Abus policiers, crise de citoyenneté

C’est arrivé à Rouen. Deux conducteurs, deux étudiants éméchés, butent sur un lampadaire. Leur interpellation tourne à la bavure. Alors qu’ils sont menottés et totalement maîtrisés, des policiers s’acharnent : coups sur la tête, lâcher de chien et même strangulation.

Ce jour-là, alerté par le bruit du crâne cognant sur la carrosserie, un riverain a eu le réflexe de filmer de sa fenêtre. La scène est montrée dans certains journaux. Ceux qui l’ont vue réalisent la violence, physique et symbolique, d’un abus de pouvoir lorsqu’il vient de forces de l’ordre. Et se produit, comme par hasard, sur un étudiant noir et un étudiant arabe. D’autres n’ont pas besoin d’avoir vu ces images pour savoir que ces scènes de violences arrivent trop souvent depuis quelques années, près de chez eux, et tombent toujours sur les mêmes. Ils n’ont pas attendu ces images pour mettre en garde : les violences policières de ces dernières années ont miné ce qu’il restait de confiance et de respect entre les citoyens et leur police : + 30 % de plaintes pour bavures depuis 2002.

Les bavures ont toujours existé. Mais, depuis 2002, la police est plus que jamais sous « haute pression ». On exige d’elle des chiffres en vue d’une exploitation politique. Sa mission, déjà difficile, est devenue infernale. Certains policiers gardent un sang-froid remarquable, malgré le climat de tensions grandissant. Ceux-là incarnent l’honneur de la police et de la République. Ce sont de véritables « gardiens de la paix ».

Mais tous n’ont pas ce sens de la maîtrise et cette exigence. Favorisées par un discours sécuritaire sans discernement ni mesure, les bavures semblent en prime mieux tolérées. A de très rares exceptions, le ministre en charge les a couvertes : « Plus de plaintes pour bavures, cela ne veut pas dire plus de bavures. » A de très rares exceptions près, les médias n’ont guère dénoncé ces atteintes aux droits élémentaires. Cette complicité passive a généré une aigreur explosive.

Lire la suite sur :
http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0,36-897850,0.html

Ce texte a été signé par :
Nora Barsali, Guy Bedos, Diam’s, Caroline Fourest, Joey Starr, Benjamin Stora, Christiane Taubira, Jean-Claude Tchicaya, Lilian Thuram.

LE MONDE du 18 avril 2007

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s