La Tunisie à quelques heures des résultats

Après une journée passée à combattre la naïveté, qui ne peut avoir que pour effet de désarmer la vigilance, quelques bonnes nouvelles peut-être…

1) Les score élevé en voix ne signifie pas qu’Ennahda aura autant de sièges. Il faut arriver en tête de sa circonscription pour gagner un siège. Or Ennahda semble faire des scores très élevés dans certaines régions (ce qui explique son score national) mais ne pas être en tête dans d’autres. S’il obtient moins de 30% des sièges, il devra composer et tout reste possible.

2) C’est bien la perspective de cette « composition » qui l’a amené à refaire une conférence de presse rassurante. Les islamistes stratèges font toujours ainsi. Ils n’avancent que si l’on recule mais donnent des gages si on leur en demandent. D’où la nécessité d’arrêter, sur bien des chaînes européennes et surtout françaises, de culpabiliser ceux qui s’inquiètent et se montrent vigilants. La démocratie, ce n’est pas s’interdire de critiquer ses adversaires politiques ! C’est même le contraire.

3) On aurait tort d’interpréter le score d’Ennahda comme le signe que la Tunisie tourne définitivement le dos à la sécularisation. Beaucoup de Tunisiens ont voté pour les partis « martyrs » du régime Ben Ali, les seuls qu’ils connaissent. Avec le temps, ils apprendront à connaître d’autres partis, plus nouveaux et plus modernistes. Il apprendront aussi qu’il ne faut pas croire aux promesses ni se contenter de belles paroles mais juger les politiques sur leurs actes. C’est une chose que l’on apprend avec le temps et le nombre des scrutins libres. Cette absence d’expérience, qui fait le lit des plus démagogues, c’est bien le cadeau empoisonné des régimes autoritaires.

4) Il semble, à confirmer, que pas mal de leaders n’aient pas réussi à décrocher leur siège à la Constituante. Ce serait une bonne nouvelle. Cette assemblée  doit rester le lieu de l’écriture de la Constitution et ne pas devenir une Assemblée trop législative.

De ce point de vue, les commentaires sur les « alliances » que doivent passer les islamistes sont un peu à côté… Il ne s’agit pas de faire alliance pour un programme mais de voter ensemble, ou non, chaque point de la négociation. Les alliances pourront se nouer et se défaire au fil des jours. Cette expérience doit préparer les esprits aux votes qui suivront. En espérant que les députés de Ben Jaafar et surtout de Marzouki (qui doit comprendre que les islamistes ne sont plus des partenaires d’exil mais le nouveau pouvoir) ne cèderont pas sur des points permettant de « fermer » les institutions ou de préparer un futur régime religieux autoritaire. Notamment en termes de sources du droit.

L’attitude  — à ce jour ambigüe — de Moncef Marzouki sera donc décisive. S’il a le sens de l’intérêt général, il devrait tenir bon. S’il veut le pouvoir et siéger à tout prix dans un futur gouvernement avec Ennahda, il sera l’homme qui a fera céder le barrage.

5) Si je suis plus optimiste aujourd’hui, c’est qu’à moins de 30% des sièges Ehannada n’aura pas du tout le même pouvoir de nuisance que s’il obtenait plus de 40% d’une Assemblée qui a va avoir les pleins pouvoirs et aucune date limite (là les belles promesses d’Ennahda  n’auraient pas fait long feu).

Tout reste possible. A une condition : être vigilant (et non naïf), c’est à dire de ne jamais croire les islamistes sur parole, mais les obliger à respecter les acquis de la Tunisie et de la Révolution dans les actes.