La République n’est pas à genoux

En visant la tête de ces soldats et de ces enfants, Mohamed Merah visait notre tête à tous. C’est le propre des monstres narcissiques. Croire qu’ils peuvent arrêter le cours de nos vies, parce qu’ils n’aiment pas la leur. Ils peuvent arrêter certaines vies. La preuve. Mais nos têtes, elles, nous appartiennent.

Nous pourrions choisir la psychose. Nous laisser emporter par l’émotion et la passion. Vouloir toujours plus. De sécurité et de boucs émissaires. Nous déchirer. C’est ce que souhaitent les fanatiques. Semer la rage et la division.

Quand un monstre frappe en se revendiquant d’une religion, au coeur de pays pluriels, les esprits se figent. Ceux qui s’identifient aux victimes ont peur d’être des cibles. Ceux qui ont la même origine ou la même religion que le tueur ont peur d’être pris pour des terroristes. Chacun se regarde avec ce doute dans l’oeil, qui finit par creuser une frontière à l’intérieur d’un pays. On finit par ne plus vivre sur la même planète, ni ensemble. A ne plus voir l’actualité du même regard, surtout celle du Proche-Orient.

Certains craignent pour leurs amis ou leur famille en Israël. D’autres regardent en boucle les images d’enfants tués en Palestine. Tous se croient en guerre là-bas et se croisent ici, dans une rue ou sur le Web. Le moindre forum dérape en déluge, antisémite ou raciste. Alors on trie, pour se parler entre soi, par tribu. Et puis, un jour, l’homme d’une petite tribu, plus fou que les autres, shooté à la haine virtuelle, décide de retourner dans le monde réel, pour y faire un carton façon jeu vidéo. Il s’appelle Anders Breivik en Norvège. Mohamed Merah en France. L’un se pensait en croisade. Il a tué près de soixante-dix jeunes sans frontières. L’autre se croyait en djihad. Il a tué des soldats, qui faisaient mentir ses frontières, et des enfants juifs, qu’il prenait pour les membres d’une autre tribu.

Leurs familles avaient quitté Israël par peur de mourir dans un attentat. Les voilà fauchés à Toulouse. Par un assassin, qui a cru pouvoir associer les enfants de Gaza et l’islam à son crime. Ceux qui ont le même prénom, la même religion ou la même origine se sentent, une fois de plus, pris en otage. Certains ont quitté l’Algérie pour ne plus avoir à souffrir du terrorisme. Les voilà rattrapés par un fanatique né en France. Sauf si nous restons unis et lucides.

Déminer nos imaginaires En visant ces soldats et ces enfants à la tête, c’est nos têtes que ce fou voulait rendre folles. Dans l’espoir, absurde, de mettre la République à genoux et de semer d’autres fous. Mais la République est bien debout et la moisson terminée. Avec le printemps démocratique, le djihad se relocalise et nos esprits, expérimentés, sont lassés de tout mélanger : la politique, la religion et la folie de quelques-uns. Les leçons à tirer, on les connaît.

Déminer nos imaginaires. Eviter au maximum d’importer les passions du conflit israélo-palestinien. Remettre de la loi sur Internet pour ne plus y tolérer l’invasion de commentaires racistes et antisémites, ni les modes d’emploi pour terroristes.Cesser la sécurité-spectacle et lui préférer le renseignement, au service d’un pays apaisé. Reprendre le cours de nos vies et de cette campagne. En regardant dans la même direction. Droit devant.

Caroline Fourest 

Sur le site du Monde

4 réflexions sur “La République n’est pas à genoux

  1. cela me fait penser à la professeur qui a demandé à sa classe d’avoir une pensée pour Merah qui selon elle est une victime; ensuite quelques élèves sont sortis de classe (c’est compréhensible) mais après sont allés la dénoncer au proviseur !!!

  2. déminez nos imaginaires, les nourrir avec autre chose que la peur généralisée…
    pour ne pas avoir peur, aller à la rencontre…
    il appartient à chacun de « prendre sa tête en main »!!
    merci de dé-passionner « le débat »!
    je vous écoute le vendredi sur France Inter, et ça fait du bien à mon imaginaire!
    thiladi

  3. Je ne laisse jamais de commentaires nulle part, mais là c’est plus fort que moi.
    Donc MERCI Caroline Fourest pour cette analyse qui, à mon sens, est très pertinente.
    Suite à cette semaine asphyxiante votre article fait du bien.

  4. J’ai déposé le début de votre texte (jusqu’au quatrième paragraphe) sur la page de la LDJ Paris pour les appeler à la Paix, et ils m’ont bloqué direct, c’était la première fois que je publiais un message là bas.

    Ils regardent en boucle des images de souffrance et appellent à la haine. Ils risquent d’agrandir la division en France. La LDJ est un parti offensif radical.

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