Mariage pour tous

Chronique |Le  Monde  | 17.02.12 | 13h57

Ne nous attardons pas sur les propos, attardés et répétitifs, de Christian Vanneste. Ils parlent d’eux-mêmes. Le pire n’est même pas sa volonté de minimiser la déportation des homosexuels, mais sa leçon de charlatan associant l’homosexualité à « un refus de l’altérité » et à une forme de « narcissisme », voire de « très grand égoïsme ». Avec un sens de l’anecdote et de la délectation fascinée qui confine au pathétique. Il y aurait sans doute beaucoup à dire sur le narcissisme de Christian Vanneste, son refus de l’altérité (celle de couples qui s’aiment autrement) et plus encore sur son obsession de l’homosexualité. Mais nous risquerions de sortir du champ politique pour entrer dans celui de la psychanalyse.

Autrement plus intéressant est le contexte qui entoure ces propos, tenus sur un site qui ne fait pas mystère de ses sympathies pour l’Opus Dei. En pleine droitisation de la campagne sur les valeurs, la sanction de Christian Vanneste permet une posture toute compassionnelle. Ne pas tolérer l’homophobie la plus grossière, jugée « blessante » par Nicolas Sarkozy, mais ne pas tolérer non plus l’ouverture du mariage aux couples homosexuels. Au nom de « repères » qui s’apparentent à l’affirmation d’une norme refusant l’altérité mais surtout, et c’est bien plus grave en République, l’égalité.

Aucune association gay ou lesbienne ne revendique un statut à part, une dérogation ou un privilège. Il ne s’agit pas de vouloir un « mariage homosexuel », selon une expression parfaitement impropre, mais le mariage pour tous, sans discrimination. 63 % des Français y sont favorables. Nicolas Sarkozy n’a donc aucune excuse pour se montrer plus archaïque. Et, pourtant, l’UMP choisit de renouer avec une ligne qui va bien au-delà du simple conservatisme. Quand François Fillon refuse d’accorder le droit au mariage pour les couples de même sexe au nom de « la sécurisation des enfants », il ajoute le soupçon à l’irresponsabilité. Car c’est bien l’absence d’un cadre légal, permettant l’adoption plénière par les deux parents, qui « insécurise » ces enfants. Qu’ils soient nés d’une procréation médicalement assistée ou adoptés par un seul parent (puisque les célibataires le peuvent), ils n’ont souvent qu’un parent légal. Ce qui crée un rapport de forces inéquitable, et donc beaucoup d’insécurité, en cas de séparation. Mais qui s’en soucie ?

Nouvelle boussole

Le recul de la majorité présidentielle sur ces sujets relève moins de la conviction que du calcul. Même s’il profite à quelques idéologues, qui préparent déjà la recomposition des droites. Christian Vanneste prend la porte, mais Christine Boutin revient. Elle y retrouve Guillaume Peltier, étoile montante de l’UMP. Un parcours fulgurant pour cet ancien militant catholique intégriste, cofondateur de Jeunesse action chrétienté (créée pour lutter contre le PACS, l’euthanasie et l’IVG), passé un temps par le Front national, devenu le chantre de la laïcité contre l’islam chez Philippe de Villiers, avant d’atterrir à l’UMP… où il est chargé de la riposte. Autrement dit, d’orienter la campagne. Jusqu’où ira cette nouvelle boussole et ses idéologues ? Le rapport de forces entre les droites, à l’issue des élections, nous le dira.

Caroline Fourest 

16 réflexions sur “Mariage pour tous

  1. Chère Caroline,
    J’ai un vrai respect pour vos travaux et vos écrits, ils me permettent de forger plus avant nombre de mes réflexions, en cela je vous remercie mil fois.

    Une question me taraude, au sens où je ne trouve pas de réponse à celle-ci.

    Voici exposé ce tourment :

    Je suis favorable au fait que les homosexuels disposent des mêmes droits que les hétéros, sur ce plan-là, comme sur l’aspect des genres, je n’est aucune opposition, ni le moindre doute. Ce à quoi je ne trouve pas de réponse, c’est sur l’aspect social de la fécondité/fertilité. Pour moi, le mariage -civil ou religieux peu m’importe- apporte une forme de sanctuarisation de la fécondité.
    Au sens ou cela produit une évidence que : homme+femme=bébé possible.

