Dès le 8 janvier prochain, je suis très heureuse de vous annoncer que je reviens sur France Culture. Dans les "Matins de France culture", tous les mardis à 7h17 pour "Le Monde selon Caroline Fourest".
Je reste comme débatteuse sur France inter dans l’émission de Jean-Marie Colombani, Questions critiques, tous les vendredi à 18h25. Et vous retrouverez "Ils changent le monde" tous les jours cet été.
La 17 ème chambre de Paris vient de rendre un jugement stupéfiant et dangereux dans l’affaire qui nous oppose à Marine Le Pen, suite au livre que nous lui avons consacré.
Globalement, la montagne a accouché d’une souris. Aucun rectificatif n’est demandé. Les faits sont reconnus, cités dans leur contexte, l’enquête est sérieuse et utile… Surtout concernant une candidate à l’élection présidentielle.
Sur les 125 000 euros réclamés, la Cour ne concède que 800 euros d’amende par auteure (qui s’ajoutent aux frais d’avocats) et à payer conjointement 7900 euros .
Nous avons gagné sur 80 % des points soulevés. C’est à dire sur l’essentiel : les conditions du naufrage du grand-père, la légèreté fiscale de cette famille, le peu d’entrain à remplir des papiers pensés pour lutter contre le conflit d’intérêt à Bruxelles, les propos très durs de Jean-Claude Martinez et d’autres anciens membres du FN sur sa gestion népotique et peu conforme aux leçons qu’il donne au reste de la classe politique…
Mais nous sommes tout de même condamnées, symboliquement, sur deux points stupéfiants.
1) Pour avoir rapporté les propos tenus par Pierrette Le Pen dans la presse contre Jean-Marie Le Pen, son racisme et son antisémitisme, au moment du divorce !
2) Pour avoir souligné les liens entre la famille Le Pen — à la tête du parti le plus moraliste de France — avec Henri Botey… L’empereur de Pigalle, récemment arrêté ! Un lien que Marine Le Pen ne nie pas mais que le Fn minimise et sur lequel il n’est toléré visiblement aucun commentaire.
Ces 20% du jugement nous troublent.
Nous nous demandons comment faire, à l’avenir, pour continuer à enquêter sur le FN. Sachant leur acharnement procédurier et les critères si particuliers de la 17ème chambre correctionnelle. Nous allons nous battre pour refuser cette censure juridique, qui rend difficile l’exercice de notre métier : le journalisme d’enquête et d’analyse. Résister aux communications d’apparence pour informer.
La vidéo du sabotage de la Conférence contre le FN à la fête de l’Huma… Par ceux qui ont réussi l’exploit d’être en même temps les "idiots utiles" de l’islamisme et de l’extrême droite.
Un grand merci au public des "Amis de l’Huma" (très nombreux), qui a été formidable et a résisté aux cris de "le fascisme ne passera pas" face à ce petit groupe de saboteurs (visiblement plutôt aux alentours de 20/30 individus)…
Ces derniers jours, mes agresseurs Belges ont lancé une consigne — relayée par Oumma.com, les Indigènes de la République et leurs alliés des Indivisibles ou d’Egalité et réconciliation — pour venir saborder ma conférence contre le FN prévue ce samedi, à 17h, à la Fête de l’Huma.
But de la manoeuvre ? Intimider ceux qui entendraient mes appels à la vigilance contre l’intégrisme et ses alliés (en l’occurrence les groupes qui veulent saborder la conférence). Mais peuvent-ils le dire comme ça… Il faut bien trouver une astuce. En l’occurrence, faire croire que ma conférence contre le racisme anti-musulmans du FN sera "islamophobe" ! Plus c’est gros, plus ça passe.
La vidéo de leur agression en Belgique
Pour justifier leurs agressions, passées et à venir, mes détracteurs rament… J’ai derrière moi 15 ans de prises de positions publiques, 14 livres, plus de 300 conférences et je n’ose imaginer combien d’articles ou tribunes. Ils n’ont trouvé qu’un tribune sur laquelle s’exciter en boucle, parue dans le Wall street journal.
Je n’ai pas tout de suite compris à laquelle ils se référaient car j’en ai écrit deux. L’une portait sur les révoltes de novembre 2005, pour combattre les clichés véhiculés par la presse anglo-saxonne. Tariq Ramadan et Pascal Boniface l’ont utilisé pour faire croire que je tenais un double discours (venant de leur part, c’est toujours amusant) alors que j’y dis exactement ce que je dis dans mon livre “Le Choc des préjugés”, à savoir que ces émeutes n’étaient "ni ethniques, ni religieuses, mais le symptôme d’un malaise identitaire et social".
Mais c’est à l’autre tribune qu’ils font finalement référence, faute de mieux. Et là, cela devient intéressant, car mes agresseurs se dévoilent pour de bon… Cette tribune porte sur la stratégie et la rhétorique de la confrérie des Frères musulmans. D’après les écrits de leur prédicateur de référence pour l’Europe, Youssef al Qaradhawi, qui sert de référence à tous les militants gravitant dans les cercles de l’UOIF ou des Frères Ramadan.
Or ce théologien, qui prêche sur Al Jazira, a une conception prosélyte et ultra-intégriste. Il estime qu’il faut faut brûler les homosexuels, battre les femmes insoumises, que le seul dialogue avec les Juifs passe par le “sabre et le fusil”, il est l’auteur d’une fatwa autorisant le Hamas à mener des attentats-suicide, et l’auteur d’un livre où il s’interroge sur comment réussir là où le FIS a échoué en Algérie…
Extrait à propos des homosexuels de son livre, “Le Licite et l’Illicite” : « Les savants en jurisprudence ne furent pas d’accord sur le châtiment que l’on doit infliger à l’auteur de cette immoralité. Est-ce que les deux partenaires reçoivent le châtiment du fornicateur ? Est-ce que l’on tue l’actif et le passif ? Par quel moyen les tuer ? Est-ce avec un sabre ou le feu, ou en les jetant du haut d’un mur ? Cette sévérité qui semblerait inhumaine n’est qu’un moyen pour épurer la société islamique de ces êtres nocifs qui ne conduisent qu’à la perte de l’humanité »[3].
Critiquer ce prédicateur et décoder les stratégies de la confrérie des Frères musulmans, sa branche politique (présentable) et sa branche “action directe” (moins présentable) serait donc raciste ? De qui se moque-t-on ?
