Articles Tagués ‘Livres’

Enfin une BD sur Marine Le Pen

mars 9, 2012

Toutes les semaines, jusqu’à l’élection, nous mettrons en ligne une bulle extraite de cet album.

La vie secrète de Marine Le Pen… en BD.

février 22, 2012

Le 22 février paraîtra "La Vie secrète de Marine Le Pen". Une adaptation BD du livre de Caroline Fourest et Fiammetta Venner… Scénarisée par Caroline Fourest, croquée et dessinée par Jean-Christophe Chauzy, éditée par les équipes qui avaient déjà croqué Nicolas Sarkozy en BD à la veille de l’élection présidentielle de 2007.

Présentation de l’éditeur

À l’aube d’une élection présidentielle capitale, le cas Marine Le Pen divise : peut-on la considérer comme une candidate comme une autre ? N’est-elle qu’un visage plus jeune des idées de son père ou l’incarnation d’un nouveau nationalisme ? Qui est réellement cette femme qui fascine autant qu’elle révulse ? C’est à ces questions que Caroline Fourest a tenté de répondre en enquêtant sur sa vie : sa famille si singulière, sa jeunesse dans le sérail du FN, sa vie de château, les problèmes qu’ont pu lui causer son nom de famille, ses études d’avocate, son goût pour la fête, ses amitiés étonnantes, les coulisses de la conquête du parti jusqu’au passage de flambeau…

Marine Le Pen, trop souvent perçue à travers l’image figée de commandeur taillée par son parti, n’aura plus aucun secret pour vous après la lecture de cette BD-enquête écrite par la journaliste Caroline Fourest (qui lui a consacré une récente biographie très complète publiée chez Grasset) et impitoyablement croquée par Jean-Christophe Chauzy.

Pour voir la vidéo de Caroline Fourest et Jean-Christophe Chauzy sur l’album. 

Marine Le Pen : le livre enquête

juin 3, 2011

Nous l’avons vue grandir à l’ombre d’un père qui a hanté notre vie politique pendant quarante ans. Elle a pris sa place mais refuse celle du diable. Avec sa blondeur, son sourire parfois dérangeant, la dureté de ses formules, sa voix incomparable, Marine Le Pen, a tout compris à son époque, se joue des médias et prend la lumière. Mais elle demeure une inconnue.

Au sein de l’extrême droite, beaucoup lui reprochent un vocabulaire "politiquement correct", pensé pour faire "du chiffre électroral". A l’extérieur, il a suffi de peu d’efforts — se tenir à l’écart du pire — pour nous apparaître comme fréquentable. L’est-elle vraiment ?

Pour répondre à cette question, il faut entrer dans la vie de Marine Le Pen, percer à jour ses motivations et savoir qui l’entoure vraiment. Décrypter son opération "dédiabolisation". Dévoiler son OPA sur la laïcité. Décortiquer son revirement sur l’économie.

Pendant des mois, Caroline Fourest et Fiammetta Venner ont enquêté, disséqué, écouté. Témoins, anciens du FN, compagnons de route, stratèges de passage ou doctrinaires endurcis. Elles ont interrogé sans fard Marine et Jean-Marie Le Pen. Exhumé des documents, croisé les programmes, surfé sur les sites de toutes tendances et ont rassemblé les images de l’album de famille frontiste. Elles nous racontent les dessous d’un clan unique par son système de cour, ses rêves de grandeur et ses petits arrangements.

Le Front National — que d’anciens militants accusent d’être surtout un "Front familial" — peut-il vraiment donner des leçons ? Son nouveau programme est-il si différent de l’ancien ? Marine Le Pen veut-elle "tuer le père" ? Ou le réhabiliter ? Changer le FN ou le faire gagner ?
Désormais, nous savons.

Un livre de Caroline Fourest & Fiammetta Venner (Grasset) : pour le commander sur Amazon.

Les Livres de Caroline Fourest

octobre 23, 2010

• Marine Le Pen, avec Fiammetta Venner, Grasset, 2011.

• Libres de le dire, avec Taslima Nasreen, Flammarion, 2010.

La dernière Utopie : menaces sur l’universalisme, Grasset, 2009.

• Les nouveaux soldats du pape (Légion du Christ, Opus Dei, Traditionalistes), Panama, 2008. En Poche 2011 sous le titre "Les nouveaux soldats du Vatican".

Le livre noir de la censure (Collectif dirigé par E. Pierrat), Seuil, 2008

• Le choc des préjugés : l’impasse des postures sécuritaires et victimaires, Calmann-Lévy, 2007

• La tentation obscurantiste, Grasset, 2006

Frère Tariq, discours, stratégie et méthode de Tariq Ramadan, Grasset, 2004

• Tirs croisés, La laïcité à l’épreuve des intégrismes juif, chrétien et musulman (avec F. Venner), Calmann – Lévy, 2003

• Foi contre choix, La droite religieuse et le mouvement prolife aux États-Unis, Éd. Golias, 2001.

• Les anti-PaCS ou la dernière croisade homophobe (avec F. Venner), ProChoix, 1999.

• Le guide des sponsors du FN et de ses amis (avec F. Venner), Raymond Castells, 1998.

• Les femmes et l’extrême droite (collectif dirigé par C. Lesselier et F. Venner), Golias, 1997

"Frère Tariq" : nouvelle version en poche !

avril 18, 2010

Frère Tariq sort enfin en poche.

