L’extrême droite décomplexée

Guillaume Peltier, ancien militant catholique intégriste et membre du FN, nouveau visage de la futur droite classique…

Le succès de Marine Le Pen est moins dans les chiffres que dans les têtes. Sur le papier, la présidente du Front national n’a pas atteint l’objectif qu’elle s’était fixé et qu’elle pouvait espérer : être deuxième. Elle a engrangé 896 000 voix de plus que son père au second tour de 2002. C’est une forte poussée, un score historique, mais pas un raz-de-marée, malgré des vents porteurs.

En 2002, Jean-Marie Le Pen avait bénéficié du climat post-11-Septembre et de l’émotion soulevée par une sinistre affaire de papi agressé. Dix ans plus tard, sa fille avait un bien meilleur profil à offrir et un climat apocalyptique à se mettre sous la dent. Une crise économique historique. La déception des électeurs de droite envers Nicolas Sarkozy, malgré un quinquennat et une campagne passés à cajoler les thèmes et les termes d’extrême droite. Et enfin, cerise sur le gâteau, un attentat islamiste. Mieux, le père d’un terroriste qui menace de porter plainte contre la France.

Malgré ce cocktail explosif, Marine Le Pen n’a fait que 896 000 voix de plus que Jean-Marie Le Pen… quand Jean-Luc Mélenchon a séduit 3,9 millions de Français en une seule campagne. L’écart n’en reste pas moins sans appel. La droite de la droite pèse bien plus que la gauche de la gauche. C’est donc sous cet angle, celui du Front national, que seront auscultés à la loupe les maux de la France qui gronde.

Elle est en morceaux et visiblement moins guidée par le rejet du capitalisme que par le rejet de la mondialisation. La peur des délocalisations se mêlant à la peur de l’immigration. Comme si les portes ouvertes laissaient partir les machines et entrer les hommes, vécus comme une concurrence et une menace. Pour le travail comme pour la vie en société.

Le vote Front national est un vote communautaire. Celui d’une France qui se rêve en fortin, voudrait pouvoir se replier sur soi, entre soi, et ne plus entendre parler du fracas des autres, de toutes leurs averses et du mauvais temps. Cette France rêve de maîtriser de nouveau son destin et croit pouvoir le faire en sortant du monde. Tellement l’échelle européenne lui paraît inatteignable, illisible et si peu à l’écoute des peuples.

SUR LES RUINES DE LA DROITE

Tout n’est pas entièrement faux et il n’est pas difficile d’imaginer la France qui se reconnaît dans cette tentation. Une France de la campagne qui se sent loin des villes. Une France d’en bas assoiffée de revanche envers la France d’en haut. Une France de vieux qui a peur des jeunes. Et une France de jeunes qui enrage parce qu’elle vivra moins bien que les vieux.

Ce sont tous ces Français et tous ces vents qui ont soufflé dans les voiles de Marine Le Pen. Mais ce n’est pas le véritable enseignement de ce premier tour. Le Front national n’a même pas eu besoin d’être au second tour pour déclencher un séisme dont la droite ne se relèvera pas. La digue de Jacques Chirac est bien tombée, dans les mots et dans les têtes. A force de droite décomplexée. Nicolas Sarkozy et Patrick Buisson l’ont détruite, pierre par pierre. Après eux, il ne restera que des ruines. Des ruines sur lesquelles Marine Le Pen espère rebâtir une extrême droite si décomplexée… que plus personne n’osera l’appeler ainsi. Puisqu’elle sera la droite tout court.

Caroline Fourest

LE MONDE | 27.04.2012 à 14h07

7 réflexions sur “L’extrême droite décomplexée

  1. je voulais deja vous remercier pour cette prise de position ,si rare,qui nous contraint quand meme a un silence radio ,tv; sauf pour l emmission CAvous, pourquoi alors vous defendre d intervenir ailleurs (une bonne emission d ailleurs cele changeait de d habitude c est sur mais c etait interressant).
    puis au sujet du FN, j ai du mal a comprendre et croire que des gens qui ont votes pour ce parti puissent voter a gauche comme je ne me vois pas voter pour leurs idees meme pour un vote contestataire, soit disant, ils ont quand meme une idee de la contestation particuliere, puis toute l europe s’extremise, je trouve donc qu on donne la victoire a hollande bien vite ,ce que j espere bien sur ,mais de mon cote j ai peur de ces 6,5 millons de connards et de leurs 2e vote.
    en attendant vous retrouver sur France inter

  2. cette analyse fait une importante impasse: le racisme. Tout juste est mentionnée une peur de l’immigration et un désir de se replier sur soi, qui ne sont que des symptômes parmi d’autres de ce qui s’appelle racisme. Un mot qui, malheureusement, n’est presque jamais prononcé dans les analyses du succes de l’extrême droite et du racollage auquel sarkozy s’adonne.