Je suis spécialiste des intégrismes et je n’ai pas l’intention de renoncer à décoder les écrits de ces mouvements, qu’ils soient Frères musulmans, haredim ou membres de l’Opus Dei.
En voulant interdire cette critique des Frères musulmans et de leur penseurs extrémistes, après m’avoir agressée il y a quelques années lorsque je venais critiquer la politique de Nicolas Sarkozy à l’ULB, ces militants confirment leur adhésion à une idéologie radicale et leur volonté d’entretenir — de façon tout à fait voulue — l’amalgame entre critique de l’intégrisme et racisme. Pour protéger les extrémistes — qu’ils soutiennent— de toute critique.
Je maintiens tous les mots de cette tribune. Je ne refuse que le titre paru (“War on eurabia”), choisi par le journal (comme toujours pour les tribunes). Je l’ai découvert au moment de la parution, furieuse de me voir coller une expression si marquée, qui ne reflète en rien mon travail, et qui est portée par des néoconservateurs dont je combats l’approche et qui me le rendent bien (puisqu’ils m’accusent d’être une alliée d’Eurabia !).
Du 10 au 12 septembre 2012, la Fondation Anna Lindh pour le dialogue entre les cultures (où je siège comme membre du conseil consultatif) a initié, avec des associations du Luxembourg, un forum "IndignAction" réunissant des activistes du monde méditerranéen. L’occasion de retrouver ou de rencontrer plusieurs acteurs clef du "printemps arabe", égyptiens et tunisiens.
Retrouvailles avec Samira Ibrahim, l’une des héroïnes de la révolution : arrêtée et torturée par la police égyptienne, elle a porté plainte contre les "tests de virginité" imposés aux prisonnières et elle a gagné !
Rencontre avec Esraa Abdel Fatah, cyberdissidente et militante du Mouvement du "6 avril".
Discussion passionnante avec Ibrahim El Houdaiby, éditorialiste, petit-fils d’un ancien guide de la confrérie des Frères musulmans, lui même ancien militant des "Frères", mais qui milite aujourd’hui à gauche.
Derrière moi, Lina Ben Mhenni, célèbre blogueuse tunisienne ayant défié le régime Ben Ali.
Ps : La Fondation Anna Lindh est citée dans le bréviaire de haine d’Anders Breivik comme le lieu du complot "Eurabia" par excellence. Alors qu’elle milite simplement pour croiser les sociétés civiles et les regards des deux rives du bassin méditerranéen.
Philippe Chevrier, secrétaire départemental du Front National des Yvelines et compagnon de la vice-présidente du FN, Marie-Christine Arnautu, rêve visiblement de m’emmener faire un tour en forêt…
Ce récit est extrait du livre de Claire Checcaglini, qui a infiltré le FN pendant huit mois et dont le livre achève de dévoiler la vraie nature du FN.
Décidément, avec ou sans cagoule, les dominants ont toujours le même visage. Malheureusement pour eux, il y aura toujours des femmes pour leur tenir tête et toujours des plumes pour les démasquer.
Les soutiens du nouveau président tunisien et de leurs alliés intégristes sont bien entendu fâchés après mon article sur les "promesses non tenues de Moncef Marzouki". Mais leurs arguments, repris en boucle, volent bas. On m’accuse de mener une "croisade". Drôle d’expression pour de simples critiques émises par une journaliste laïque, opposée à toute forme de fanatisme et d’inquisition (notamment chrétienne)… Cela revient à considérer que la moindre avis émanant d’une française sur le Maghreb équivaut à une "croisade".
A-t-on conscience de la xénophobie que ce raccourci culturaliste induit ? C’est un peu comme si un journaliste tunisien critiquait Nicolas Sarkozy pour ses positions sur l’identité nationale ou les étudiants étrangers, et qu’on l’accusait de mener "un jihad". Franchement douteux.
Je précise que contrairement à certaines insinuations faites à partir d’une citation tronquée ou par des anonymes, je n’ai jamais soutenu le régime de Ben Ali, critiqué comme un régime dictatorial dans mon livre "Tirs Croisés" (paru en 2003). Un livre édité en arabe par mon ami Abdelmajid Charfi, un opposant tunisien que j’ai rencontré au Maroc et revu en Tunisie, la seule fois où je m’y suis rendue avant la révolution… Il m’avait fait précisé, dans la version arabe, qu’il s’agissait d’un régime où la répression était exercée par la police et non l’armée.
J’ai redit avec force combien rien ne justifiait la dictature, pas même l’intégrisme, dans mon livre d’entretien avec Taslima Nasreen, paru avant le printemps.
Je fais partie des toutes premières journalistes françaises à avoir soutenu les manifestations en Tunisie et en Algérie comme étant des révoltes politiques et non simplement sociales. J’ai condamné l’attitude scandaleuse du gouvernement français. Dans Le Monde, j’ai signé un article — "Le Mur du Caire doit tomber" — demandant de soutenir les Egyptiens contre Moubarak à un moment décisif : celui où des Européens se demandaient s’ils fallait se réjouir du printemps ou en avoir peur.
Quant aux habituels et pathétique procès en "sionisme" ou en "islamophobie" lus dans certains commentaires, ils en disent long sur leur pathologie mentale de leurs auteurs. Qu’ils se mettent d’accord avec les racistes que je combats et qui me traitent d’"islamophile". Ou avec les extrémistes sionistes qui m’insultent parce que j’ai pris critiqué le gouvernement Israélien, leur refus de geler les colonies, et pris position pour la reconnaissance de l’Etat Palestinien à l’ONU.
Je précise également que j’ai écrit un livre contre la droite religieuse américaine et George Bush, que j’ai manifesté contre la guerre en Irak, et que j’étais opposée à la réintégration de la France au sein de l’OTAN. Mais là n’est bien entendu pas la question pour les soutiens du nouveau pouvoir tunisien… qui veulent bien voir des journalistes français soutenir le printemps mais jugent "culturalistes" de les voir aussi s’inquiéter de ce qu’il devient. Comme si continuer de s’intéresser au débat public tunisien constituait, en soi, un déni de démocratie.
Les Tunisiens n’ont pas majoritairement voté pour les islamistes et leurs alliés mais largement. Est-ce une raison pour ne rien dire des choix fait par ce gouvernement élu ? Au contraire, la démocratie exige de pouvoir critiquer. Comme je critique la politique de monsieur Victor Orban, pourtant élu par les Hongrois. Ou celle de Nicolas Sarkozy, pourtant élu par les Français.