Une nouvelle version, revisitée et actualisée.

Tout sur le double discours de Tariq Ramadan, les raison de son poste à Oxford, les mensonges au sujet de sa thèse,  ses liens avec l’Iran et Press TV, la fameuse préface citée par Nicolas Sarkozy…

Et une longue note sur la durée exacte du trajet Lyon-Genève !

Libres de le dire : des conversations mécréantes !

avril 3, 2010

Conversations mécréantes autour de la religion, l’intégrisme, les femmes et la liberté d’expression.

Elles défendent les droits des femmes, la liberté d’expression, et critiqué sans ménagement l’intégrisme. Taslima Nasreen vit en exil, toujours menacée de mort par les fous de Dieu. Caroline Fourest a subi l’insulte et l’intimidation mais se sent protégée par la laïcité. Elles ne sont pas d’accord sur tout, mais elles s’accordent pour le dire haut et fort: face au fanatisme, la meilleure arme reste de parler librement, sans peur ni tabous.

Les religions sont-elles les ennemies des femmes ? L’islam est-il fondamentalement intégriste ? Peut-on se battre sans être trahie par la gauche ni instrumentalisée par la droite? Le multiculturalisme est-il l’allié objectif de l’intolérance ? Faut-il démocratiser ou séculariser en premier? L’humanisme a-t-il un avenir ?

Avec la liberté de ton qu’on leur connaît et une lucidité tranchante, Taslima Nasreen et Caroline Fourest confrontent leurs vécus et leurs analyses. Des conversations inédites, profondes et passionnantes.

Taslima Nasreen est poète et écrivain. Originaire du Bangladesh, l’auteur de "Lajja", "Enfance au féminin", "Vent en rafales", vit en exil et sous protection policière. Citoyenne d’honneur de la ville de Paris, elle est l’une des figures mondiales de la lutte contre l’intégrisme.

Caroline Fourest est journaliste à Charlie Hebdo, chroniqueuse au Monde et à France Culture, Prix de la laïcité 2005 et du livre politique en 2006, auteur de nombreux ouvrages à succès sur l’intégrisme, dont "Frère Tariq" (Grasset, 2004) et "La Tentation obscurantiste" (Grasset, 2005).

La dernière utopie : un universalisme éclairé

mars 3, 2010

© GILLES DACQUIN

Principalement connue du grand public pour son ouvrage ‘Frère Tariq’ dénonçant le double discours de Tariq Ramadan, Caroline Fourest est une intellectuelle engagée. Professeur à Sciences-Po Paris, journaliste à France Culture et au Monde, fondatrice de la revue féministe, laïque et anti-raciste Pro Choix, la jeune femme fait partie de ces auteurs éclairés pour qui le dialogue est primordial. Rencontre autour de son nouvel ouvrage ‘La Dernière Utopie’ et des problématiques d’intégration, de diversité ou d’identité nationale.

Ses détracteurs aiment à la décrire comme une féministe un peu hystérique s’acharnant contre l’Islam. Quelqu’un d’hermétique aux autres visions du monde. Caroline Fourest est tout le contraire. Muée par un amour de la réflexion et une volonté de défendre un projet ambitieux pour l’humanité, l’essayiste est réellement ouverte au dialogue. Récompensée par le Prix national de la laïcité en 2005, le Prix du livre politique et le prix Jean Zay en 2006, le Prix Aron-Condorcet en 2008, elle n’a d’ailleurs plus vraiment besoin d’en faire la preuve. Dans ‘La Dernière Utopie’, l’auteur revient sur l’universalisme, le multiculturalisme et tente d‘éclaircir les définitions de ces projets de vivre-ensemble aux valeurs fort différentes. Statistiques ethniques, créneaux de piscines non-mixtes, discrimination positive… Caroline Fourest aborde des problématiques houleuses et résolument dans l’air du temps. C’est autour de celles-ci que nous avons choisi de la rencontrer.

Votre ouvrage défend le modèle d’intégration républicain à la française. Pensez-vous que le débat sur l’identité nationale puisse en partie s’expliquer par une crise de ce modèle ?

Les questions qui agitent le Canada ou la Belgique sont les mêmes que chez nous et on ne parle pas du tout d’identité nationale. Lorsque l’Etat pose le débat ainsi, il fait plutôt volontairement une erreur de diagnostic colossale. Il emploie des termes qui orientent le débat vers le mur et fait tout pour qu’on se pose les mauvaises questions. Le problème n’est pas de savoir qu’est-ce qu’être Français. On le sait : on a sa carte d’identité nationale, on est Français, on ne l’a pas, on ne l’est pas. Pour le reste, les historiens trancheront, a posteriori, sur ce qu’ont été les valeurs d’une époque par rapport à une autre.

Ce débat semble finalement assez symptomatique des problématiques que vous décrivez dans ‘La dernière utopie’. Qu’en avez-vous pensé ?

La grande confusion de nos responsables politiques est ce qui me paraît le plus navrant dans la tournure qu’a pris le débat sur l’identité nationale. J’avais d’ailleurs commencé à écrire cet essai bien avant ce débat parce que je pressentais toute cette confusion. Certains politiques, Nicolas Sarkozy au premier chef, n’arrivent toujours pas à faire la différence entre l’origine, la religion et l’orientation politique de nos concitoyens. Ils pensent qu’arabe = musulman et que musulman = intégriste. Le fait d’écraser les nuances est malheureusement assez logique pour les politiques car ils ont peu de temps pour formuler leurs idées et réfléchir à ces sujets. Le rôle des intellectuels est justement de repréciser les choses et réorienter le débat.

