L’Etat de surprise

Mai 2012 n’a pas tout à fait le même parfum que mai 1981. Les Français de gauche sont soulagés d’avoir bientôt un gouvernement qui leur ressemble. Les plus jeunes sont éblouis d’entendre un président qui leur parle, au lieu de se méfier d’eux. Mais le contexte est bien différent. La jeunesse ne rêve pas d’un monde nouveau, mais d’un monde moins mauvais. De paroles apaisantes et d’actes justes. De trouver un logement et si possible un travail. Elle sait bien que le nouveau président ne peut pas tout et, d’ailleurs, c’est l’un des tours de force de sa campagne, il n’a pas promis grand-chose. Si ce n’est de faire au mieux, malgré les déficits, pour relancer la croissance et sauvegarder ce qui peut l’être. Ne pas flatter les tensions inutiles, ni les passions mauvaises, mais se montrer exemplaire et rassembleur. Peut-on faire moins révolutionnaire et plus consensuel ?

Et pourtant, certains Français de droite paniquent, comme en 1981. Ils ont si peu l’habitude de l’alternance présidentielle qu’ils finiraient par oublier que les Français de gauche sont aussi la France… Les dernières semaines de campagne n’ont rien arrangé. Après l’élection, Nicolas Sarkozy n’a eu aucun mal à quitter les habits du candidat diviseur pour jouer la partition de la continuité républicaine. Il en va autrement de son public. Aux fantasmes agités pendant la campagne s’ajoute un rejet presque physique pour la France de gauche, qui tourne à la défiance antidémocratique.

La maire UMP d’Aix-en-Provence, Maryse Joissains-Masini, a illustré cette posture jusqu’à la caricature, en livrant son dégoût pour le nouveau président à la caméra d’un média local. Un entretien très choquant, où elle dit ne pas être tenue par l’élection d’un homme élu au suffrage universel. Elle juge le nouveau président « illégitime » voire « dangereux pour la République », parce qu’il est de gauche, qu’elle ne le trouve pas beau et qu’il a de « petits bras ». Elle se félicite d’entendre les Aixois prôner la désobéissance civile, comme le fait de ne plus payer ses impôts, se dit prête au « combat » et veut même déposer un recours pour faire annuler l’élection !

Un marigot de populisme

On pourrait sourire si de telles déclarations ne venaient pas d’une élue, et si elles ne laissaient transparaître un marigot de populisme propre à nourrir la vague bleu Marine qui emportera la droite républicaine dans certaines régions de France…

Mais il existe un scénario plus optimiste. Après avoir paniqué, comme en 1981, une partie de la France de droite pourrait reprendre ses esprits et découvrir son nouveau président avec des yeux plus apaisés. Un homme plus compétent qu’ils ne l’avaient imaginé, plus républicain et laïque qu’ils ne l’ont fantasmé, et dont la seule élection relance la perspective d’une Europe moins austère.

Il n’y aura pas d’Etat de grâce pour le nouveau président, mais peut-être un effet de surprise. Nicolas Sarkozy a été élu dans la ferveur, par une France qui espérait beaucoup de lui et qui a donc été terriblement déçue. François Hollande a été élu par une France de gauche qui attend peu et une France de droite horrifiée par avance. Au fond, il ne peut que surprendre.

LE MONDE | 11.05.2012 à 16h03

Par Caroline Fourest

4 réflexions sur “L’Etat de surprise

  1. je voulais reagir sur ce vous disiez dans cogito au sujet de l espoir que procure François Hollande.Comme vous disiez plus haut on attend peu du president nous savons qu il ne vas pas redresser la france voir l europe tout seul et sans que les français subissent
    ,mais etrangement quand je me dis interieurement françois hollande est president cette sensation que l on ressent quand on est heureux me parcours le corps je souris dans l instant
    pourquoi aucune idee je suis de gauche mais pas forcement socialiste ou pro hollande comme tout le monde je n y croyait pas
    et surtout je sais tres bien que rien a changer. mais voila ce type me donne confiance ……. »truc de ouf ».
    (donner plus d info sur vos prochaines conferences et debat tv )
    merci

  2. J’ai remarqué ça dans ma famille. Des gens qui ont complétement pété les plombs et qui interrogent la légitimité du président Hollande. Je ne me souviens pas d’une telle agressivité au moment de l’élection de Sarkozy.

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