J’ai bien compris que les nouveaux gouvernants de Tunisie cherchent à couper les liens entre Tunisiens laïques et Français en accréditant l’idée que les écrivains Français n’ont pas le droit de parler sur la Tunisie. Dommage pour eux, je suis une journaliste libre, universaliste, attachées aux libertés de tous (notamment des Tunisiens) et je ne sais pas me taire. Alors je continuerai à parler de ce pays qui me tient à coeur. Et d’y soutenir tous ceux qui se battent pour ne pas voir leur révolution confisquée. A bons entendeurs.
Comprendre l’affaire des caricatures de 2005 en moins de 12 minutes… Et lever les malentendus qui circulent sur la toile (notamment suite à des extraits tronqués et mensongers de ce film diffusés par des sites intégristes).
Extrait de "C’est dur d’être aimé par des cons", Daniel Leconte, Doc en stock.
1976 à 1993 : études à Aix dans un établissement privé catholique, puis collège et lycée à Paris dans un établissement public
1993-2003 : Bac économique et social, Deug d’histoire (Sorbonne), diplômée de l’EHESS (Ecole des Hautes Etudes en Sciences sociales), DESS de Sciences politiques (Sorbonne).
1994 : Débuts dans le journalisme à France 3 (comme stagiaire pour l’émission "Français si vous parliez") puis au magazine étudiant Transfac (un gratuit tiré à 200 000 exemplaires). Pour son premier article, le rédacteur en chef (un peu macho) propose à Caroline Fourest un petit encadré sur Tabatha Cash, la reine du porno… Pas vraiment sa tasse de thé. Mais après enquête, notamment à Assas, Caroline Fourest découvre un scoop : la reine du porno est aussi la fiancée officielle du chef des skins de Paris, Serge Ayoub, dit Batskin.
Le papier suivant, elle propose d’infiltrer une secte évangélique qui recrute chez les étudiants. Elle se fait passer pour une adepte et revient avec un récit hilarant. Elle est embauchée ! A 20 ans, elle gagne sa vie, prend un petit appartement et obtient sa première carte de presse. Tout en continuant ses études, mais de façon plus secondaire.
1996 est l’année d’une rencontre décisive, avec Fiammetta Venner. La jeune politologue (qui n’a pas encore passé sa thèse) a publié un livre d’enquête retentissant sur les réseaux d’extrême droite anti-avortement L’Opposition à l’avortement du lobby au commando (chez BERG, un tout petit éditeur). Sur le plateau de Tina Kieffer, devant des millions de spectateurs, elle mouche Noëlia Garcia, qui est alors l’une des égéries montantes de la Trêve de Dieu, l’une des associations anti-IVG les plus actives.
Caroline Fourest la remarque et souhaite l’interviewer pour le magazine Transfac. Fiammetta Venner est alors sous le coup d’un procès de la part des anti-IVG, qui cherchent à la faire taire. Ces deux là ne pouvaient que se plaire. C’est le début d’une complicité, à la fois personnelle et professionnelle, à toute épreuve.
Elles travaillent un moment à Transfac mais se font renvoyer… Le propriétaire, de droite, commence à se lasser des enquêtes sur les sans-papiers ou les anti-avortement. Caroline Fourest l’attaque aux prud’hommes et se défend elle-même en dénonçant le statut précaire des pigistes : "j’ai travaillé 4 ans comme journaliste en étant payée aux AGESSA, comme si j’étais danseuse ou intermittente du spectacle".
Les dommages et intérêts obtenus ne sont pas mirobolants mais suffisent pour voir venir quelques mois. Fiammetta Venner et Caroline Fourest vont pouvoir prendre le temps de travailler sur les sujets qui les passionnent. Elles proposent des enquêtes sur l’extrême droite catholique à L‘Evénement du jeudi et Fiammetta pige pour Charlie Hebdo (une collaboration arrêtée suite à un article homophobe de Siné) mais aussi Golias (un magazine catholique de gauche).
1997 date leur première participation commune à un ouvrage collectif, co-dirigé par Fiammetta Venner et Claudie Lesselier, sur les Femmes et l’extrême droite (aux éditions Golias). Caroline Fourest a rédigé l’un des articles, sur les féministes face au FN. Débute une série de conférences à travers toute la France, dans les réseaux antifascistes, antiracistes et féministes. La couverture, elle, est (déjà) signée Cabu…
En décembre 1997, Fiammetta Venner et Caroline Fourest ont l’idée de lancer une revue où elles pourraient à la fois publier leurs enquêtes et produire des analyses autour du droit de choisir. Elles co-fondent la revue Prochoix, pour la défense du libre choix au sens large, c’est-à-dire le choix de mener sa vie envers et contre tout dogme liberticide, essentialiste, raciste ou intégriste. Ses thèmes de prédilection sont la protection de la laïcité, les droits des femmes et des homosexuel-le-s.
Le mot "prochoix" s’opposant à celui de Prolife, mais pas seulement. La revue (au début très artisanale, mise en page sans imprimante et tenue par des agrafes) se vend dans les manifestations féministes et antifascistes.
En 1998, Caroline Fourest et Fiammetta Venner répondent à un appel d’offres. Une nouvelle maison d’édition (Edition Raymond Castells) cherche de nouveaux auteurs. Caroline et Fiammetta proposent un livre d’enquête sur les financiers de l’extrême droite, Le guide des Sponsors du FN et de ses amis, uniquement basé sur des sources officielles et documentées (Journal officiel, publicités dans des magazines d’extrême droite ect). Ce livre permet aux citoyens de connaître les dessous du financement de l’extrême droite mais aussi de tordre le cou à certaines rumeurs en rétablissant la vérité sur une entreprise comme Les pains Poilâne, qui avaient été accusés à tort de financer le Front national.
Il fait un peu de bruit et leur attire quelques ennuis. Une campagne de presse de la part de certains sponsors, des menaces venant de militants d’extrême droite. Le standard d’un journal d’extrême droite en particulier donne leur adresse. Leur éditeur fera faillite quelques mois plus tard, sans jamais avoir versé le moindre droits d’auteurs à ces "nouveaux talents" qu’ils proposaient de lancer. Non sans avoir fait remarquer à Caroline Fourest qu’il l’a trouvé trop "marquée" (sous-entendu trop lesbienne) pour être médiatisée.