    Pour moi c’est cela qui fait la nuance entre des divers types d’unions.

    Ma question est simple : Est-il possible de créer, de ritualiser, de symboliser, de différencier une union qui serait juste et seulement ce symbole de «homme+femme=bébé possible» au sens de ce que la nature et rien que cela fait de plus ordinaire.

    Je n’ai pas peur du mariage homosexuel, j’ai juste le sentiment d’une perte de repère, de «signifiant» au sens de la fécondité.

    Une piste de réflexion?

    Merci à vous.

    • Maxence bonsoir (ici nous sommes en Calédonie),
      je pense que votre réflexion est légitime…
      tout en étant une Caroline, je suis moins brillante que Mlle Fourest:)
      néanmoins j’ai plusieurs idées qui me traversent l’esprit à la lumière de vos réflexions:

      Si j’ai bien compris,le mariage accessible aux homos induirait dans votre esprit une sorte de perte de sens, en tant que le sens prépondérant du mariage (hétéro) serait de procréer.

      le mariage/ la fertilité/la fécondité/ faire des enfants/le mariage en tant que sanctuarisation de la fécondité/ sont des notions que l’on a sans doute souvent liéés dans le passé, oserais-je dire à une époque plus judéo chrétienne que progressiste?

      Etant entendu que les homosexuels existent depuis toujours, qu’ils ont eu pour certains des enfants (c’est mon cas grâce à la science et a un généreux donneur anonyme, et aussi grâce à l’Espagne!), qu’ils souhaitent pour certains se marier, fait que le législateur et les politiques ont raison de réfléchir à cette union qui exclut dans notre pays les couples de même sexe, aux motifs que leur sexe, voire leurs pratiques sexuelles?, ne permettent pas « décemment » d’accéder à ce droit?!

      En 2012, faire des enfants sans vouloir se marier, en adopter quand on est un couple de gays ou de lesbiennes (en niant être en couple homo), voire en adopter seul(e) tout en étant homo ou hétéro, sont des réalités qui sont effectives…les symboles n’y peuvent rien. La morale n’y peut rien non plus…

      Je pense qu’il faut certes réfléchir au bien « supérieur » de l’enfant (lire l’excellent « deux papas deux mamans, qu’en penser) cependant il existe aussi des homos qui veulent s’unir et qui ne souhaitent pas forcément procréer (quelque soit la méthode retenue pour obtenir des enfants), à l’instar de certains hétéros qui n’ont pas de désir d’enfants, mais souhaitent néanmoins s’unir par les liens du mariage…

      enfin,voilà les pensées que je voulais partager avec vous…

      • Hola KOJFER,

        Je vis en Espagne🙂 Je suis fondamentalement pour le mariage sans limitation de genre. Je ne remet pas en doute cela.

        Mes repères, c’est : comment garder une petite parcelle de « la nature fait que, un mâle et une femelle sont essentiels pour se reproduire » … J’ai juste besoin de comprendre, d’avoir un petit truc qui puisse me faire croire que cela reste valable socialement et logiquement dans la société progressiste et moderne. J’ai parfois peur de ces pertes de repères.
        Tu vois Kojfer, même si je dois apprendre à dominer ce sentiment d’être perdu, j’ai aussi ce besoin de comprendre pourquoi il ne serait pas nécessaire de conserver un peu de cette évidence que « mâle+femelle=procréation possible ».
        Dans mon propos, je ne parle pas d’obligation, je parle de sens de l’union. Tu vois, tu parles de ta manière d’avoir eu un, ou des enfants. Tu es une femme. Tu as ce choix.
        Je suis un hétéro (enfin je crois ;-)) et je suis un homme. Quel que soit le recours à la science, mon ventre restera à jamais « sans petit d’Homme ».

        Je n’ai aucun doute sur l’homoparentalité, pour moi elle est à parité avec l’hétéroparentalité, l’enfant n’est pas plus en danger dans une famille homoparentale que monoparentale ou hétéroparentale, il n’y a rien à justifier là dessus selon mon opinion. Ce que j’ai du mal à comprendre, c’est le besoin d’exclure l’autre sexe (selon ce que je peux percevoir plus souvent chez les lesbiennes que chez les gays).

