Populisme ou démagogie ?

En visite dans un hôpital, Nicolas Sarkozy a exprimé son agacement : « le pays » s’intéresse moins à celui qui « soigne » qu’à celui qui « fait scandale ». C’est aussi le sentiment des Français… Ils préféreraient sans doute un gouvernement qui cesse de faire des économies sur le dos de l’hôpital public à un gouvernement qui fait scandale. Le dire, est-ce populiste ?

François Baroin a mis en garde l’opposition : « Vous êtes en train de tracer le sillon de l’extrême droite ! » C’est vrai, le populisme monte, mais depuis quelques années déjà. Et oui, l’extrême droite fera son miel de ce climat pourri. La faute à qui ? A l’opposition qui pose des questions ? Aux journalistes qui ouvrent des tiroirs ? De qui se moque-t-on ?

Le climat actuel, la perte de confiance des Français dans leurs élus, dépassent largement l’affaire Bettencourt-Woerth. Elle sonne la fin d’un cycle. La tolérance zéro d’un « pays » pour le mélange des genres et les conflits d’intérêts. Ce pouvoir y a bien trop joué. 64 % des Français semblent croire que leurs élus sont corrompus.

C’est injuste, comme toutes les tolérances zéro. La plupart des élus mènent une vie peu enviable, faite de vie privée sacrifiée, de séances de travail et réunions jusqu’à pas d’heure, pour un salaire plutôt modeste. Les « affaires » sorties ces dernières années sont liées au financement des partis et non à des cas d’enrichissement personnel, très rares. Des lois votées par les élus rendent ce financement politique de plus en plus contrôlé. Il est loin, très loin, d’être irréprochable. Mais ce n’est qu’un aspect du problème.

La grogne, qui secoue le gouvernement et le trésorier du parti majoritaire, tient autant à certaines révélations choquantes qu’à un problème de fond, de plus en plus difficile à contourner. L’UMP reste le parti favori des grandes fortunes. Et ce gouvernement n’a pas été élu pour faire face à la crise ou diminuer les inégalités, mais sur un programme visant à décomplexer le rapport à l’argent, à travailler plus pour gagner plus, tout en payant moins d’impôts. Le tout sur le mode d’un rêve américain qui s’est effondré.

Grâce à son énergie et à son talent pour communiquer, Nicolas Sarkozy a su rebondir malgré la crise. Mais l’illusion ne pouvait durer. Par les temps qui courent, l’ADN de son programme, son tempérament et les premiers signaux envoyés dès son élection sont bien lourds à porter. Les amitiés fortunées du parti majoritaire lui plombent les jambes. Ce qui ne serait pas si grave si les choix de ce gouvernement n’étaient à cette image. Il a beau annoncer qu’il rogne, ici ou là, quelques niches fiscales, il ne touche pas au noyau dur du bouclier. Le voilà désormais incarné par un chèque de 30 millions d’euros remboursés à Mme Bettencourt. Le scandale n’est pas dans le fait que ce chèque soit illégal, mais dans le fait qu’il soit légal.

Ce scandale-là ne s’arrêtera pas avec quelques effets d’annonce sur la « République irréprochable », déjà promise en début de mandat. Le populisme naît toujours de la démagogie. Or, en ce moment, la démagogie consiste à faire croire que la morale sera sauve si on enlève une voiture de fonction ou deux collaborateurs à chaque ministre. Les membres d’un gouvernement, les élus en général, ont besoin de pouvoir se déplacer sans être épuisés et de leurs collaborateurs pour travailler.

Il faut bien des mesures pour renforcer l’encadrement de la vie politique, mais pas des gadgets, de vraies réformes : mieux surveiller la multiplication des partis nominaux (pour s’assurer qu’ils ne servent pas à contourner le plafonnement) et mieux contrôler tout rapport ou mission confiés par le gouvernement (pour vérifier qu’il ne s’agit pas d’un hochet destiné à acheter ou à remercier).

Quant à la fin d’une politique fiscale qui favorise ceux qui en ont le moins besoin, cette réforme-là passera par les urnes. Et visiblement, la campagne électorale a déjà commencé.

Caroline Fourest
Article paru dans l’édition du 10.07.10