Que leur importent, Caroline Fourest et Fiammetta Venner sont déjà dans une autre bataille. Celle du PaCS, que Caroline mène le combat sur deux fronts : en tant que journaliste pour Têtu magazine (elle signe des enquêtes sur les collectifs anti-PaCS qui cherchent à déguiser leur intégrisme) et comme présidente du Centre gay et lesbien. Sa première intervention télévisée ne passe pas inaperçue. Il s’agit de l’émission "Public" de Michel Field.
En plateau, face à Jack Lang, Michel Pinton (initiateur d’une pétition de maires contre le PaCS organisée par des proches de l’Opus Dei) réitère que les homosexuels n’ont pas à pouvoir s’unir puisqu’ils ne peuvent pas faire d’enfants. Depuis le public, Caroline Fourest prend la parole et lui demande s’il compte installer des "détecteurs" pour empêcher également les couples hétérosexuels stériles d’aller en mairie ! Le public rie. De nombreux journalistes commencent à la solliciter.
Mais Caroline Fourest n’aime jamais militer qu’en écrivant. Après avoir rétabli les comptes et la visibilité du Centre gay et lesbien (menacé de fermeture lorsqu’elle a accepté d’en être la présidente), et alors que son mandat n’est pas terminé, elle convoque une Assemblée générale extraordinaire pour remettre les clefs à une nouvelle équipe et se consacrer à ce qu’elle aime faire… Enquêter et écrire.
En 1999, la revue ProChoix devient une petite maison d’édition. Caroline Fourest et à Fiammetta Venner y publient leur second livre : Les Anti-Pacs ou la dernière croisade homophobe, une enquête fouillée sur les mouvements anti-PaCS, leurs liens avec la droite catholique radicale et le vrai visage de Christine Boutin. Auto-édité et auto-diffusé, il se vendra bien et permettra d’éditer d’autres livres et d’autres auteurs sur les thèmes du droit de choisir.
En 2000, Caroline se lance dans l’écriture de son premier livre seule. Deux ans d’enquêtes sur la droite religieuse américaine et le mouvement prolife aux Etats-Unis intitulé Foi contre Choix. Très documenté, le livre sera recommandé par des professeurs de Sciences-Po car il est l’un des plus complets sur le sujet. Publié peu après l’élection de George Bush, il est aussi très sévère pour le nouveau président américain. Mais voilà que le 11 septembre se profile…
En août 2001, alors qu’elles viennent de gagner la bataille du PaCS et que Fiammetta Venner vient de terminer sa thèse sur les "mobilisations de l’entre soi" de l’extrême droite française (20 000 mobilisations recensées, l’une des plus grosses bases de données effectuées pour une thèse de Science politique), elles lancent une souscription pour pouvoir se rendre à la Conférence contre le racisme de Durban et y représenter la revue Prochoix.
Elles viennent dans l’idée d’élargir la lutte contre le racisme à la lutte contre le sexisme et l’homophobie… Elles découvrent, stupéfaites, une conférence marquée par des incidents antisémites, où certains militants tiers-mondistes n’hésitent à prêter main forte à des activistes islamistes ultra-radicaux. Des liens qui apparaîtront dans le climat post – 11 septembre.
Le 11 septembre 2001, elles sont invitées sur une RCJ pour raconter ce qu’elles ont vues à Durban… lorsqu’un auditeur commente les attentats du 11 septembre en focalisant sur la violence intrinsèque à l’Islam. Caroline Fourest lui répond très sèchement. Atterrées par le climat qu’elles perçoivent, où le racisme anti-musulmans le dispute au racisme anti-juifs, elles ne se sentent pas le coeur de continuer à travailler uniquement sur l’extrême droite chrétienne.
Elles décident d’écrire un livre qui comparerait les intégrismes (juifs, chrétien et musulman) pour montrer leur convergences (sexisme et homophobie notamment) mais aussi leur divergences (moins de contre-pouvoirs laïques dans les pays musulmans). Le synopsis est envoyé à de nombreuses maisons d’édition, par la poste. Marc Grinsztajn chez Calmann-Lévy est intéressé et leur propose de l’éditer.
En 2003 paraît donc leur premier livre dans une grande maison d’édition : Tirs Croisés : la laïcité à l’épreuve des intégrismes juif, chrétien et musulman. Ce livre s’élève à la fois contre la tentation de diaboliser l’islam, comme ayant le monopole du fanatisme, et contre la tentation de minimiser le danger de l’intégrisme par peur du racisme.
Il démontre que sur bien des points, le Coran est un texte moins sexiste que la Bible. Mais refuse de nier le fait que l’intégrisme musulman est aujourd’hui le plus dangereux des trois intégrismes, notamment pour les droits des femmes. Loin d’une approche essentialiste ou civilisationnelle à la Oriana Fallacci, il détaille au contraire les raisons géopolitiques et historiques expliquant ce surcroît de dangerosité.
Il s’est vendu à plus de 20 000 exemplaires, a reçu de nombreux prix et il est désormais disponible en poche. Caroline Fourest est de plus en plus sollicitée par des journalistes et continue à donner de très nombreuses conférences sur ces thèmes.
En décembre 2003, elle affronte Tariq Ramadan sur le plateau de Campus, l’émission de Guillaume Durand sur France 3. L’homme vient de défrayer la chronique en dressant une liste d’intellectuels juifs qu’il accuse de défendre Israël parce que juifs. Or Caroline Fourest et Fiammetta Venner parle de lui dans Tirs Croisés, écrit bien avant la polémique ! On leur a présenté comme un intellectuel laïque et moderniste, mais des musulmans laïques les ont mis en garde contre son "double discours". Sans avoir ni le temps ni la place de trancher, les deux auteurs refusent de conclure à un double discours volontaire mais note en effet des déclarations contradictoires et mêmes intégristes de la part de Tariq Ramadan…
Sur le plateau de France 3, Caroline Fourest cite notamment un extrait de cassette où Tariq Ramadan rend hommage à son grand-père (pourtant à l’origine d’une vision politique réellement totalitaire de l’Islam). Ce qui fait sortir Tariq Ramadan de ses gonds et permet au public de voir son vrai visage. Bien que très efficace, Caroline Fourest sort très frustrée de cette émission. Elle est persuadée que le mensonge peut toujours triompher en télé et se décide donc à enquêter pour savoir, une bonne fois pour toutes, si Tariq Ramadan tient le double discours qu’on lui reproche. Fiammetta Venner, de son côté, prépare un livre sur Thierry Meyssan pour Grasset, avec Christophe Bataille. Il lui propose d’éditer cette enquête.