        Ton expérience repose sur des facilitateurs technologiques.
        C’est sur cet aspect que je perds un peu pied.

        Je comprends ton amour des femmes, et j’ai du mal avec ce qui symbolise ton rejet des hommes. En tous cas, ce rejet dans l’espace de procréation.

        Comprenez-moi, je ne suis pas en train de juger. Ne voyez pas cela, j’ai juste besoin de comprendre ce processus. Cette appréciation collective que je n’arrive pas à cerner, à aborder.

        Je reste convaincu qu’il existe autant de vision de l’homosexualité qu’il existe d’homosexuel(le), que l’amour n’est pas une affaire de sexe au sens du genre. Je n’ai aucun doute là dessus. Cependant, cette histoire de mariage m’a mis dans une drôle de posture, parce qu’en étant fondamentalement pour ce droit, j’ai le sentiment d’avoir paumé une petite partie de ma cartographie humaine.

      • Je ne réponds à personne en particulier. Je n’aborde même pas la question des « LGBT » (encore un sigle.. pourquoi?)
        Mais se marier aujourd’hui a t il encore un sens? Au moment où près d’un couple sur 3 divorcent! Franchement je ne comprends pas cette revendication.
        Y a t il un droit pour s’aimer? Faut il un contrat pour s’aimer?
        Il y a les enfants, oui est ce le mariage qui va les aimer davantage?
        Se marier serait il un droit du même ordre que de se loger?
        Bien y en a qui vont être contents….

    • Je ne suis pas Caroline Fourest mais je peux vous proposer une petite piste de réponse, aussi modeste soit-elle :
      Si je comprends bien votre sujet d’inquiétude, c’est l’histoire de la procréation, en somme, n’est-ce pas? Il faudrait qu’elle soit naturelle, et c’est cela qui vous fait douter, car, effectivement, deux hommes ou deux femmes ne peuvent avoir d’enfants ensemble par simple rapport sexuel.
      En revanche, si la reproduction « possible » était la chose la plus primordiale dans un mariage, ne devrions-nous pas faire passer quelques tests aux futurs mariés, hommes et femmes, pour vérifier si l’un des deux promis ne serait pas stérile?
      Cette problématique peut donc se poser également chez les couples hétérosexuels. Il y a maintenant d’autres manières d’ « avoir » des enfants, encore bien compliquées pour les homosexuels (et sans parler du droit d’adoption du parent « le moins légitime » en cas d’insimination, etc) donc, pour reprendre vos mots, si on légalisait vraiment l’homoparentalité, il n’y aurait plus de problème pour légaliser le mariage selon vos conceptions : car là aussi, il y aurait « bébé possible ».

      Ensuite, par rapport à l’article, Caroline, ce que je trouve intéressant est le fait que vous abordiez le sujet sous l’angle de « l’égalité des droits », et non sous l’aspect qu’auraient pris beaucoup de nunuches, à savoir : « nous aussi, on veut des tables de banquet! », ce qui ne manque pas de brouiller le message et qui s’avère très utile pour les opposants à cette légalisation, puisque c’est souvent de cet amalgame que se servent des gens comme Marine LePen. Je l’ai, par exemple, déjà entendue dire que :
      « oui, mais il y a déjà le pacs, et c’est faux, ils ne demandent pas plus! Et saviez-vous, Monsieur, que dans les statistiques, ce ne sont même pas les homosexuels qui y ont le plus recours, à ce contrat? Cette requête est la requête de l’infime minorité d’une minorité ».
      Et c’est ainsi qu’elle détourne la question de sa visée principale : le Droit. Surprennant, pour une avocate…
      Car je pense que pour beaucoup, comme pour moi, ce qui est demandé ici n’est rien d’autre que ce que vous prônez : l’égalité des droits. Le fait d’avoir le choix, comme tout le monde. Le choix de se marrier ou/et d’avoir une famille si on le souhaite. Tout simplement.