En quels termes aurait-il fallu poser ce débat ?

Je ne fais pas partie de cette gauche qui pense qu’on doit déserter ces questions. Je ne laisserai pas ces enjeux symboliques à la droite et à l’extrême droite. Il y a un moyen à la fois antiraciste et laïque de les poser. La vraie question est : comment fait-on pour renouer un pacte entre le particulier et l’universel ? Comment faire face à des demandes de plus en plus particularistes au nom du religieux sans devenir intolérant ni faire sombrer l’idéal universaliste ?

La thèse principale de votre essai est justement que la bonne formule d’ « intégration » réside dans cet équilibre entre respect du particulier et de l’universel. Articuler ces deux éléments apparaît complexe. Existe-t-il des moyens concrets de déterminer où se situe l’équilibre ?

Il n’y a pas de recette magique, mais il existe quelques règles pour ne pas trop se tromper. Face à une demande particulariste portée au nom d’une religion minoritaire, la première est de se demander comment on réagirait si cette requête émanait du catholicisme ou de sa propre religion. Cela permet de regarder l’autre comme un égal et non pas comme un être fondamentalement différent. C’est la meilleure recette pour éviter de sombrer dans l’exotisme, qui n’est jamais que la face polie du racisme. L’autre règle est de bien tenir compte du contexte, de s’interroger sur les intentions du groupe dont émane la demande et sur l’effet qu’aurait une réponse positive à celle-ci.

Dans votre ouvrage, vous insistez notamment sur l’importance de refuser des créneaux non mixtes à la piscine ? Accepter cette requête semble pourtant peu désorganisateur pour la société.

Il s’agit d’un tout. Ce n’est pas la non-mixité en elle-même qui pose problème. Au début du mouvement de libération des femmes, des groupes de parole non mixtes, entre femmes, ont été créés pour parler du viol. La non-mixité visait ici l’égalité homme-femme et s’avérait donc émancipatrice. Lorsque des groupes religieux s’organisent pour obtenir des créneaux de piscine non-mixtes au nom d’une certaine vision de la pudeur, ça vise l’inégalité et la ségrégation sexuelle. Ce n’est pas du tout la même chose. En outre, si on cède à cette demande et que des femmes musulmanes continuent de se rendre à la piscine pendant les horaires mixtes, elles risquent d’être perçues comme des putes et des traitres. Cela augmente la pression communautaire et religieuse sur leurs épaules. Dans ce contexte, je pense que l’intérêt de la république est plutôt de faire baisser cette pression, de favoriser la mixité et l’émancipation. La loi sur les signes religieux à l’école publique est née de cette même logique. Entre des femmes qui veulent à tout prix porter le voile et peuvent toujours aller étudier dans le privé ou par correspondance, et des femmes qui, si le voile est toléré au sein de l’école publique vont devoir le mettre alors qu’elles ne veulent pas, la République choisit d’aider les secondes.

Au fil de votre essai, vous analysez les modèles d’intégration de différents pays. Que pensez-vous de l’approche du gouvernement Sarkozy ?

La diversité devient une forme de fétichisme politique qui sert à masquer qu’on est en train d’abandonner les politiques en faveur de l’égalité des chances ou de lutte contre les inégalités économiques et sociales, pour les remplacer par des politiques cosmétiques beaucoup moins coûteuses visant à faire entrer certains profils variés par quotas dans les grandes écoles. Cela me pose un problème. En outre, cela réhabilite le différentialisme. On essaie d’expliquer aux gens qui ont des préjugés que ce n’est pas parce qu’on a une religion ou une origine différente, que ca fait des nous des êtres humains fondamentalement différent, mais cette utilisation abusive de la diversité transmet le message inverse.

Vous êtes donc défavorable au quota de 30% dans les grandes écoles ?

Je me félicite qu’on est réussi à sauver les critères sociaux et boursiers : Nicolas Sarkozy voulait des critères ethniques. Il souhaitait « lever l’hypocrisie ». Les critères sociaux englobent souvent des enfants d’immigrés, mais dans une perspective universaliste. Par contre, 30% me paraît un quota très élevé. Je ne pense pas qu’on puisse aussi arbitrairement et théoriquement fixer une barre, surtout si elle doit être contraignante. C’est le même problème avec les femmes dans les conseils d’administration. Je comprends complètement ceux qui se disent qu’on a tout essayé et qu’on n’a plus d’autre choix. J’espère simplement qu’on parle de quotas provisoires – ils devraient d’ailleurs avoir une date de péremption. Je ne suis pas opposée à du pragmatisme mais je suis vigilante quant au discours essentialiste qui peut l’accompagner. Il ne faudrait pas que cela réactive des clichés sur le féminin. Il faut assumer ces mesures comme bancales, temporaires et uniquement destinées à mettre un grand coup de pied dans la fourmilière. Contraindre le mouvement par le haut me semble toujours une moins bonne solution que l’encourager par le bas.

Concrètement, comment encourager un mouvement par le bas et ainsi s’inscrire dans une approche plus universaliste, comme vous le prônez dans ‘La Dernière Utopie’?