En 2004, Caroline Fourest publie donc "Frère Tariq". Un livre de 426 pages fouillé et documenté, où elle décortique le double discours de Tariq Ramadan, et démontre, citations et preuves à l’appui (chaque propos cité renvoie à une note et à sa source), la vraie nature fondamentaliste et réactionnaire de Tariq Ramadan. Le livre fait changer d’avis de très nombreuses personnes, persuadées jusque là que Tariq Ramadan incarnait le modernisme musulman… alors qu’il combat la réforme moderniste de l’Islam. Il va donc permettre aux véritables musulmans laïques de retrouver un peu de visibilité. Ce que souhaitait, avant tout, Caroline Fourest.
Les partisans de Tariq Ramadan lui font payer en envoyant une menace avec son adresse et son code de porte sur le site Oumma.com et en noyant le Net de contre-vérités à son sujet. En revanche, ceux qui ont lu le livre de bonne foi sont épatés par la rigueur de l’écriture et la force de la démonstration.
En 2005, Caroline FOUREST et Fiammetta VENNER reçoivent le prix national de la laïcité "pour leurs actions contre tous les fondamentalismes religieux et leurs avatars liberticides, ainsi que pour leurs engagements face à l’extrême droite".
Dans la foulée de la loi sur les signes religieux ostensibles à l’école publique (qu’elle a soutenu), Caroline Fourest ressent la nécessité de s’élever contre les confusions qui empêche une certaine gauche de défendre la laïcité et l’égalité hommes-femmes face à l’intégrisme musulman. Elle publie donc La Tentation obscurantiste. Un plaidoyer contre la complaisance envers l’intégrisme, qui obtient le Prix du livre politique 2006. Richard Descoings, directeur de Sciences Po et président du jury, parle de ce livre comme faisant tout parliculièrement preuve de « discernement, de rigueur et du courage de dire ». Il lui propose d’animer un séminaire d’ouverture à Sciences-Po Paris. La Tentation recevra aussi le Prix Jean Zay.
La même année, Caroline Fourest et Fiammetta Venner renoue avec Charlie Hebdo (qu’elles avaient quitté à cause de Siné). Elles signeront désormais toutes les deux des enquêtes contre tous les intégrismes. Tout en continuant à animer la revue ProChoix.
En 2005, dans ProChoix, Caroline Fourest publie notamment un "épitre à Nicolas Sarkozy de la part d’une laïque ni sectaire ni désespérée" qui réfute point par point son livre sur La République, les religions, l’espérance. Notamment la nécessité de modifier la loi de 1905 pour financer des lieux de culte. Elle dresse un bilan ravageur de la politique menée par le ministre de l’intérieur en matière de relations avec les cultes.
En 2006, au moment de l’affaire des caricatures, Caroline Fourest joue un rôle décisif. Interrogée parmi les premières à la radio, elle déclare qu’elle ne voit aucune raison de céder aux menaces et que Charlie Hebdo les publiera si toute la rédaction en est d’accord. Ce qui est le cas. Philipe Val propose d’ailleurs à d’autres rédactions d’en faire autant, mais seules quelques-unes auront le courage de les publier toutes. Caroline Fourest se charge de rédiger un article pour les remettre dans leur contexte et expliquer la genèse de cette affaire. Un manifeste de citoyens de culture musulmane pour la liberté d’expression accompagne le numéro spécial, orné d’un dessin de Cabu faisant bien la différence entre l’Islam et les islamistes… Puisque Mahomet — que la légende du dessin dit "débordé par les intégristes" — se désespèrent de leur manque d’humour : "Que c’est dur d’être aimé par des cons !"
Quelques numéros plus tard, assailli par la presse, les félicitations et les intimidations, Charlie Hebdo publie un Manifeste — « Ensemble contre le nouveau totalitarisme » — que Caroline Fourest a rédigé avec un intellectuel iranien réfugié au Danemark, Mehdi Mozaffari. Il s’agit d’insister sur la nature politique et totalitaire du danger intégriste en cours. Traduit et diffusé en plusieurs langues, il est signé par douze noms : Ayaan Hirsi Ali, Taslima Nasreen, Salman Rushdie, Philippe Val, Bernard-Henri Lévy, Irshad Manji, Mehdi Mozaffari, Maryam Namazie, et Ibn Warraq. Les signataires sont menacés de mort sur un forum djihadiste anglais.
Toujours pour contextualiser, Caroline Fourest et Fiammetta Venner rédige un Hors-Série de Charlie Hebdo consacré au blasphème ("Charlie Blasphème"), où l’on retrouve toutes les affaires de blasphème, et les campagnes menées par tous les intégrismes, croquées par Charb et Luz. Hilarant.
Février 2007, c’est le fameux procès de Charlie Hebdo. Caroline Fourest a beaucoup fait, aux côté de Philippe Val, pour en faire un rendez-vous où l’on puisse expliquer l’importance du droit au blasphème, qui ne doit pas être confondu avec le droit d’inciter à la haine de façon raciste. Elle anime les conférences de presse, répond aux journalistes du monde entier, prend part aux débats improvisés qui ont lieu à l’extérieur du tribunal (notamment face à Dieudonné, qui en devient fou et se ridiculise devant plusieurs caméras). Elle témoigne aussi à la barre. En expliquant l’intention de ce dossier, la confusion du mot "islamophobie" et la nature liberticide de certaines associations portant plainte. A la fin des débats, l’avocat de Charlie Hebdo, Richard Malka, fait une plaidoirie restée mythique sur l’égalité de traitement de toutes les religions… face au droit à la satire et à la critique.
En 2007, plusieurs mois avant l’élection présidentielle, Caroline Fourest pense qu’il est temps d’insister sur le bilan catastrophique de Nicolas Sarkozy comme ministre de l’intérieur. D’autant qu’il a soutenu Charlie Hebdo dans l’affaire des caricatures et qu’il est bien placé pour gagner… Politique du chiffre, "laïcité positive", non respect de la séparation des pouvoirs et de l’indépendance de la justice, tout ce qui va marquer le mandat de Nicolas Sarkozy comme président est annoncé dans ce numéro spécial de Charlie Hebdo, ravageur. Mais Caroline Fourest ne s’en tient pas là.
