Retour précipité dans l’OTAN

On a beau lire pour se faire idée, on ne comprend pas la raison qui pousse aujourd’hui ce gouvernement a tourner si précipitamment la page de 43 ans d’indépendance militaire pour entrer dans l’OTAN. La décision est prise, elle nous met devant le fait accompli. Et l’on ne pourra probablement jamais revenir en arrière à moins d’une crise mondiale tout à fait exceptionnelle ou d’un homme d’Etat tout à fait hors du commun. C’est donc un retour très symbolique et très définitif que Nicolas Sarkozy a choisi de faire pour la France. Sans doute pour marquer son mandat au regard de l’histoire. Mais peut-être au risque d’un contre-sens historique.

Le retour dans l’OTAN est bien entendu beaucoup plus facile admettre avec Barack Obama qu’avec George Bush. Il n’en est pas moins inutile. Le nouveau président américain aura toujours plus de respect pour la France qui a su dire non à la guerre en Irak que pour celle qui aurait voulait suivre George Bush. A voir le regard un peu perdu de Nicolas Sarkozy face au manque de signes amicaux venant du président américain lors du G20, on se dit que le président français est peut-être déjà en train de le réaliser. Mais les festivités qui se préparent se week-end vont tout faire pour le faire oublier.

Avant de célébrer, et malgré le plaisir certain de voir Obama à Strasbourg, on aurait quand même ce débat soit un peu plus long. Et surtout qu’il puisse avoir lieu sans tomber dans la caricature. Celle consistant à dégainer l’accusation d’anti-américanisme primaire ou à l’inverse celle visant à nous ressortir le vieux refrain du non alignement par nostalgie pour le communisme.

On aurait aimé avoir un débat non pas au non du passé, mais au nom du présent. La question n’est pas de savoir si on peut être de gauche et regretter une décision prise par de Gaulle, ni de nier que malgré tous les défauts de son hyperpuissance l’Amérique est notre allié naturel dans un certain nombre de combats face à la tyrannie.

Ceux qui dénoncent avec — parfois une virulence un peu grotesque l’impérialisme américain — seraient décidemment plus crédibles si on ne le savait pas si tentés de s’aligner sur la politique étrangère de la moindre dictature dès lors qu’elle défie l’Amérique.

Admettons le franchement, oui, nous rêvons de systèmes politiques démocratiques plus proches de ceux des Etats-Unis que de ceux de la Chine ou de Cuba. Mais nous pouvons avoir de profonds désaccords sur la façon de défendre la liberté et les droits de l’homme avec l’Amérique. Les dégâts de la guerre en Irak fument encore pour nous le rappeler. Pourquoi se priver de cette nuance au regard du monde ? En quoi le fait de faire officiellement bloc, de façon quasiment automatique et soumise, va par exemple aider à combattre l’idée d’un choc Islam/Occident, cette absurdité intellectuelle et politique que souhaitent les extrêmes de part et d’autres ?

Depuis le Général de Gaulle jusqu’à la position sur la guerre en Irak, la France avait su préserver une voix originale dans le concert des Nations. Qui lui permettait d’avoir tous les avantages de l’OTAN en cas de besoin sans ses inconvénients. Cette originalité traçait une voix pour la politique étrangère européenne. Une voix et un pont. Celui que l’on peut tendre vers des pays plutôt hostiles à un débat direct avec les Etats-Unis pour tenter de faire entendre une autre musique que celle de l’alignement ou du non alignement.

Il suffit d’observer les débats au sein des Nations-Unies pour comprendre combien la communauté internationale souffre de cette logique de blocs et du manque d’indépendance des Nations. Le Conseil des droits de l’homme ne serait pas si malade si le Brésil, l’Inde ou l’Afrique du Sud savaient avoir des politiques étrangères réellement courageuses et indépendantes au lieu de suivre mollement les positions du Mouvement des non alignés ou de la Chine sous prétexte de faire bloc contre l’Occident.

La priorité des années avenir devrait être de casser cette logique consistant à faire bloc pour des raisons historiques ou économiques. Au lieu de faire front pour des raisons d’idéal. C’est au regard de ce défi que le retour dans l’OTAN apparaît comme un contre-sens. Ce retour enlève tout panache, tout sens, et toute portée symbolique au fait de faire bloc avec l’Amérique lorsqu’elle a raison.

Caroline Fourest

France Culture, 3 avril 2009

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