Ayaan Hirsi Ali applaudie au Parlement européen

Le 14 février 2008, l’Europe politique s’est mobilisée pour soutenir Ayaan Hirsi Ali et lui offrir une protection.

1431249880_ayyan_hirsi_ali_en_quete_de_protection_au_parlement_europeenÀ Paris, nous avons demandé qu’Ayaan soit naturalisée. Pour que la France tienne ses promesses, celle de protéger les femmes « martyrisées ». À Bruxelles, nous avons demandé à l’Union européenne de financer la protection d’Ayaan. Pour que l’Europe tienne ses promesses. Celle de la Chartre des droits fondamentaux, qui garantit la liberté d’expression et de mouvement à ses ressortissants.

On a souvent reproché à cette Charte de n’être qu’un bout de papier. C’est l’occasion de prouver qu’il n’en est rien. Si la majorité du parlement — 393 députés européens — signait la question écrite déposée en janvier par Benoît Hamon et trois autres députés socialistes européens1, l’Europe politique n’aurait plus rien d’un vœu pieux. Entre janvier et février, 83 députés l’ont signé. A l’origine, le meeting du 10 février à Paris a été pensé pour faire connaître cette initiative. Son succès est allé bien au-delà.

Ce 14 février, dans le train qui nous mène à Bruxelles, je tente de lire dans le regard d’Ayaan quelques restes de ce rêve européen qui l’habitait jadis. L’espoir d’une Europe où l’on peut penser et vivre en toute liberté l’a poussé à fuir sa famille, et un mariage forcé, pour y trouver refuge lorsqu’elle avait à peine plus de vingt ans. Quinze ans plus tard, la voilà qui doit fuir aux Etats-Unis. « J’étais un symbole, je suis devenue un problème » explique-t-elle aux journalistes.

Ses propos contre l’excision, les mariage forcés, contre le sexisme, ne lui ont pas seulement coûté des menaces de mort, très sérieuses, mais aussi des insultes et des calomnies. Alors que les islamistes bon teint profitent abondamment de la liberté d’expression offerte par l’Europe, que tout le monde s’offense lorsque leurs mensonges à eux sont démontés, Ayaan doit se justifier d’avoir menti sur un détail pour obtenir le statut de réfugiée politique. Elle doit se cacher pour penser en toute liberté. 
Lorsqu’elle vivait aux Pas-Bas, le gouvernement l’a déménagée 22 fois de logement sous prétexte de la protéger. On l’a même exfiltré sur des bases militaires, où elle « vit » entourée de gros bras sans pouvoir sortir. Aucune maison ne semble convenir, jamais. Quand elle finit par en trouver une, ses voisins portent plainte et obtiennent de la faire expulser. La goutte d’eau. Ce jour là, elle décide d’abandonner la politique et de postuler auprès de n’importe quel centre de recherche, fut-il néo-conservateur, pour pouvoir sortir de cet enfer et partir travailler aux Etats-Unis.

Mais l’enfer la rattrape. Désormais, elle doit limiter ses sorties aux maximum si elle ne veut pas épuiser les fonds privés levés servant à financer sa protection. Les Etats-Unis ne peuvent prendre le relais sans un statut diplomatique. Les Pays-Bas n’ont même pas voulu l’envisager. C’est dire si venir au Parlement européen, après cet accueil fou à Paris, signifie quelque chose pour Ayaan. Le président du Parlement a tenu à la voir juste avant la conférence organisée par Benoît Hamon. Un geste fort. Sa neutralité l’empêche de donner des consignes, mais il soutient cette initiative publiquement.

À l’heure du meeting, beaucoup de médias européennes sont présent et foncent sur nous. Je peine à rejoindre mes camarades — Ayaan, Benoît Hamon et Bernard-Henri Lévy — à la tribune. Hamon présente les enjeux de cette question écrite : il ne s’agit pas d’une initiative socialiste mais d’une initiative européenne, qui doit rassembler tout le monde. Il existe un budget spécial pour des « projets pilotes », qui déjà été utilisés pour crééer un fond indemnisant les victimes du terrorisme. L’un de ces projets pourrait servir à crééer un Fond européen en vue de protéger les personnes menacées de mort en raison de leurs opinions. Je préviens : l’Europe politique est la dernière terre d’asile pour les esprits libres comme Ayaan. Bernard-Henri Lévy insiste : « Personne n’incarne mieux les valeurs européennes qu’Ayaan Hirsi Ali ». Ayaan, enfin, prend la parole pour rappeler son parcours. Celui qui l’amène aujourd’hui à demander l’aide de l’Union européenne : « J’aime la vie et je veux vivre ».

Depuis la salle, des députés européens prennent le micro pour dire combien ils la soutiennent. Seuls quelques journalistes des Pays-Bas et quelques journalistes arabes boudent l’athmosphère magique de ce pur moment d’utopie européenne. « Tout cela est-il bien réaliste ? » demande un confrère néérlandais. Je ne résiste pas : « Vous savez, il existe une très belle devise qui pourrait servir à relancer l’Europe politique : ils ne savaient pas que c’était impossible… alors ils l’ont fait. »

De retour à Paris, nous apprenons que Taslima Nasreen a enfin obtenu un visa de 6 mois pour rester en Inde, à condition de se taire. Le complot contre Kurt Westergaard, le dessinateur danois, a été déjoué. Dix-sept journaux danois on publié sa caricature pour le soutenir. Enfin. La tension persiste, la vigilance demeure. Mais cette semaine, incontestablement, les esprits libres ont plutôt bien résisté.

Caroline Fourest

* Benoît Hamon (France),Véronique De Keyser (Belgique), Harlem Désir (France) et Ana Gomes (Portugal), au bureau du Parlement Européen.

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