverts. Ce qui semble se dessiner.

La faute Égyptienne se transformerait alors en fardeau supplémentaire pour la Tunisie, tout juste convalescente et déjà menacée par le retour de ses propres jihadistes partis en Syrie. Le printemps arabe, qui sortait enfin de l’hiver, pourrait replonger. Les Frères musulmans, réorganisés et de nouveau martyrs, pourraient de nouveau le gâter. Et cette fois pour longtemps.

Caroline Fourest

 

Une réflexion sur “La faute égyptienne

  1. Cette tribune vous honore. Mais il faut que vous compreniez on en a marre de frères musulmans. Ils ont voulu vendre le pays à la découpe. Sans parler des militaires qui ont été tués a cause du président.

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