Ahmed Meguini : Un militant à mater

boutonahmedminiatureLe 17 janvier 2007, pour la sixième fois en quatre ans, Ahmed Meguini, militant journaliste à TOC, Technikart et à Canal +, comparaissait devant un tribunal. Son crime ? Être systématiquement ciblé par des policiers lors de manifestations en raison de ses cheveux noirs bouclés, être accusé de « violences à agent » pour mieux être bouclé.

Rappel des faits
En juillet 2002, il manifeste dans les rues de Strasbourg à l’appel du réseau « No Border » pour soutenir la cause des Sans-papiers lorsque les CRS interviennent à coups de FlashBall. Ahmed est arrêté alors qu’il soigne un blessé. Sa gueule d’ange le rend incroyablement télégénique (il a été chroniqueur dans l’émission Le Grand Journal de Denisot). Mais dans une manifestation, avec son blouson en cuir et son immense chevelure bouclée, son charisme d’agitateur soixante-huitard arabe le désigne visiblement comme antipathique à la gente policière. Arrêté sans raison, Ahmed s’enfuit. Il est rattrapé par une meute qui lui brise le poignet en le menottant à terre. Au premier mouvement, il est bon pour « violences à agent ». 1000 euros d’amendes et 3 mois de prison ferme, dont la moitié passée en isolement pour que ses idées libérales sur la prison « n’influent sur les autres détenus ». Libération et L’Humanité le soutiennent. Mais l’expérience n’en est pas moins traumatisante et son casier plombé. Il prend une ligne de plus à l’occasion d’une opération anti-pub. Alors qu’il arrache des publicités avec d’autres militants, des agents de la RATP lui tombent dessus et lui collent un « outrage et violence envers agents ». Pourtant les témoins sont formels, Ahmed n’a pas été violent.

Deux poids, deux mesures
La suite relève du cercle infernal. En tant que militant mais aussi en tant que journaliste, Ahmed participe à beaucoup de manifestations. Sans problème. Jusqu’aux manifestation anti-CPE. Le 14 mars 2006, il est en reportage pour TOC devant la Sorbonne, qu’un groupe d’étudiants déchaînés cherche à réoccuper. Autour de lui, les meneurs se saisissent du moindre objet pour attaquer le barrage policier. Ahmed, lui, prend des notes et discute avec un photographe de l’agence CAPA. Il ne voit pas arriver la charge. Dans la cohue, plusieurs personnes tombent à terre et sont piétinées, dont Ahmed. Des policiers s’en saisissent pour le mettre à l’écart. A ce moment, Ahmed n’imagine pas une seconde qu’il va être arrêté. « Un policier m’a dit qu’ils nous mettaient là pour nous protéger mais qu’il allait très vite nous relâcher ». Jusqu’au moment où le policier demande à un supérieur qui passe ce qu’il doit faire du groupe. Réponse : « Violence en réunion pour tout le monde ! » Ahmed Meguini se retrouve en garde à vue avec un jeune dénommé Zucca. Ils ont au moins dix ans d’écart et ne se connaissent pas, mais à en croire trois policiers stationnés loin des manifestants et qui n’ont pu les entre-apercevoir que sous une pluie de projectiles, ils feraient partie des meneurs… Leurs versions sont flottantes. L’un des policiers, portant, un nom maghrébin, se plaint d’une jambière dégradée mais dit des prévenus qu’ils ont opposé une « vive résistance sans porter de coups ». Un second se plaint d’une blessure à la cuisse interne à cause d’un pavé mais avoue : « je ne peux pas dire par lequel des deux le pavé m’a été jeté dessus ».

Dans le doute, pour les mêmes faits, le jeune Zucca a été très vite libéré. Pas Ahmed. En tout, il sera condamné à verser 6400 euros aux policiers qui le poursuivent.

Caroline Fourest

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