Droit de réponse dans l’affaire Ramadan vs. ULB

23 mars 2007

Dans le cadre de la polémique suite à la décision de l’Université Libre de Bruxelles de ne plus servir de tribune à Tariq Ramadan, Le Soir a publié une série d’articles et de cartes blanches où l’on a pu lire que personne n’avait jamais prouvé son double discours et que moi-même je ne lui reprochais plus « ses liens avec des terroristes ». Des contre-vérités que je retrouve sur internet. Pour que les lecteurs du Soir et les internautes ne soient pas induits en erreur, je tenais à faire ces précisions.


1) Sur le double discours

Mon livre consacré au décryptage du discours de Tariq Ramadan (Frère Tariq), 426 pages et 600 notes de bas de pages, apporte à maintes reprises la preuve de ce double discours. Pour cela, j’ai simplement comparé les centaines d’entretiens publiés dans la presse grand public aux livres et aux cassettes diffusées dans des réseaux plus restreints. Un exemple parmi d’autres, dans ses déclarations publiques, Tariq Ramadan maintient que les musulmans ne doivent pas être dispensés de cours de sport au nom de leur foi, mais dans une cassette sur les « grands péchés » (éditée par Tawhid) il leur interdit de se rendre dans des piscines mixtes : « tu ne peux pas y aller parce que ton regard est posé sur des choses que tu ne dois pas voir ! »

Un autre exemple, dans l’un de ses livres (Les musulmans dans la laïcité), Tariq Ramadan écrit qu’un musulman doit respecter la loi : « Un musulman, résident ou citoyen, doit se considérer sous l’effet d’un contrat à la fois moral et social avec le pays où il séjourne. En d’autres termes, il se doit de respecter les lois ». Mais dans l’une de ses cassettes (Vivre en Occident), diffusée par les librairies islamistes, il précise en qu’il faut respecter la Constitution et la loi à partir du moment où « tout ce qui dans ce pays, d’un point de vue social, culturel et économique et légal, ne s’oppose pas à un principe islamique » puisque, dans ce cas, il « devient islamique ». Dans une autre (« L’identité musulmane : construire notre discours »,) il ajoute que si une société empêche un musulman de « pouvoir vivre notre spiritualité et notre pratique complètement », « apprendre notre religion », « pouvoir transmettre et éduquer nos enfants dans le message » mais surtout « pouvoir agir au nom de notre foi », le contrat est rompu : « S’il y a une société qui m’enlève un de ces quatre points-là, cette société je lui résisterai, je la combattrai. ». 
Tariq Ramadan se présente comme un réformiste, mais il oublie de préciser au grand public qu’il est réformiste salafi (c’est à dire réformiste fondamentaliste), même s’il n’est pas littéraliste. Il trouve injuste qu’on lui reproche sa parenté avec Hassan Al-Banna, le fondateur de l’islam totalitaire, mais il l’enseigne comme un modèle à suivre et comme le plus grand réformiste de l’histoire islamique, dans ses livres comme dans ses cassettes.

 

2) Concernant ses « liens avec les terroristes »

Je n’ai jamais accusé Tariq Ramadan d’être un terroriste mais, dans mon livre, je relate plusieurs enquêtes émanants de services secrets européens (français, espagnols et suisses) lui repprochant ces liens. Moi-même, j’y note sa complaisance avec certains penseurs légitimant le terrorisme. Et je n’ai pas changé d’avis. Je trouve toujours problématique qu’un penseur présenté comme moderniste et ouvert d’esprit enseigne à ses fidèles Youssef al-Qaradhawi comme étant LA référence théologique. Alors que ce « théologien » approuve que l’on batte sa femme, recommande la mise à mort des homosexuels, explique que « le seul dialogue possible avec les Juifs passent par le sabre et le fusil »… Et qui est surtout l’un des rares à avoir délivré une fatwa autorisant les attentats kamikazes (voir le reportage de Malik Aït Aoudia ci-dessous). 


3) Conclusion à propos de la décision de l’ULB

Je suis bien entendu pour la liberté d’expression de Tariq Ramadan, qu’il ait le droit de publier des livres et de donner des conférences auprès de son public, mais je ne crois pas aux vertus pédagogiques d’un débat contradictoire avec quelqu’un qui dit une chose dans certains cadres et enseigne le contraire dans un autre. Comprenez aussi mon amusement quand certains crient à la censure pour permettre à Tariq Ramadan de s’exprimer, alors qu’ils sont opposés à la publication de dessins sur Mahomet et que Ramadan lui même a exigé en 1993 qu’un metteur en scène ne joue pas la pièce de Voltaire sur Mahomet par « délicatesse » (il nie mais les preuves existent, notamment dans la presse Suisse !). La décision du recteur de l’ULB de ne pas l’inviter une quatrième fois, alors que Tariq Ramadan a déjà accès à tous les grands médias, ne relève ni de la censure ni de la « délicatesse » mais de la sagesse. Dans le contexte actuel, je ne vois décidemment pas pourquoi l’ULB devrait faire de nouveau la promotion d’un prédicateur qui considère les musulmans rationalistes, c’est-à-dire libre exaministes, comme des « musulmans sans l’islam ». C’est à dire comme des apostats.

Caroline Fourest

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s