Je pense qu’il faut entrainer ces mouvements par le débat, l’esprit critique, la dénonciation publique. Aujourd’hui, les journaux publient des schémas montrant concrètement le nombre de femmes dans les conseils d’administration des grandes entreprises. Ca me paraît très positif. S’ils le font chaque année, avec un classement comparant les progrès, d’eux mêmes, les dirigeants vont s’ouvrir à des profils différents. Cela évitera aux femmes qui entrent dans ces conseils d’être accusées d’être là par un effet mécanique de contrainte et de quota. En outre, le consommateur est aussi un citoyen. Lorsqu’il achète, il ne doit pas seulement s’interroger sur les qualités intrinsèques du produit, mais aussi se demander s’il a été fabriqué par des enfants, s’il respecte l’environnement ou si des femmes participent au conseil d’administration de l’entreprise constructrice. Je préfère ce mode d’entrainement. Il met un peu plus de temps, mais enracine le mouvement de façon plus solide.
Les quotas sexuels vous paraissent moins problématiques que ceux liés à l’origine ethnique ?

La différenciation homme-femme est extrêmement balisée : on n’invente pas des catégories pour la faire. Les quotas ethniques, eux, obligent à reconstruire des identités et inventer des catégories complètement abstraites. Enfermer quelqu’un dans cette reconstruction me pose encore plus de problèmes que dans le cas de la catégorisation sexuelle, même si, in fine, je rêve d’un monde où on arrête de mettre les gens dans des catégories. Des anthropologues ont montré qu’il y a tout un continium entre le plus masculin et le plus féminin en matière de squelette et d’ADN. Idem pour le dosage hormonal, on l’a vu avec l’affaire de l’athlète Sud-africaine. Différencier le masculin du féminin est beaucoup plus compliqué que semble le penser certains. On en est encore au Moyen-Age sur ces sujets, j’espère qu’on aura un jour plus d’ouverture d’esprit.

Propos recueillis par Aurélie Louchart

Vraies préfaces et petit tour de passe-passe

novembre 17, 2009

Comme seule défense, Tariq Ramadan martèle que mon livre (424 pages et 600 notes) contient 200 erreurs… qu’il n’a bien sûr pas « le temps de détailler ». C’est bien entendu faux. En réalité, il en contient trois. Que Tariq Ramadan et ses fidèles exploitent jusqu’à la corde pour ne pas avoir à répondre sur le fond. C’est de bonne guerre mais tout de même, quel livre peut se vanter de n’avoir commis que trois erreurs factuelles sur 424 pages ? Combien de pages aurait fait mon livre si je m’étais moi-même arrêtée sur de tels détails… Si j’avais comptabilisé le nombre d’erreurs factuelles, y compris sur des faits concernant sa propre famille, contenues dans les livres de Tariq Ramadan ? Mais puisque que j’ai la chance d’avoir des lecteurs aussi exigents, mea culpa pour ces trois erreurs :

1) Une erreur gravissime… Lyon est à deux heures de train de Genève et non une heure. Cela change tout en effet.

2) Un contresens historique sur le Pacte de Bagdad, qui ne change évidemment rien au propos du livre.

3) Et enfin… Une erreur sur la préface citée par Sarkozy lors de l’émission 100’ pour convaincre. En effet, dans mon DVD sur l’émission, je n’ai que la partie sur le moratoire, que j’ai regardée plusieurs fois pour la décrypter. Je me suis appuyée sur les articles de presse relevant que Tariq Ramadan avait été destabilisé par l’allusion à une préface d’un livre de femme. Or il se trouve que Tariq Ramadan a préfacé deux livres de femmes.

Le premier, celui auquel faisait allusion Sarkozy est signé Asma Lamrabet : Musulmane tout simplement. Il invite les femmes musulmanes à trouver le chemin d’un « féminisme islamique » plutôt compréhensif envers l’invitation coranique permettant à un homme de corriger sa femme [1]. Mais ce n’est pas pour moi le plus grave des deux… Car Tariq Ramadan a aussi préfacé un second livre écrit par une femme : les mémoires de Zaynab al-Ghazali, dont l’évocation l’aurait beaucoup plus destabilisé (d’où mon erreur).

Intitulé Des jours de ma vie, ce livre est un brûlot écrit par l’un des militantes des Frères musulmans (dans la branche féminine : celle des Sœurs musulmanes). Elle raconte comment elle a mis son organisation féminine au service de Hassan al-Banna et de son programme totalitaire sans le dire à ses membres, en tenant un double discours : allégeance au guide de la confrérie à l’intérieur, tout en prétendant être autonome à l’extérieur.

Alors que l’entourage de Nasser multiplie les mains tendues envers cette responsable associative prônant l’islamisation des femmes et servant d’agent aux Frères, elle refuse par exemple de participer à un rassemblement organisé par l’Union socialiste en faveur de Nasser, non pas par souci d’indépendance mais par « pudeur » : « J’ai dit : les membres du Conseil d’administration des Femmes musulmanes et ceux de l’Assemblée générale vivent conformément au rite musulman et ne peuvent de ce fait prendre part à ce genre d’activités où il y a plein de monde et où les gens des deux sexes se mêlent les uns aux autres en toute liberté et sans pudeur. »[2]

