Où en est l' »islam de France » ?

images_2Dans un récent communiqué, le Conseil français du culte musulman (CFCM), censé s’occuper uniquement des questions liées au culte, semble refuser aux partis politiques français le droit de faire sa critique et même de traiter la question de l’islam de France en vue de la présidentielle. Et ce sous prétexte de dénoncer la « tournure politicienne » prise par ce débat. De qui se moque-t-on ?

On comprend que ni le CFCM ni son créateur, Nicolas Sarkozy, n’aient apprécié qu’un homme politique comme Eric Besson (secrétaire national du Parti socialiste) fasse enfin le bilan de ce mariage forcé malheureux entre l’islam traditionnel et l’islam intégriste au sein d’un Conseil ni vraiment élu ni vraiment représentatif, mais plutôt symptomatique du désir d’instrumentaliser l’islam de France à des fins de pragmatisme politique.

Le résultat est là. Ce pari a échoué. Non seulement, l’Union des organisations islamiques de France (UOIF) – qui compte seulement quelques dizaines de milliers de sympathisants – peut se targuer de représenter un tiers de l’islam de France (alors que 73 % des musulmans sont attachés au principe de laïcité et que l’écrasante majorité d’entre eux ne se reconnaît pas dans l’islamisme), mais cette organisation n’a, en échange, rien perdu de sa radicalité. Elle est toujours inféodée à la pensée des Frères musulmans, et toujours sous influence de Hani Ramadan et de Youssef Al-Qaradhawi (le prédicateur d’Al-Jazira ayant récemment désigné Robert Redeker comme un ennemi de l’islam).

De son côté, la Mosquée de Paris se montre modérément tolérante depuis qu’elle doit composer avec ces radicaux au sein du CFCM. Ne portent-ils pas plainte conjointement contre Charlie Hebdo ?

Les 7 et 8 février, au tribunal de grande instance de Paris, Charlie Hebdo sera jugé pour avoir republié deux des dessins danois, mais aussi pour avoir publié un dessin de Cabu selon lequel Mahomet désavoue les intégristes ! Puisque le sous-titre disait « Mahomet débordé par les intégristes » et qu’il s’exclamait : « C’est dur d’être aimé par des cons ! » Ce qui semble prouver que le seul fait de faire parler Mahomet, pour ou contre les intégristes, pose désormais problème à ceux qui voudraient restreindre la liberté d’expression dès lors qu’il s’agit de religion.

« CHARLIE HEBDO »

La Mosquée de Paris, défendue par maître Szpiner, ainsi que l’UOIF portent plainte pour « injures envers un groupe de personnes en raison de leur appartenance religieuse ». La Ligue islamique mondiale (la fondation saoudienne finançant la diffusion du wahhabisme) s’est jointe à eux. S’il devait être négatif, ce jugement pourrait confirmer une jurisprudence visant à confondre la critique libre de la religion et même de l’intégrisme avec une forme d’injure au titre des lois antiracistes. C’est donc un enjeu politique.

Or la présence symbolique de deux hommes politiques de droite et de gauche, François Hollande et François Bayrou, venus soutenir Charlie Hebdo et le droit à continuer de critiquer les religions, a été dénoncée comme de l' »ingérence » par le CFCM. Mais qui, décidément, fait de l’ingérence ? Des politiques qui, pour une fois, prennent des positions claires sur ces questions dites sensibles mais essentielles, ou les membres du CFCM qui portent plainte contre le droit de caricaturer et maintenant voudraient aussi nous interdire de débattre ?

Pourquoi ne les entend-on pas dénoncer avec autant d’émotion l' »ingérence » de Nicolas Sarkozy lorsque ce dernier n’hésite pas à mettre en avant la question de l’islam de France pour mieux réclamer la suppression de l’article 2 de la loi de 1905, afin de permettre à l’Etat de financer directement le culte ? Ce qui revient à tuer la laïcité à la française.

Toutes ces questions – celle de la laïcité mais aussi celle de la liberté d’expression, l’action du CFCM, ou la question de savoir s’il faut ou non financer des lieux de culte – doivent bien évidemment être abordées, sans angélisme ni tabous, en vue de la présidentielle. N’esquivons pas ces sujets sous prétexte qu’ils fâchent. Mais débattons-en sérieusement. En cessant de confondre systématiquement la critique de la religion avec du racisme ou le débat sur la laïcité et la citoyenneté avec un débat sur l’immigration et la sécurité. Au risque d’alimenter un choc des préjugés, sécuritaires contre victimaires, dont ne sortiront vainqueurs que les extrêmes.

Caroline Fourest, essayiste, est enseignante à Sciences Po.
Article paru dans Le Monde du 31 janvier 2007

Une réflexion sur “Où en est l' »islam de France » ?

  1. Bonsoir,
    enseignante en collège, je dois aborder la religion musulmane (en histoire au Moyen Age et en géo en traitant de l’Afrique). Et donc aborder aussi le fanatisme religieux. Il est effectivement tentant, comme vous l’avez plusieurs fois signalé, de « relativiser » ce fanatisme pour ne pas risquer auprès des élèves un amalgame musulman-terroriste. Il est évident que ce n’est pas satisfaisant.
    Mais nos trop rares heures de cours nous laissent perplexe face à ce problème. Qu’en pensez-vous ?
    Merci

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