Tariq Ramadan clément envers le Pape mais pas envers Charlie Hebdo !

Les lecteurs du Point sont habitués à voir Tariq Ramadan interviewé à la moindre occasion. Le journal de Franz-Olivier Giesbert lui ouvre régulièrement ses colonnes. Cette semaine, c’est Elisabeth Lévy qui s’est chargée de l’interroger une fois de plus à propos… du pape. Les réponses de Tariq Ramadan sont pour une fois remarquablement claires et conciliantes : « Rien dans le texte du pape ne me paraît mériter des excuses. Certes, ces incidentes sur l’islam dans son rapport à la raison et à la violence sont désobligeantes. Sur ce point, sa réflexion est superficielle, peu explicite et malhabile. Mais la disproportion de la réaction me paraît très grave ».

Vu l’énormité des propos du pape, c’est extrêmement peu vindicatif. Etonnant ? Sauf si l’on sait que Tariq Ramadan doit son aura et la sauvegarde de sa légitimité intellectuelle en grande partie aux cercles du dialogue islamo-chrétien. En particulier aux universitaires chrétiens (comme ceux de Notre-Dame où il devait enseigner aux USA) qui comptent sur lui pour ouvrir au nom de l’Islam le verrou qui les empêche de renégocier la laïcité à la française… au profit du christianisme.

Ne confondons donc pas cette clémence avec une réelle ouverture d’esprit ou sincérité. Si Tariq Ramadan était franc, il aurait tenu le même discours au Point que dans sa cassette sur le « L’islam et le fondamentalisme religieux »*. Au lieu de soigner son image d’intellectuel musulman tolérant. Dans cette cassette, il vante le recours à la raison des fondamentalistes musulmans comme étant bien plus évolué que le fondamentalisme chrétien. A l’écouter, en islam, il n’existe aucun conflit entre la foi et la raison puisque, je cite, « le Coran nous oblige à la pensée ». Ce qui est une façon de sous-entendre que la Bible non. Le même vous dira qu’il « est normal qu’un musulman lise le Coran en adoration » puisque le Coran est une « source qui vivifie l’intelligence » et non « une source qui l’enferme ». Pour lui « toute la différence est là »*.

Pour des propos autrement moins choquants que ceux du Pape, Charlie Hebdo ne bénéficie pas de la même tolérance de la part du prédicateur. Voici ce qu’il écrit sur son site : « Robert Ménard, de Reporters Sans Frontières m’avait un jour demandé si l’on avait le droit d’être islamophobe. J’avais répondu qu’on avait le droit d’être islamophobe comme on avait le droit, vous me passerez ici l’expression, d’être « con ». Voilà Charlie-Hebdo qui publie à son tour les caricatures dans le but évident de provoquer et de montrer, en grand champion de la liberté absolue d’expression, qu’il ne cède pas devant la menace. La rédaction a ajouté un dessin avec un commentaire où le Prophète s’apitoie en s’exclamant : « C’est dur d’être aimé par des cons ». Quel courage ! Faut-il poursuivre en justice, s’alarmer, crier au scandale ?! C’est manifestement ce que cherchent les responsables de l’hebdomadaire qui a tellement viré à droite sur cette question ces dernières années, qu’en perspective Nicolas Sarkozy apparaît bien ancré à gauche. Convoquer la justice est inutile et vain. Il vaut mieux s’en tenir à la logique implacable de l’algèbre : Etre traités de « cons » par des « cons » est une assurance mathématique d’intelligence. Pas de procès, pas d’interdiction…laissons s’exprimer le tribunal informel de l’intelligence qui est en soi accablant pour Charlie-Hebdo. Notez, soit dit en passant, que leur bêtise méchante est ici tellement abyssale qu’il se pourrait même que ce tribunal convoque à leur secours la clause des « circonstances atténuantes ». Tant de bêtises haineuses tiennent en effet davantage de la psychothérapie que du débat d’idées. Quand l’insignifiance et la stupidité se font arrogance, il vaut mieux passer son chemin. Paix, Salam ».

On reconnaît bien là la malhonnêteté du prédicateur consistant à « omettre » que la phrase de Mahomet à la une de Charlie s’adressait aux intégristes (comme le souligne le sous-titre : « Mahomet débordé par les intégristes) et non aux musulmans. On lui reconnaîtra qu’il n’est pas assez « con » pour se mettre au niveau de l’UOIF et recourir aux tribunaux. Mais attention une fois de plus à ne pas se méprendre : cette attitude n’est en rien guidée par la tolérance mais par le mépris ! Abyssal.

Caroline Fourest

http://www.prochoix.org/cgi/blog/2006/09/30/897
*Cassette de Tariq Ramadan, « L’islam et le fondamentalisme religieux », QA 11, Tawhid.
Pour en savoir plus sur « Frère Tariq » : http://www.prochoix.org/cgi/blog

30 septembre 2006

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s