    Si on fait l’économie de ce mot, et si on concède en plus que tout n’est pas entièrement faux dans les raisons qui poussent vers le vote FN, alors on ne lutte pas ou on ne lutte pas efficacement contre l’ideologie d’extrême droite

  3. Ce succès nous interroge d’autant plus qu’il ne pâtit pas des prestations désastreuses de Mme LE PEN, ni de l’image catastrophique d’un parti ayant pour cadres des faussaires, qui n’ont manifestement pas l’habitude de porter une cravate😀
    Sortie de l’euro, déremboursement de l’I.V.G., refus de condamner le régime lybien : face aux réponses alambiquées, face au refus de répondre (qui constitue une façon, inquiétante, de répondre), quels journalistes se montrèrent pugnaces ? Fût-on un vieux ou un jeune de la campagne en colère, comment ne pas émettre des réserves devant un parti habitué aux pires incohérences, aux volte-faces les plus surprenantes ?
    Pendant l’affaire des 500 signatures, on aura laissé hurler au déni de démocratie un parti ayant eu le même Président pendant 37 ans, avant que son enfant ne lui succède (ce qui n’a pour tout équivalent que le Parti Communiste de Corée du Nord😀 ). Bien plus que la crise financière, la mollesse intellectuelle aura marqué ce scrutin.

    Merci pour cet article, mais sans doute pouvez-vous fournir plus de précisions sur la recomposition des droites, les transfuges à venir, la tournure que prendront immanquablement les débats concernant les proposition de Hollande (retirer le mot « race » de la constitution, légaliser le mariage pour tous, etc…).

  4. Oui, c’est bien de connaître les tenants et aboutissants du vote lePen. Mais j’aimerais aussi qu’on sache pourquoi ces gens ont voté pour elle et non pour le FdG (l’extrême gauche quoi), habituellement et traditionnellement parti de la contestation et de la révolte. La réflexion, la conscience politique sont à ce point éteintes dans ce pays que les ouvriers se tournent (tombent plutôt) vers les thèses simplistes d’une égérie vociférante à la morale douteuse que vers le programme constructif même si parfois provocateur d’un Mélenchon ? La désespérance est telle qu’un peuple préfère un terrorisme suicidaire plutôt qu’une (re)construction réformatrice ? L’annihilation de la pensée initiée par les décomplexés Sarkozy & Co. est telle que seuls 43,8 % des électeurs (PS+FdG+EELV+NPA+LO) se posent des questions et que 17,8 % (FN) suivent aveuglément des thèses démagogiques ?
    Les ministères de l’Éducation et de la Culture auront fort à faire dans un gouvernement de gauche…

  5. La droite ne fait que revenir – assez timidement – à ses fondamentaux. A l’aube des années 90, le RPR avait un programme auprès duquel les quelques déclarations systématiquement stigmatisées commes des « dérapages » par la gauche bien-pensante sont en réalité bien timides. La vérité est que le « sinistrisme » qui caractérise depuis longtemps la politique française a considérablement poussé à la roue pendant les trois dernières décennies. Ce que vous qualifiez, avec des pincements de nez, comme une « droite décomplexée » aurait en réalité semblé bien modérée à un brave sénateur centriste des années 60. Il est peut-être temps que s’amorce enfin une réaction.

  6. Nous sommes Français de l’étranger, installé en Ethiopie et nous suivons ce qui se passe en France avec la chaîne de TV France 24.
    Cette chaîne avec son débat tous les soirs, rehausse le niveau médiatique TV Français et les métropolitains devraient y avoir accès plus facilement.
    Donc, nous vous avons vu entre les 2 tours sur France 24, pour dénoncer le vrai visage du Front National et nous souhaitons vous féliciter pour la pertinence et le courage de vos propos. Les autres médias en France devraient les relayer plus fréquemment et nous n’aurions pas les 18% de Le Pen qui nous font honte hors de France.
    Avant ces législatives les médias « populaires » et les plus écoutés devraient vous inviter avec Claire Checcaglini pour contre balancer ce courant d’idée d’extrême droite. Encore bravo pour votre travail !

  7. Caroline Fourest, vous n’osez pas dire les vrais mots. S’il s’agissait d’un parti républicain, vous designeriez autrement ces actions. C’est la preuve que vous craignez les conséquences d’un parti pas comme les autres

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