La géopolitique, entre impuissance et universalisme

Il y a beaucoup à dire sur la façon dont le gouvernement français s’est comporté face aux révolutions tunisienne et égyptienne. Personne ne s’en prive. Le massacre à huis clos du peuple libyen pose une question bien plus profonde. Comment sortir la communauté internationale de sa paralysie ?

Les Nations unies sont nées de l’impuissance de la Société des nations face à Hitler. Dans l’espoir qu’aucun tyran ne puisse dire à nouveau : « Charbonnier est maître chez soi. »

Que nous dit le colonel Kadhafi en envoyant ses avions fondre sur son peuple ? « Fou furieux est maître chez lui. » Nous sommes loin de pouvoir évaluer le nombre de morts. Mais nous savons ce que ces morts signifient si les Nations unies n’en prennent pas la mesure.

Ce serait un nouveau drame pour l’ONU et son Conseil des droits de l’homme, basé à Genève. En principe, il est chargé de veiller au respect de la Déclaration universelle des droits de l’homme. En pratique, il est miné par l’obstruction. Les régimes autoritaires s’y serrent les coudes pour que l’universalisme s’évanouisse à leurs portes.

Au nom du respect des cultures ou des religions, d’une vision locale ou régionale des droits de l’homme, et bien sûr de l’anti-impérialisme. A force de voir le Conseil de sécurité paralysé par le veto américain au sujet d’Israël, le Conseil des droits de l’homme – où sont représentés tous les pays – est devenu l’antichambre de la revanche. Celle de tyrans qui profitent d’une colère légitime pour mépriser l’ONU et la Déclaration universelle.

On se souvient de Kadhafi déchirant la Charte des Nations unies à la tribune de l’Assemblée générale, en 2009. Six ans plus tôt, la commission des droits de l’homme s’était discréditée en confiant sa présidence à la candidate de la Libye. Le poste devait revenir à l’Union africaine, dont les membres sont depuis longtemps soumis au lobbying du colonel Kadhafi… La commission en est morte. Le Conseil qui la remplace ne se porte guère mieux.

Le problème ne vient pas du principe des Nations unies, mais du rapport de forces entre les nations. Il a beaucoup changé depuis la fin de la seconde guerre mondiale. En menant la guerre en Irak au mépris de l’ONU, les Etats-Unis ont sali leur uniforme de gendarme du monde. Malgré les efforts bien réels de Barack Obama pour corriger le tir, l’Amérique de George Bush a facilité la montée en force de la Chine. Une puissance diplomatique qui ne croit pas à l’universalisme et ne se cache pas de faire passer ses intérêts économiques avant la démocratie. Elle a soutenu jusqu’au bout Ben Ali et Moubarak… Son ombre différentialiste plane sur le Conseil. Notamment sur les pays de l’Union africaine, dont la médiation en Côte d’Ivoire est un échec. Au début des massacres en Libye, l’Union s’est contentée de condamner l’« usage disproportionné de la force ».

Quant aux pays musulmans, représentés à l’ONU par l’Organisation de la conférence islamique, ils ont aimé nous faire croire que la démocratie était une lubie occidentale. Leurs peuples leur répondent aujourd’hui. Aucun peuple, ni libyen, ni égyptien, ni tunisien, ni algérien, ni syrien, ni iranien, ni chinois, ni même nord-coréen, ne supporte d’être nié dans ses droits fondamentaux. L’aspiration à la liberté et à la dignité n’est pas occidentale, mais universelle.

Cette vérité simple est de nouveau visible. Cela change beaucoup de choses. Hillary Clinton devrait se rendre, lundi 28 février, au Conseil des droits de l’homme pour exiger des sanctions contre le colonel Kadhafi. La solidarité douteuse, qui permettait jusqu’ici aux pays africains et musulmans de faire bloc contre l’universalité des droits, peut voler en éclats. Ce serait l’un des premiers impacts géopolitiques du « printemps arabe ».

Caroline Fourest

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