Le vaudou et le rappel au fax

« Je préfère un excès de caricature à l’absence de caricature ». Tiens mais qui nous avait envoyé ce fax, fort bien tourné, lors du procès des caricatures de Mahomet ? Ne serait-ce pas un certain Nicolas Sarkozy ? Sans aucun doute un homonyme… 

Depuis qu’il règne à l’Elysée, sa majesté Nicolas 1er fait feu de tout bois pour faire taire les irrévérencieux. On compte au moins six procès engagés par le président. Tous ne sont pas du même ordre. Quand Nicolas Sarkozy menace de porter plainte contre le site du Nouvelobs.fr dans l’affaire du SMS, il est effectivement en droit d’estimer que ce site a porté inutilement atteinte à sa vie privée. Quand il attaque la compagnie aérienne Ryanair pour une campagne de publicité utilisant sa photo et celle de son épouse Carla, on comprend qu’il ait envie de gratter quelques droits en raison de l’utilisation de son image à des fins commerciales.

En revanche, quand le président de la République attaque une maison d’édition, K&B, pour tenter de faire interdire une poupée vaudoue à son effigie, vendue dans le cadre d’un coffret avec un livre satyrique (le « Manuel vaudou »), qui existe aussi à propos de Ségolène Royal, on a une sérieuse envie de lui coller le fax qu’il nous a envoyé au moment du procès sous les yeux. Plus grave encore, il a officiellement réhabilité le délit d’ « outrage au président » en attaquant Hervé Eon, un chômeur de 56 ans ayant eu l’outrecuidance de songer à déployer une pancarte A4 avec écrit « Cass toi pauv’con » sur le passage de son cortège. Un « blasphème » qu’aucun président n’avait osé invoqué depuis 1976, sous Valéry Giscard d’Estaing. Délibéré au 6 novembre. Vingt jours plus tard devrait tomber le jugement en appel d’une autre affaire. Celui de Romain Dunand, un militant de la Confédération nationale du travail (CNT), condamné en février à 800 euros d’amende pour avoir comparé la politique de Nicolas Sarkozy à celle de l’Etat français sous Vichy. Notre président de la République se prend décidémment pour la Reine d’Angleterre.

Caroline Fourest

Paru dans Charlie Hebdo du 29 octobre 2008