Elle est arrêtée pour « complot » comme de nombreux islamistes égyptiens de l’époque. Malgré les supplices et la torture, elle nie que les Frères souhaitent renverser Nasser… Mais reconnait devant ses geôliers vouloir instaurer une dictature islamique : « Les Frères musulmans n’ont pas pour objectif d’assassiner Nasser, ni personne d’autre (…) Notre objectif à nous est beaucoup plus important et plus noble. Notre objectif, c’est la manifestation de la vérité pure, la vérité suprême, l’unicité de Dieu sur terre, le monothéisme, l’adoration de Dieu, l’unique, le respect et l’application des commandements du Coran et de la Sunna. Notre cause, c’est celle de gouverner au nom de Dieu et selon ses commandements. Le jour où cela se réalisera, leurs structures s’effondreront et leurs légendes se volatiliseront. Notre objectif est de réformer, d’améliorer, de rechercher la perfection et non pas de détruire, de dévaster ou de faire de l’agitation. [3] »

Toujours dans ce livre préfacé par Tariq Ramadan, Zaynab al-Ghazali raconte son admiration pour l’un des leaders des frères musulmans emprisonnés à la même époque : Sayyed Qotb, l’homme qui a théorisé le droit de tuer les « tyrans apostats » au nom du jihad… Dont Ben Laden dit s’inspirer. Zaynab al-Ghazali raconte comment l’auteur de Signes de piste lui a donné son manuscrit à lire avant qu’elle n’entre en prison, où elle a passé une partie de sa détention avec deux sœurs de Qotb. Même plusieurs décennies plus tard, au moment où elle écrit ses mémoires, elle n’émet pas l’ombre d’une critique envers le théoricien servant de référence aux islamistes qui tuent au nom de l’islam. Au contraire, elle loue d’un bout à l’autre du livre son courage et sa profondeur.

Le fait que Tariq Ramadan ait préfacé cet ouvrage n’a donc rien d’un geste anodin. Il ne s’associe pas au discours de Qotb, dont il juge la pensée trop « réactive » et trop « crispée », mais présente Zaynab al-Ghazali — son fanatisme, sa « pudeur » et son double discours — comme « un modèle pour toutes les femmes musulmanes »[4].

Or c’est bien la question de fond posée par mon livre. C’est aussi celle qu’il voulait esquiver en s’attardant sur un détail sans importance. Le fait que Sarkozy ait fait plutôt référence à la première préface qu’à la seconde ne change rien au fait que Tariq Ramadan ait préfacé ces deux livres ! Le fait qu’il exploite un détail aussi grotesque en dit long sur sa peur de se voir poser les « bonnes questions » : sur l’Iran, le FIS et le GIA, les Frères musulmans…. Hier soir, enfin, elles ont été posées. Hier soir enfin, il a admis en public qu’il ne se contentait pas d’être son petit-fils mais qu’il enseignait Hassan al-Banna comme un "réformiste" modèle. Ce qui fait de lui l’un plus ambassadeurs de la pensée et la méthode des Frères musulmans (ce qui est confirmé par l’ancien Guide de la confrérie, cité dans mon livre). Il était temps que cette vérité, connue de tous les journalistes sérieux enquêtant sur l’Islam politique, soit aussi connue du grand public.

Caroline Fourest

Pour en savoir plus sur les Frères musulmans :

http://www.dailymotion.com/video/x9lirq_le-piege-des-freres-musulmans_news


[1] Paru aux éditions Tawhid, 2002.

 

[2] Zaynab al-Ghazali, Des jours de ma vie, op. cit., p. 33.

[3] Zaynab al-Ghazali, op. cit., p. 117.

[4] Préface de Tariq Ramadan, in Zaynab al-Ghazali, op. cit., p. 11.

L’introduction de "Frère Tariq" (2004)

novembre 16, 2009

ft" J’aurais vraiment aimé que Tariq Ramadan tienne ses promesses : celles d’un islam fier et vivant mais éclairé et moderne. Je comprends que certains jeunes issus de l’immigration maghrébine puissent voir en lui un modèle voire un héros, surtout depuis qu’il sent le soufre, surtout depuis qu’il peut se poser en martyr, des médias, des « intellectuels juifs », des « islamophobes ».

Lui consacrer un livre revient-il à le diaboliser et donc à lui offrir une tribune de plus ? Nous avons déjà eu ce débat, au sujet d’un autre démagogue, lui aussi candidat au martyre pour mieux capter les voix de ceux qui se sentent exclus et menacés… Par les médias, par les Juifs, par les immigrés. Des années de pédagogie antiraciste et antifasciste ne l’ont pas empêché d’être au second tour d’une élection présidentielle française, mais peut-on être sûr de ce qui serait arrivé sans cette mobilisation-là ?

Face aux démagogues, les démocrates n’ont qu’une seule arme : la pédagogie. Elle est souvent très difficile à mettre en œuvre sur un plateau de télévision, où le temps presse et oblige à synthétiser, quitte à laisser les démagogues s’en sortir par une pirouette, une esquive, un mensonge vite oublié. La meilleure des émissions peut alerter, semer le doute, éveiller, mais ce n’est qu’une étincelle, un cliché. Or Tariq Ramadan fait partie de ces personnages qui supportent formidablement bien l’instantané. En quelques secondes, il peut renvoyer dans les cordes un contradicteur le soupçonnant de « double discours ». Ce procès revient maintenant depuis plus de dix ans, sans jamais lui nuire tout à fait. Une interrogation obsède de façon irrésolue : s’agit-il d’un intellectuel prônant un islam libéral et moderne ou d’un prédicateur islamiste simplement poli et habile ?