      Je suis homosexuelle, je trouve le concept de « mariage » totalement absurde (personnellement) et suis certaine de ne jamais me marier. Et encore pire pour certains, je ne pense vraiment pas vouloir d’enfants dans mon avenir.
      Cependant, ce que je désire, c’est d’avoir le droit de refuser tout ça. Pas l’obligation de me résigner, faute d’options.
      Car pour moi, ça tombe bien, puisque ce ne sont pas mes rêves ni mes projets, mais d’autres les espèrent peut-être toutes ces choses, et je ne vois strictement pas au nom de quoi ils n’auraient pas le droit, comme tout le monde, de claquer toutes leurs économies pour, comme tout le monde, s’acheter des diamants, des moustiquaires pour voiles de mariés et de la vaisselle en porcelaine.

      • Camille, merci pour ce point de vue. Je réitère que je vis dans un pays ou le mariage homosexuel existe, et je me battrais pour qu’il puisse exister partout. Sur le point de vue du droit, à aucun moment je n’émet de doute. (sourire amicale)

        Mon défaut de sens, provient du fait que le mariage restait un mot/sens fort dans la société et que c’était un repère social.

        OK, la société change, mes ami(e)s homo disposent de droits meilleurs, je ne peux que m’en réjouir.

        J’y perds un peu ma grammaire humaine. Voila.

        Je devrais survivre🙂

        Au sujet du « bébé possible » c’est dire un mâle + une femelle = fécondité probable naturellement. Rien d’autre et j’espère ne pas être trop gauche ou heurté quiconque en aspirant par ce propos à la neutralité la plus conceptuelle possible.

        C’est cela, ce sens là que je perds, cela ne suppose pas que je condamne ou ait une vue négative sur toutes les autres formes de procréations assistées. Le sens est de dire « sans recours à une assistance » enfin, un truc dans le genre, respectueux.

        Merci à toutes et tous pur vos échanges.

        Maxence

  2. Comme le disait une asso LGBT, « Sarkosy tu as eu le droit de te remarier, Nous, nous réclamons juste le droit de nous marier, ne serait-ce qu’une seule fois »…
    Scientifique, je souris également aux notions de normes, de valeurs de référence quand elles sont appliquées en sociologie démagogique:
    en substance, on obtient la norme sur un paramètre, en prenant un échantillon conséquent d’une population qu’on estime « saine », on fait alors une moyenne du paramètre en question qui définira la fourchette normale,en dehors de laquelle l’individu lambda sera « malade »…
    Par ce descriptif, il est plus facile de réaliser que la norme « hétéro » est un terme inapproprié…
    celà reviendrait à assimiler un individu et sa sexualité, à un « vulgaire » paramètre biochimique par exemple, avec une fourchette acceptable et des valeurs indiquant la pathologie….

    Je repense également à ce commentaire si percutant qui disait: « mais enfin, puisque le mariage accessible aux LGBT n’enlèvera rien aux droits des couples hétéros, quel est le problème??? »

    Voici pêle même, ce qui traverse mon esprit ce soir…

  3. @Patrick : Se marier donne des droits🙂 C’est en cela que la mariage diffère des autres type d’union juridique.

    @KOJFER : Tu fais référence à ceci : “mais enfin, puisque le mariage accessible aux LGBT n’enlèvera rien aux droits des couples hétéros, quel est le problème???” / En effet, il n’y à aucun problème pour une grande majorité de personnes. Ceci dit, cela n’aborde pas *ma* petite question🙂

    • et bien, il me semble que le PACS donne aussi des droits, et des devoirs…nettement inférieurs à ceux que procurent le mariage malheureusement pour ceux qui ne peuvent accéder au mariage…

      oui, pour une majorité dans les sondages, le mariage accessible aux homos n’est pas un problème, il l’est pour notre président et candidat, ce qui est fort regrettable:)

      je recherche dans le forum votre « petite question »:)

  4. Enfin, je vais vous paraître encore ironique, mais si si le titre de la discussion « Mariage pour tous » pouvait s’appliquer aussi aux hétéro…😉

  5. la vrai question est celle de l’adoption pléniere. est ce que des homosexuels sont moins capables d’adopter des enfants de les elever ça se saurait

    • POUR MOI LA QUESTION N4EST PAS « ËTRE CAPABLE OU N’ÊTRE PAS CAPABLE » (pardon pour l’oxymore)

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