Tous les chemins mènent à l’abattoir

La tauromachie électorale est un sport cruel. On comprend l’intérêt du Front national d’agiter le chiffon rouge du halal en pleine campagne, et celui du ministre de l’intérieur à jouer les toreros. Le spectacle recherché est double : rabattre les troupeaux du FN et faire la démonstration qu’une partie de la gauche peut être tétanisée par ces sujets.

Certains ont foncé tête baissée. Bien que laïques, ils n’ont pas vu le problème demanger halal sans le savoir, quitte à payer un impôt religieux sur sa viande.

D’autres, pourtant écologistes, nous ont expliqué que les bêtes égorgées à vif et à la chaîne – sans étourdissement préalable – ne « souffraient sûrement pas ». Ceux-là n’ont pas dû lire le rapport de la Cour des comptes ni voir le film diffusé par « Envoyé spécial » sur l’état de nos abattoirs. A l’évidence, des industriels maximisent leurs profits en mélangeant les deux circuits, rituel et traditionnel, au détriment de l’information des consommateurs et de la souffrance animale.

On comprend l’agacement à voir cette question surgir en pleine campagne électorale, avec toutes les arrière-pensées musulmanophobes que l’on sait. Elle peut paraître dérisoire au regard d’autres enjeux, mais elle est sur la table. Le meilleur moyen de la digérer n’est pas de sous-estimer l’émotion au coeur de notre « manger ensemble », mais de trancher. Car au fond, où est la polémique ? Etiqueter toutes les viandes selon leur mode d’abattage est une évidence.

Elle va dans le sens de la traçabilité et de l’intérêt de tous les consommateurs, notamment des consommateurs de halal, qui la réclament depuis longtemps. La proposition du président-candidat est donc justifiée et aurait dû lui réussir… si la tauromachie électorale n’était pas un art cruel.

Descendu dans l’arène pour se demander si l’abattage rituel n’était pas légèrement archaïque, le premier ministre a récolté un taureau de plus : la colère du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), qui s’est fait consistoire pour l’occasion. Quitte à changer la tonalité de la joute, soudainement plus antireligieuse que musulmano-obsessionelle. L’incident est clos, mais le supplice n’est pas fini pour autant. Le plus délicat, quand on est président sortant, c’est d’esquiver le taureau que l’on a excité avec un boulet au pied : son bilan.

Car si la viande halal n’est toujours pas correctement étiquetée, c’est parce qu’un label « abattage rituel » voulu en juin 2010 par le Parlement européen n’a toujours pas vu le jour… à la demande, notamment, du gouvernement français. A l’époque, il s’en justifiait par la peur « de stigmatiser des pratiques d’abattage ayant des fondements relatifs à la liberté religieuse » et par celle de « déstabiliser les marchés de la viande ».

Ce même gouvernement a permis aux industriels de déroger à la loi de 1974, qui impose l’étourdissement des bêtes avant leur mise à mort. Alors que plusieurs autorités musulmanes – notamment l’université Al-Azhar – ne voient aucun inconvénient à étourdir une bête avant de la sacrifier si l’anesthésie ne touche pas ses fonctions vitales… En résumé, le gouvernement qui prône aujourd’hui l’étiquetage est donc celui qui a tout fait pour le dissuader. Fin du supplice. Enfin… Retour au débat sur le bilan économique.

Caroline Fourest

2 réflexions sur “Tous les chemins mènent à l’abattoir

  1. Je suis plutôt anti toutes les religions (mais ça a l’air si irrésistible pour certains… vivre et laisser vivre, je me range à l’idée de laïcité), mais j’avoue que la position du boucher Le Bourdonnec, qui ne semble avoir aucune arrière pensée religieuse, fait réfléchir : pour lui, même si le processus est impressionnant, la bête égorgée subit plutôt moins de douleur que la bête électrocutée ou assommée, et que la qualité de la viande en témoigne.

  2. En tant qu’Islamiste, je ne crois pas que le modèle économique puisse soit compatible avec la charia. En effet le processus d’une viande soit disant « Hallal » (je déteste cette expression » va du bien être de l’animal et de son environnement jusqu’à la finalité de son abattage. On ne peut tuer un animal que pour se nourrir pas pour garantir un rendement.

    Le poulet « loué » qui n’a pas subit un abattage rituel est peut être plus licite qu’un poulet élevé en batterie mais pourtant étiqueté « hallal’.

    Conformément à mon Islamisme, je reste végétarien tant que je n’élève pas mes propres bêtes.

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