La réponse à cette question divise. En Europe, aux Etats-Unis, au Maghreb, partout où il passe, ses interventions publiques et sa notoriété croissante donnent lieu à des débats sans fin entre partisans de la « thèse de la sincérité » et partisans de la « thèse de la duplicité ». Les premiers sont souvent agacés de voir les médias rappeler systématiquement sa parenté avec Hassan al-Banna, le fondateur des Frères musulmans. Comme si cela prouvait quoi que ce soit. Sommes-nous responsables de nos grands-parents ? Ils ne comprennent pas l’acharnement de ses détracteurs, qu’ils attribuent au mieux à de l’incompréhension pour son message, au pire à de l’« islamophobie », même si ces détracteurs sont eux-mêmes souvent musulmans et presque toujours arabes.

Ces sceptiques de bonne foi ont lu d’autres articles, plus élogieux, parlant de Tariq Ramadan comme d’un formidable espoir de voir l’islam se « moderniser », une expression que n’emploie jamais Tariq Ramadan mais que certains journalistes lui ont accolée. A bout de curiosité, ceux-ci ont décidé de se faire leur idée par eux-mêmes en se rendant à l’une de ses conférences grand public, organisées par une association de gauche comme la Ligue de l’enseignement, la Ligue des droits de l’homme, le Forum social européen ou l’UNESCO. Ce jour-là, ils n’ont rien entendu de choquant, au contraire, plutôt un discours de « réformateur » se disant adepte de la laïcité, même s’il souhaite clairement la faire évoluer. Les plus téméraires ont achevé de s’en convaincre par la lecture rapide d’un de ses livres, souvent trop ennuyeux pour être déchiffré. Certains sont même allés jusqu’à pousser la porte d’une librairie islamiste pour acheter une cassette, qu’ils ont le plus souvent fini par laisser dans son emballage plastique. D’autres ont fait l’effort de l’écouter. Assez pour entendre mais pas pour comprendre. Ceux-là sont restés persuadés que le procès en « double discours » qu’on lui intente est injustifié.

Ne parle-t-il pas constamment de réforme, d’éducation, d’appel au dialogue ? N’est-il pas sévère envers le traditionalisme de certains musulmans ? Ne convie-t-il pas les musulmans à utiliser une « terminologie claire » ? Ici et là, certaines expressions les mettent bien mal à l’aise, leur laissent un doute, l’impression de ne pas tout avoir compris, mais rien qui ne ressemble de près ou de loin à du Hassan al-Banna ou à un discours des Frères musulmans. Problème, ceux-là n’ont jamais lu Hassan al-Banna… Au risque d’incarner le public rêvé pour Tariq Ramadan, remarquablement doué pour tenir un discours inodore, propre à déjouer toutes les vigilances. Sauf si l’on prend enfin le temps de reconstituer le puzzle, celui de ses discours mais aussi de son parcours, son impact, ses allusions, ses références. Sauf si l’on sort de l’instantané pour voir ce qui se cache derrière…

La nécessité d’une telle démarche m’est apparue à la sortie du plateau de Campus, l’émission littéraire animée par Guillaume Durand, où je venais présenter Tirs croisés, un livre coécrit avec Fiammetta Venner sur la laïcité à l’épreuve des intégrismes juif, chrétien et musulman. Au terme d’une longue enquête comparative, nous étions convaincues que le fameux « choc des civilisations » servait avant tout à masquer la convergence d’intérêts existant entre les intégristes des trois religions du Livre, en pleine reconquête politique depuis la fin des années 70. Nous avions aussi identifié quels facteurs expliquaient précisément le surcroît de dangerosité de l’intégrisme musulman : non pas la nature de l’islam mais bien le fait que l’islamisme – en tant qu’idéologie politique – puisse séduire plus largement que les deux autres, immédiatement repérés comme réactionnaires, grâce à un positionnement anti-impérialiste, tiers-mondiste, antisioniste et surtout grâce à la peur d’apparaître comme « islamophobe » paralysant ceux qui d’ordinaire font justement barrage à l’intégrisme. Autant d’atouts auxquels Tariq Ramadan n’est pas étranger, d’où ma présence face à lui sur le plateau de Campus. L’émission s’est plutôt bien passée. Laurent Neuman de Marianne a eu la gentillesse d’écrire que j’avais « pulvérisé calmement » Ramadan, textes à l’appui. En réalité, il y avait encore beaucoup à dire sur le personnage, beaucoup trop de choses impossibles à résumer en quelques minutes pour démasquer les contrevérités et la langue de bois du principal intéressé. Ce sera donc un livre.