Elle publie Le Choc des préjugés (Calmann-Lévy). A partir d’une analyse sociale des révoltes de novembre 2005 — qui tord le coup aux fantasmes du complot ethnique ou religieux — elle renvoie dos à dos les postures sécuritaires (l’impasse de la politique sarkozyste) et la posture victimaire (l’impasse de mouvements comme les Indigènes de la République ou de la dérive d’un Dieudonné). Rien n’y fait. Nicolas Sarkozy est élu.
Caroline Fourest, qui est l’une des rares journalistes à critiquer haut et fort Sarkozy sur les plateaux, s’attend à ne plus être trop invitée en télé… Ce qui arrive au début mais change très vite, dès les premiers sondages critiques envers le chef de l’Etat. Une grande partie de la presse étant bien plus indépendante qu’on le croit souvent. Elle obéit avant tout à l’opinion.
Entre-temps, Caroline Fourest a conquis un véritable espace de liberté. Gérard Courtois lui a proposé une chronique hebdomadaire dans Le Monde, où elle a "carte blanche", y compris pour faire ses titres. Elle peut enfin laisser libre-cours à sa plume d’éditorialiste. Elle se sent, en revanche, de plus en plus à l’étroit à Charlie Hebdo… où la fonction d’éditorialiste reste très masculine.
En 2008, c’est la radio qui lui fait signe. Ali Baddou lui propose une chronique tous les vendredis dans les Matins de France culture. Elle y restera quatre ans, passant du vendredi au lundi, de 7h40 à 8h20.
Le 10 février 2008, Caroline Fourest accueille Ayaan Hirsi Ali pour un meeting destiné à provoquer la création d’un Fonds de soutien européen pour les personnes menacées de mort en raison de leur liberté d’expression. Il réunit entre autre Rama Yade, alors secrétaire aux droits de l’homme, et Bernard-Henri Lévy qui a co-organisé l’événement.
En septembre 2008, Benoît XVI est attendu en France. En prévision, Fiammetta Venner et Caroline Fourest ont décidé de reprendre leurs enquêtes sur les réseaux intégristes catholiques, de plus en plus puissants au sein du Vatican. Ce qui donne lieu à un livre intitulé Les nouveaux soldats du pape (Légion du Christ, Opus Dei, Traditionalistes) chez Panama. Elles le publieront dans une petite maisons d’édition, Panama, où elle retrouve Marc Grinsztajn, qui leur avait donné leur chance au moment de Tirs Croisés. La maison d’édition fera faillite, mais le livre est désormais disponible en poche. Comme la plupart des livres de Caroline Fourest, qui figurent souvent parmi les meilleurs ventes des essais en poche.
2009 voit l’aboutissement d’un long projet. Depuis la Tentation obscurantiste, Caroline Fourest donne des cours et réfléchit sur la crise du multiculturalisme et celle de l’universalisme. Elle rêve d’un livre qui pourrait clarifier ces enjeux, les lignes de fractures, expliquer en quoi cette crise n’est pas due au multiculturel (ce que pense l’extrême droite) mais à la montée de l’intégrisme (ce qui change tout), mais surtout proposer une ligne de conduite qui respecte à la fois les libertés individuelles (y compris religieuses) sans nuire à l’universalité et à l’égalité des droits. Ce sera La Dernière utopie : menaces sur l’universalisme, parue en 2009 chez Grasset. Qui lui vaut de recevoir le Prix Adrien Duvand de la très prestigieuse Académie des sciences morales et politiques.
En septembre 2009, Tariq Ramadan a fait la tournée des médias, et diffame Caroline Fourest dans l’émission de Laurent Ruquier ("On n’est pas couché"). Elle réagit sur internet. Frédéric Taddeï (plutôt proche de la tendance "indigènes de la République) lui propose un face-à-face d’une heure. Elle accepte. Ramadan, qui avait toujours jusqu’à là évité une nouvelle confrontation (tout en mentant et en faisant croire le contraire) n’a d’autre choix que d’accepter. Le 17 septembre, pendant une heure, malgré la mauvaise foi et le tours habituels de Tariq Ramadan, Caroline Fourest va démonter — calmement et implacablement — sa mécanique et son double discours. Au point de le rendre méconnaissable à la fin du duel… Il ne s’en relèvera jamais tout à fait.
Le 15 octobre 2009, Caroline Fourest et Fiammetta Venner quittent Charlie Hebdo. Un départ qu’elles expliquent pudiquement : "L’audace se cherche ailleurs." En réalité, elles se sentent à l’étroit depuis un moment. Le journal traverse une crise financière qui rend nécessaire certains licenciements… Caroline et Fiammetta savent qu’elles pourront écrire ailleurs, mais surtout elles ont besoin d’une totale liberté d’expression. Ce qui est moins le cas depuis que Charlie hebdo est sous le feu des attaques, notamment de la part des partisans de Siné Hebdo. A l’extérieur comme à l’intérieur du journal, ces critiques ont fragilisé la ligne de ceux qui pensent qu’il faut à la fois critiquer Nicolas Sarkozy et la gauche pro-intégriste. Un article sur Dieudonné n’est jamais passé… Cavanna et Caroline Fourest ont aussi échangé des mots aigres doux, à travers des tribunes publiées dans le journal, sur leur définition respective de l’audace. Visiblement, une vieille tradition "bête et méchante", peu compatible avec le féminisme de Caroline, refait surface à Charlie. Comme une première fois, dans les années 90, Caroline Fourest part donc de Charlie à cause de cette ligne, qui va de Siné Hebdo aux fans du professeur Choron en passant par Cavanna. Elle part sans regrets et en souhaitant bon courage à ceux qui restent des amis.
En 2010, Caroline publie des "conversation mécréantes" avec Taslima Nasreen, intituléLibres de le dire. Les deux femmes parlent de leurs combats respectifs, mené dans des pays très différents.
Elles se connaissent depuis plusieurs années. Taslima Nasreen est dans une situation désespérée, plus menacée que jamais. Face aux pressions des extrémistes, l’Inde ne veux pas renouveler son visa et cherche à s’en débarrasser. Le livre permet une campagne de soutien, appuyée par l’ambassade de France en Inde, qui va changer la donne. Le visa de Taslima Nasreen est prolongé.
