Affaire Redeker : restons précis à propos du mot fatwa

17 octobre 2006

L’élan de solidarité, naturel et nécessaire, envers Robert Redeker ne doit pas nous empêcher de rester rigoureux et précis.

Dans la presse, le mot de « fatwa » a plusieurs fois été prononcé. Il est inexact. Une fatwa n’est rien d’autre qu’un avis religieux. Robert Redeker a reçu des menaces de morts, par mail et sur internet. Nous savons que ces messages servent aujourd’hui de consignes — puisque contrairement à l’époque de Rushdie, il n’existe pas d’Etat islamique avec à sa tête un Mollah pouvant prononcer un ordre ayant une telle résonance. Nous vivons néanmoins, surtout au moment des caricatures, des « affaires » comparables à celle de l’affaire Rushdie.

La consigne donnée contre le Figaro par le cheikh islamiste Youssef al-Qaradawi le 20 septembre, est plus ambigue. En tant que savant islamique délivrant des avis religieux sur Al-Jazira, ses propos peuvent avoir valeur de fatwa. La dépêche AFP, sur laquelle nous nous basons tous, ne disait pas si Youssef al-Qaradhawi a attaquéLe Figaro ou Robert Redeker de façon nominative. Vérification faite, le prédicateur a été interrogé lors du journal télévisé par un journaliste de la chaîne ayant nommé Redeker avant de lui passer la parole. Le prédicateur, en duplex, a commenté les propos du pape puis il a appelé les Musulmans à protester contre ces « attaques » contre l’Islam venant du pape et du Figaro. Mais sans brûler ni ambassades ni drapeaux (comme au moment de l’affaire des caricatures). Ces actes ont même été qualifiés d’illicites » par ce référent religieux que l’on sait plus proche du quatar que de l’Iran ou de la Syrie (les deux pays ayant orchestré les protestations au moment de l’affaire des caricatures).

Reste que les intégristes étrangers regardant Al-Jazira n’auraient jamais entendus parler de Robert Redeker et de son article sans cette émission (les menaces de mort les plus graves reçues par Redeker ont été rédigées en anglais).

Dernière chose, ceux qui sautent sur l’occasion du manque de précision de la presse à propos de ce terme pour se désolidariser de Redeker et accréditer l’idée d’un complot médiatique visant à stigmatiser les intégristes ne trompent personne. En l’occurence, en employant le mot « fatwa », la presse n’a pas dramatisé mais minimisé. En effet, il est beaucoup moins grave de recevoir une recommandation religieuse qu’une menace de mort !

Caroline Fourest

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