Verts-bruns : la nouvelle extrême droite

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On attribue volontiers à Nicolas Sarkozy la crise du FN. En réalité, le parti « attrape-tout » souffre de l’après-11-Septembre. Jusque-là, il parvenait à fédérer les aigreurs grâce à un message xénophobe dans lequel pouvaient se retrouver tous les racistes, qu’ils soient antiarabes ou antijuifs, catholiques intégristes ou franchement païens. Depuis, le nouveau bouc émissaire n’est plus tellement l’Arabe ou l’immigré, mais, au choix, le juif ou le musulman. Cruel dilemme.

Les catholiques intégristes nostalgiques de la colonisation méprisent les Arabes mais respectent les musulmans (de bons croyants). D’autres veulent résister à l’islam sous la bannière des croisés. Ceux-là hésitent entre le FN et Villiers.

Chez les nationaux-révolutionnaires aussi, on se tâte… entre profaner un cimetière juif ou musulman, selon l’inspiration de la dernière bière. Mais dans l’ensemble, les nostalgiques du nazisme préfèrent de loin l’antisémitisme à la musulmanophobie.

Entre ces rivières de haine, des parcours sinueux faussement élaborés existent. Alain Soral, l’essayiste des aigris, passé du marxisme au nationalisme, du PCF au FN, a finalement rejoint Dieudonné. Quand il militait avec les nostalgiques de la colonisation, il écrivait que les « beuricots » étaient de la graine de délinquants et « le métissage » une forme de « violence ». Depuis qu’il milite avec les intégristes chiites du Centre Zahra (proche de l’Iran et du Hezbollah) au sein de l’association Egalité et réconciliation, il se rend volontiers au congrès de l’UOIF pour admirer Tariq Ramadan.

C’est la nouvelle mode. Les rouges-bruns d’hier ont viré verts-bruns. Leur nouveau clown s’appelle Dieudonné, et le Parti antisioniste leur sert de façade. Côté cuisine, l’argent des affiches était avancé par l’ancien imprimeur du FN (Fernand Le Rachinel) et le budget « bouclé » par Yahia Gouasmi, l’ami du régime iranien. Côté discours, les conférences de presse recyclaient le bon vieux thème de l' »anti-France ». Comme tonner contre « ces mauvais Français qui soutiennent insidieusement une patrie étrangère » (entendez les juifs de France pro-Israël).

Maria Poumier, l’une des candidates, a pris soin de préciser qu’il ne s’agissait pas de tous les juifs, mais d’une mafia qui « usurpe l’appellation d’une religion ». Un autre colistier, animateur du site « La banlieue s’exprime », a cru bon d’ajouter : « La France, ceux qui ne l’aiment pas, c’est dehors ! » Un slogan sans doute inspiré par les candidats nationalistes présents sur la liste : Alain Soral, bien sûr, mais aussi un ancien du Front national de la jeunesse, et un transfuge du Renouveau français, une association royaliste qui rêve de restaurer la théocratie chrétienne.

Voilà qui ne déplairait pas à Yahia Gouasmi. Le partisan de la théocratie iranienne regrette que « les chrétiens vivent comme des étrangers chez eux ». Heureusement, lui et ses amis promettent de les libérer des sionistes… qu’ils voient partout. « Derrière chaque divorce » et même derrière le virus H1N1 ! Lors de cette fameuse conférence de presse, l’un des candidats du Parti antisioniste s’est emporté contre « ces gangsters qui manipulent le monde à coups de mensonges et de guerres bactériologiques… comme ces derniers temps avec cette fausse grippe ». Le candidat en question s’appelle Christian Cotten, un ardent défenseur des sectes et de la Scientologie.

Il ne manquait qu’un complot extra-terrestre… Pari tenu. Le mouvement raélien a envoyé un messager soutenir la liste de Dieudonné. C’est ce qui s’appelle ratisser large. En vain. Malgré Gaza et l’extrémisme borné du nouveau gouvernement israélien, le Parti antisioniste n’a pas déplacé les foules : à peine 37 000 électeurs en Ile-de-France. A Ménilmontant, à Saint-Denis, sur d’autres marchés des quartiers populaires, les colistiers de Dieudonné se sont fait siffler et traiter de fachos. Il existe peut-être encore une conscience antifasciste populaire dans ce pays.

Caroline Fourest

Ps : Une précision, après avoir lu quelques commentaires délirants sur le site du Monde, le « Vert-bruns » ne désigne évidemment pas une alliance entre écologistes et extrême droite mais entre extrême droite et islamistes. L’article ne laisse aucun doute à ce sujet.

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