En avril 2010, Caroline Fourest est invitée à l’émission "On n’est pas couché" de Laurent Ruquier pour son livre avec Taslima Nasreen. L’occasion de mettre quelques pendules à l"heure face à Eric Zemmour et Eric Naulleau, qui s’étaient littéralement couchés devant Tariq Ramadan. Ils l’attaquent, très violemment, pour tenter de le faire oublier. La réponse de Caroline Fourest les mettra KO debout. De manière calme mais ferme, elle pointe du doigt leur numéro de cirque, le peu de courage de ces deux commères du PAF, toujours prompts à se montrer violents envers les démocrates mais d’une rare lâcheté face aux apprentis totalitaires…
2011, alors que l’échéance présidentielle approche, le FN a changé de visage (Marine Le Pen succède à son père) et mène une opération séduction, notamment sur le thème de la laïcité, qui lui permet d’être à 20% d’intention de vote dans les sondages. Caroline Fourest qui a appris à aimer la laïcité face au FN, a toujours combattu le racisme et l’extrême droite, n’a pas l’intention de laisser faire… Avec Fiammetta Venner, elles reprennent le chemin de l’enquête et la plume. Et publie un livre ravageur, sobrement intitulé Marine Le Pen, chez Grasset, qui met à jour les contradictions, les fréquentations inavouables et met fin à l’opération "dédiabolisation".
Le 23 juin, sur la plateau des paroles et actes de David Pujadas, Caroline Fourest lui assène le coup de grâce. En lui posant une question, très claire, dévoilant le le racisme anti-musulmans du FN, qui embarrasse fortement Marine Le Pen. Elle ne répond pas… Mais attaque en se référant à Pascal Boniface, un intellectuel faussaire, connu pour sa mauvaise foi, ses obsessions douteuses et ses positions pro-islamistes, notamment pro-Tariq Ramadan !
A la rentrée 2011, Caroline Fourest continue ses chroniques dans Le Monde (daté du samedi) mais accepte de quitter France culture pour France Inter, où elle tient chronique le vendredi à 8h38 et participe au débat "Cogito" tous les dimanche à 8h40. Elle prépare, bien sûr, un prochain livre. Mais aussi une bande-dessinée et un documentaire qui devraient agiter la campagne électorale.
Petits exemples de contre-vérités ou de manipulations véhiculées par Wikipédia
Les islamistes et les militants d’extrême droite, ou leurs amis, se donnent la main pour attaquer la page Wikipédia de Caroline. On cherche à tout prix à la dire proche du Grand Orient, un loge franc-maçonne uniquement masculine, alors qu’elle partage leur combat pour la laïcité sans faire partie d’aucune loge.
On reprend surtout, sans les vérifier, toutes les contre-vérités véhiculées par Egalité et réconciliation, la planète Dieudonné, les partisans de Ramadan ou son porte-parole universitaire, Pascal Boniface… Ce qui donne l’impression d’une cascades de critiques (presque l’essentiel de la page), alors qu’il s’agit des mêmes mensonges, répétés en boucle, venant de ceux qu’elles critiquent.
Par exemple lorsqu’il est écrit que Boniface qualifie Caroline Fourest de « sérial-menteuse » et avance que la caractéristique principale de celle-ci serait « d’attribuer à ses adversaires des propos qu’ils n’ont jamais tenus pour s’en offusquer ». Aucune preuve, et pour cause, il s’agit d’un procès d’intention gratuit venant de Tariq Ramadan (prêt à tout pour se défendre), repris par Boniface, mais démonté aisément sur ce site (non cité sur wikipédia) : Pascal Boniface, porte-parole de Tariq Ramadan contre Caroline Fourest.
Autre astuce, les livres majeurs de Caroline ne sont pas cités et même effacés quand on essaie de les indiquer dans la bio (comme Tirs croisés : la laïcité à l’épreuve des intégrismes juif, chrétien et musulman). Par contre, un simple mémoire de DESS publié devient son livre majeur, indiqué au moment de sa date de naissance !
Impossible de répondre à toutes les attaques — bien logiques — qui circulent de la part de sympathisants du FN ou des islamistes (au choix). En revanche, je me permets de signaler cette mise au point parue sur le site du Nouvelobs.com, signée Yves Delahaie. Je ne l’ai jamais rencontré mais Lui a visiblement pris le temps de lire mes livres…
La journaliste et essayiste lutte sans relâche contre les extrémistes islamistes, catholiques et frontistes. Elle consacre un livre éclairant à la dirigeante du Front national, Marine Le Pen.
Les jeunes filles ne rêvent plus au prince charmant. Elle a passé une partie de son enfance à Aix-en-Provence, parmi les fontaines murmurantes du cours Mirabeau, à attendre d’être tirée de la nuit par la vie. Qu’un metteur en scène crie enfin "action" pour déchirer la monotonie des jours ! Des parents commerçants, des études dans une école privée catholique, des envies de tourbillon indéfinies. Caroline Fourest a explosé de joie en arrivant à Paris, à 11 ans, dans le quartier de l’Opéra. La liberté d’esprit et la joute intellectuelle ont été au rendez-vous de la capitale.
Elle a mis tôt des mots sur ses combats. Caroline Fourest lutte pour le féminisme et la laïcité, contre l’intégrisme et le fondamentalisme. On la regarde mener ses duels contemporains dans les médias afin de dénoncer toutes les formes d’extrémisme. Sa voix nette, ses idées claires, son visage concentré. "Si on y va avec son ego et son orgueil, on ne peut pas s’en sortir. Il ne faut pas en faire une affaire personnelle. Mais je suis suffisamment amoureuse et heureuse dans ma vie pour encaisser la violence des affrontements." Caroline Fourest ne s’est pas inventé un personnage parce qu’elle en est incapable. Elle aurait l’impression de se mettre un nez rouge sur le visage. "J’avance en menant des défis intellectuels qui me définissent assez bien. J’aime les archives et les analyses. Je ne sais pas mentir. Je commence, tout juste, à apprendre la politesse."