Ce livre, je le dédie à tous ceux que Tariq Ramadan touche ou trouble mais qui sont encore capables d’écouter ceux qui souhaitent sincèrement les mettre en garde contre l’idéologie stérile que masque son habileté rhétorique. Pour cela, j’ai suivi le conseil que Ramadan lui-même prodigue à ses fidèles mais que je me suis toujours appliqué sans avoir besoin d’en faire une religion : ne jamais caricaturer un ennemi mais connaître parfaitement son discours et son action pour mieux le combattre et l’affronter dignement. J’avais déjà lu plusieurs de ses ouvrages au moment où j’achevais l’écriture de Tirs croisés aux côtés de Fiammetta Venner. Mais nous avions encore un doute : non pas sur le fait que Ramadan tenait un discours ambigu, propre à tromper ses interlocuteurs non avertis sur ses véritables intentions, mais sur le fait qu’il était peut-être en évolution et qu’il pouvait peut-être changer. Par acquit de conscience, nous avions décidé de ne pas fermer la porte à cette possibilité. Les lecteurs de Tirs croisés, paru en octobre 2003, pouvaient donc lire que nous refusions d’« enfermer ce théoricien dans une étiquette qui ne conviendrait sans doute pas à la complexité de son message ». Nous avons même évité d’employer l’expression « double langage » pour parler plutôt d’« une vision religieuse parfaitement cohérente, bien que trompeuse sur ses intentions politiques ». Car déjà, nous étions au moins sûres d’une chose : Tariq Ramadan n’avait rien d’un musulman moderniste ou rationaliste, bien que certains observateurs s’acharnent à voir en lui un formidable espoir pour moderniser l’islam. Cette impression n’a fait que s’accroître dans les semaines qui ont suivi la parution du livre, en plein débat sur la laïcité, nous laissant un goût d’inachevé. D’où, peut-être, le sentiment d’une certaine responsabilité.

J’ai toutefois hésité avant de m’engager dans une telle entreprise, moins par peur d’éventuelles représailles que par hantise de ce qu’un tel décorticage pourrait exiger : des mois passés à ne rien vouloir omettre ou exagérer, où l’on s’oblige à douter en permanence pour ne pas se laisser piéger par ses premières impressions. L’exercice est particulièrement épuisant lorsqu’il s’agit de suivre à la trace un rhéteur aussi habile et prolixe que Tariq Ramadan : une centaine de cassettes, une quinzaine de livres, 1 500 pages d’interviews et d’articles parus à son sujet dans la presse anglaise, française, allemande ou espagnole. Sans compter l’historiographie consacrée aux Frères musulmans, à Hassan al-Banna, les opuscules de la famille Ramadan, ainsi que d’innombrables compléments d’enquêtes et autant d’interviews nécessaires pour pouvoir décoder. Car si comparer le discours de Tariq Ramadan dans ses cassettes à celui qu’il tient devant des journalistes est en soi très instructif, cela ne suffit pas. Le discours ramadien est bien trop élaboré pour pouvoir être décrypté sans être mis en perspective, grâce à une étude de son contexte, de ses références – souvent allusives. Une fois ce travail fait, il faut encore mesurer l’impact que produit ce discours sur ses fidèles pour que tout s’éclaire. On comprend que beaucoup se soient perdus ou aient renoncé en chemin… Je suis heureuse de ne pas l’avoir fait. A croire que même les non-mystiques peuvent parfois se sentir investis d’une mission, j’ai accompli celle-ci avec la désagréable sensation qu’elle était urgente et nécessaire."

Caroline Fourest (Extrait de Frère Tariq, Grasset 2004)

Pour écouter la cassette sur les "Grands péchés" de Tariq Ramadan :

http://www.prochoix.org/cgi/blog/index.php/2008/06/21/2038-cassette-de-tariq-ramadan-les-grands-pechesk7a-peches

La Dernière Utopie

novembre 11, 2009

derutiopie3Le 12 novembre paraîtra chez Grasset La dernière utopie, un livre auquel je travaille depuis de nombreuses années et que je vous invite à découvrir.

Présentation de l’éditeur :

Caroline Fourest s’est fait une spécialité de clarifier et de mettre en lumière les grands débats comme les aime notre époque, mouvante et inquiète. Depuis bientôt quatre ans, elle travaille sur une question majeure : l’agonie de l’universalisme – notre dernière utopie. Cette belle ambition, gravée dans le marbre de la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948, est battue en brèche. Pourtant, il n’existe pas de meilleur remède à la crise que connaît le multiculturalisme depuis le 11 septembre 2001, à force de tout tolérer au nom de la culture et du religieux.

Cet enjeu dépasse largement l’aspect rhétorique. Il est au cœur de débats qui agitent quotidiennement le monde. Les Nations-Unies, le Canada, les Etats-Unis, l’Afrique du Sud, l’Australie, l’Inde, la Belgique, les Pays-Bas, la France… Dans tous les pays où le respect des minorités et le culte de la diversité progresse, on se déchire pour savoir comment concilier droit à la différence et respect des valeurs communes. Peut-on tout tolérer – l’excision ou l’infanticide – au nom des coutumes ? Faire passer le respect du voile avant l’égalité hommes-femmes ? Accepter des menus séparés dans les cantines ? Des créneaux non-mixtes dans les piscines ? Retirer les sapins de Noël des places publiques ? Reconnaître des arbitrages basés sur la charia ? Interdire le voile dans la rue au nom de l’identité nationale ?

Dans ce livre puissant, Caroline Fourest explique le ” modèle français “, admiré et controversé, le malentendu avec le monde ” anglo-saxon “. Elle revient sur la Révolution française, la Constitution américaine, raconte le débat canadien sur les ”accommodements raisonnables “. Elle rend clair, enfin, les termes qui nous font perdre la tête : communautaire, communautarisme, multiculturalisme, essentialisme, racisme, islamophobie, musulmanophobie… Et nous livre, à trente ans, le bréviaire courageux sur lequel rebâtir l’envie de faire société.