L’auteur de La Dernière Utopie s’est souvent retrouvée prise entre plusieurs feux contradictoires malgré la rigueur de ses engagements. Elle est anti-intégriste et antiraciste. Elle rejette autant Tariq Ramadan qu’Éric Zemmour. "Il y a une gauche prioritairement anticolonialiste et une gauche prioritairement antitotalitaire. On peut, à partir de là, percevoir les choses de manière différente, notamment sur la question du voile." Le choc est, chez elle, identifié. L’étudiante a découvert le camp de concentration de Struthof, en Alsace, avec son école, à 16 ans. "Comment en est-on arrivé là ? Comment fonctionne le lavage de cerveau ? Comment les barrières démocratiques peuvent-elles tomber une à une ? Les êtres humains ont besoin de collectif. C’est leur force et leur faiblesse. Il y a des moments de confusion intellectuelle dont le moindre séducteur venu peut tirer profit." Ils ont des points communs.
"L’époque est un festin pour les démagogues. Tariq Ramadan et Marine Le Pen attirent des êtres en quête d’absolu au point de les emmener dans une impasse." Caroline Fourest est persuadée que Marine Le Pen peut se retrouver au second tour de la présidentielle en 2012. Marine Le Pen, écrit avec la politologue Fiammetta Venner, est un livre éclairant sur la présidente du Front national. Enquête, portrait, histoire. La figure du père est au centre de l’histoire de la fille Les atouts de Marine Le Pen sont nombreux. Elle appartient à la génération 1968 et incarne un renouveau ; elle transgresse le féminin/masculin ; elle sait apparaître sympathique ; elle sort gagnante de la comparaison avec son père. Il suffit qu’elle dise une évidence – le nazisme est le "summum de la barbarie" – pour que tout le monde tombe à genoux. Mais si la vitrine tente d’être propre, l’arrière-boutique reste sale. Le tournant laïc et républicain ne doit pas oblitérer la réalité d’un programme nationaliste, xénophobe, isolationniste. Les propositions politiques sont démagogiques et dangereuses. Dérembourser l’IVG, sortir de l’euro, attiser la haine contre les immigrés. Le FN accuse la mondialisation – l’immigration – de tous les maux.
La figure du père est au centre de l’histoire de la fille. "Marine Le Pen a noué un contrat moral avec son père, qui s’est renforcé au fil des épreuves : l’attentat de 1976 contre l’appartement familial, le départ de la mère, la trahison de la sœur, la scission. Marine Le Pen ne rompra pas avec son père. Sa rénovation est donc limitée par un élastique qui est son amour profond pour son père. Mais les nuances existent entre les deux. Le plaisir du père est d’énoncer le pire, la volonté de la fille est d’éviter le pire. Elle veut venger le nom de son père, rendre le quotidien de ses enfants plus léger, gagner sa vie." On renifle sa faiblesse : un sourire crispé qui masque des pulsions mal contrôlées. L’essayiste s’intéresse aux mauvaises fréquentations de Marine Le Pen. Elle passe au peigne fin connexions, réseaux, compagnonnages, amis. On tombe sur une nébuleuse effrayante faite de bric et de broc extrémistes. Parrain connu dans les milieux du proxénétisme, amis du GUD (Groupe union défense), conseillers nationaux-révolutionnaires.
"On ne peut pas comprendre un politique sans connaître son entourage. Un leader démagogue et populiste dira toujours au peuple ce qu’il a envie d’entendre. Il faut se demander qui a fabriqué le discours." On a envie de se laver les mains après l’avoir appris. L’argent est une obsession. "Le FN n’est pas une aventure intellectuelle. C’est l’histoire d’un clan qui veut garder la clé du coffre." "Des torrents de boue vont sortir de l’affaire Strauss-Kahn et le Front national va en faire son miel" Caroline Fourest cherche à renforcer un pacte citoyen qui préserve les libertés individuelles et permette de résister aux intégrismes. "Les vagues de populisme anti-islam et anti-Roms sont notre prochain obstacle en Europe."
Les victimes de la montée du populisme ont de tout temps été les élites (Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen) et les immigrés (Marine Le Pen). Les affaires concernant Roman Polanski et Dominique Strauss-Kahn doivent être prises au sérieux. "La seule chose dont on puisse se réjouir est qu’il n’y ait pas de second tour entre Marine Le Pen et Dominique Strauss-Kahn. Le niveau des attaques aurait été tellement bas qu’on n’aurait pas pu revenir en arrière. La France ne s’en serait pas relevée. Des torrents de boue vont sortir de l’affaire Strauss-Kahn et le Front national va en faire son miel." Les discours contre les élites lui semblent condamnables. "Les journalistes les plus snobs sont ceux qui tiennent les discours les plus anti-élites, comme s’ils avaient quelque chose à se faire pardonner. Je n’ai pas grandi dans un milieu intellectuel et je viens de province. Je n’ai rien à faire oublier."
Elle continuera à lutter contre les extrémistes islamistes, catholiques, frontistes. Elle se sent prête à affronter les insultes, les procès, les menaces. Caroline Fourest en a vu d’autres. On a compté sur elle dès son plus jeune âge. Ses camarades l’élisaient déléguée de classe pour qu’elle aille les défendre auprès des professeurs. Elle avait 16 ans quand son oncle maternel, avec qui elle partait faire du bateau en été, est mort. Sa famille s’en est remise à elle pour le discours. Elle a écrit et puis lu le texte, lors des obsèques, en retenant chacune de ses larmes.
Caroline Fourest a aujourd’hui 36 ans. Elle a quitté la ville de son enfance depuis longtemps pour se retrouver au cœur de l’action. Elle a conquis, sans l’aide de personne, une liberté ancrée. Elle peut ouvrir sa paume autant de fois qu’elle veut : sa liberté ne s’envolera pas. Caroline Fourest se souvient de son grand-père. Un médecin de campagne qui soignait, entre autres, les hommes descendus dans les mines de Gréasque. La solidarité entre mineurs a permis une bonne intégration des mineurs étrangers venus gagner leur vie en Provence. Caroline Fourest pense, de temps en temps, à son grand-père. Il avait une bibliothèque où s’alignaient les livres de Zola et de Maupassant. Il soignait les uns et les autres de la même façon. L’enfant et l’adulte se tiennent la main dans ce souvenir. Ne pas rendre les armes, ne pas baisser la garde.
La chronique humoristique de Sophia Aram dans le 7/9 de France Inter (8h55 – 1er juin 2011). Retrouvez le billet de Sophia Aram sur France Inter et sur www.franceinter.com