Caroline Fourest répond à Tariq Ramadan

octobre 3, 2009

Le 26 Septembre 2009, Tariq Ramadan est invité dans l’émission de Laurent Ruquier, "On est pas couché!". Il attaque Caroline Fourest, journaliste-essayiste, en l’accusant d’être contre l’Islam et "malhonnête" intellectuellement. L’émission de Laurent Ruquier n’a pas donné la parole à Caroline Fourest pour qu’elle puisse répondre. Jonathan Halimi et Florent Rodo l’ont rencontré afin de lui donner ce droit de réponse sur le web.

Pour en savoir + sur son double discours : http://carolinefourest.wordpress.com/2009/08/29/tariq-ramadan-et-son-double/

Réaction et décryptage à l’émission de Ruquier : http://carolinefourest.wordpress.com/2009/09/29/le-dernier-show-de-tariq-ramadan-chez-ruquier/

Pour écouter un extrait de cassette de Tariq Ramadan: http://www.dailymotion.com/user/prochoix/video/xandxh_le-double-discours-de-tariq-ramadan_news

Ma Semaine sainte

septembre 15, 2008

Retour sur une semaine de débats parfois irrationnels ayant accompagné la venue du pape en France.

Défendre un livre d’enquête critique sur l’évolution rétrograde du Vatican et les choix du pape, alors que le président de la République lui-même a décidé de faire de la venue de Benoît XVI un moment de communion nationale sur un mode révérencieux, vous expose inévitablement au reproche de « casser l’ambiance ». Plus le pape approche, plus le gouvernement invite le pays a s’enivrer de foi et de vin de messe, plus les plateaux radios et télés se garnissent de cléricaux et de journalistes ouvertement papistes, et plus le débat public vole bas.

Avant son arrivée, ils minimisent le caractère conservateur de Benoît XVI. Pendant la visite, c’est carrément le garde-à-vous général. D’autant qu’au lieu de faire marcher leur esprit critique, sept cent intellectuels sont convoqués aux Bernardins pour écouter Benoît XVI, dans un silence religieux. Visiblement impressionnés par le decorum et la mise en scène, ravis aussi d’avoir vu voir la « star » de près, aucun n’ose faire remarquer que, sous couvert d’une conférence, ils ont enduré un véritable sermon — dont l’objectif fût de conclure devant eux que la recherche de la foi fondait la culture chrétienne et que le positivisme sans la foi menait inévitablement à la destruction de la culture.
Triste spectacle d’une France intellectuelle au pas, à l’exception de quelques irréductibles, immédiatement traités d’esprits fermés, voire d’« intégristes de la laïcité ».

Sur Arte, un journaliste demande à Amélie Nothomb ce qu’elle pense de Benoît XVI. La réponse est cruelle : « je n’aurais jamais imaginé pouvoir regretter le précédent pape ! ». A la fin de l’enregistrement, un membre de cette émission culturelle vient la prévenir : cette phrase ne sera sûrement pas diffusée. Miracle, le blasphème est finalement passé. Mais la mise en garde en dit long sur le climat révérencieux qui règne dans certaines rédactions.

A la fin de la visite papale, galvanisés par trois jours de sermons et d’homélie, mais surtout par le mot d’ordre de « laïcité positive », les porte-voix du catholicisme se lâchent comme jamais. Sans même faire l’effort de déguiser leur foi en raison.

Les journalistes de La Croix et de La Vie, jadis capables de critiques envers Ratzinger, jouent les cerbères contre tout journaliste osant émettre un bémol au sujet de Benoît XVI. Dans Le Figaro, on célèbre sans retenue la « révélation Benoît XVI ». Etienne de Montety décide à lui seul qu’aucune parole critique n’est plus légitime : « On sourit en relisant les commentaires alarmistes qui accueillirent Benoît XVI la semaine dernière ». François Simon enfonce le clou dans Ouest France, le quotidien régional le plus catholique de France : « La France attendait un pape sévère comme un Père fouettard, elle a reçu un pape souriant et exigeant ».

Le registre de vocabulaire est intéressant. Parmi les « arguments » entendus, le pape ne serait pas « réactionnaire »… parce qu’il a « souri », qu’il a les « yeux clairs », qu’il a « une voix douce ». Sur LCI, face à Fiammetta Venner, un sociologue des religions a même nié toute tentation conservatrice en rappelant que Benoît XVI avait écrit une encyclique intitulée « Dieu est amour ». Ainsi tant que le nouveau pape ne tire pas sur la foule et ne publie pas une encyclique « Dieu = haine », il semble déraisonnable de penser qu’il est conservateur. Sur la Chaîne parlementaire, toujours face à Fiammetta Venner, un catholique fervent insiste : il connaît un jeune trisomique qui le trouve « beau ». C’est donc confirmé, la foi est encore plus aveugle que l’amour.

Toujours pour accréditer l’idée d’une « révélation », les commentateurs et les journalistes croyants n’hésitent grossir le « succès populaire » de Benoît XVI en additionnant les personnes venues le voir à Paris (260 000) et à Lourdes (120 000), alors qu’il s’agit souvent des mêmes, parfois de visiteurs étrangers. Au final, Benoît XVI a fait déplacer moins de monde que Jean-Paul II, et même moins de monde que la Lesbian and Gay pride, laquelle a pourtant lieu chaque année ! Avec plus de chars, mais moins de personnes déguisées.

Caroline Fourest


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